Action : ce mot anxiogène mais libérateur

Rodolphe Belmer

Rodolphe Belmer

Pair-aidants bénévole pour l’organisme Phobies-Zéro, Rodolphe a cherché pendant de très nombreuses années les moyens pour combattre ses troubles anxieux. Il a finalement décidé de les accepter. C’est parfois inconfortable, mais croyez-le ou non, cela est beaucoup mieux ainsi ! Diplômé en histoire et en psychologie, son parcours professionnel est assez divers mais souvent empreint d’humanisme. Ayant toujours senti au fond de lui une joyeuse folie douce, il la cultive de plus en plus et la partage maintenant avec ses amis et sa famille, pour son plus grand bonheur. Des hauts, des bas, l’important est de se relever.
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Imaginez, vous êtes sur un voilier dans une petite baie tranquille.

Vous êtes amarré à un quai et vous étudiez la structure de votre bateau. Avec le temps, vous avez fini par comprendre pourquoi il a été construit de cette manière, pourquoi le mât principal est croche et pourquoi la cabine est si étroite.

Vous avez également un classeur rempli de cartes de navigation du monde entier. Vous les avez analysés minutieusement, vous avez pensé des heures aux différentes routes que vous pourriez prendre.

Pourtant…

Votre bateau est toujours là, dans cette petite baie. Comme tant d’autres avant vous, avant moi.

J’ai longtemps cru qu’en réfléchissant à mon passé, en le décortiquant minutieusement, j’allais trouver la clé de mes angoisses. Cette clé agirait alors comme un déclic : mes scénarios catastrophes et mes maux d’estomac disparaitraient naturellement par la prise de conscience de ce nœud émotionnel qui m’empêchait d’avancer.

Cette illusion du rétablissement par un déclic salvateur me permettait de fuir une situation que redoute la majorité des personnes qui souffrent d’anxiété : l’action. Ce simple mot, synonyme le plus souvent de terreur et de paralysie. La réflexion et l’analyse agissant elles comme une barrière sécurisante. Ai-je suffisamment pensé à qui je suis, à ce que je vais faire avant de le faire ?

Le piège est de s’enkyster dans cette phase de réflexion et d’introspection. Le passage à l’action est primordial même s’il nous apparaît comme terrifiant et douloureux.

Le piège est de s’enkyster dans cette phase de réflexion et d’introspection. Le passage à l’action est primordial même s’il nous apparaît comme terrifiant et douloureux.

Pour moi cela signifiait traverser l’Atlantique sans escale, sans assistance, et quasiment sans vivres à bord !!

Une pensée extrême et radicale qui résume bien comment j’imaginais la sortie de l’anxiété. Violente, angoissante et quasi surhumaine.

D’ailleurs, qui ne ressentirait pas de la crainte à faire une expédition maritime aussi intense, alors que la veille au soir on se demandait encore si nous étions capables de sortir de la baie ?

Et c’est l’une des raisons qui nous fige devant l’action.

Nous l’envisageons en terme d’absolu : elle doit être grande, entière et réussie du 1er coup ! Nous oublions trop souvent que nous pouvons décider jusqu’où nous voulons aller. Nous ne sommes pas obligés de tout faire en une seule fois, ni de tout faire non plus. Il y a des situations qui me causent encore de l’anxiété et je ne m’y exposerai pas pour le moment. Est-ce que c’est grave ? Non.

Passer à l’action, c’est aussi cela. Avoir le choix et se donner le droit.

Passer à l’action, c’est aussi cela. Avoir le choix et se donner le droit.

Chacun d’entre nous a une vision différente de son Atlantique.

Que ce soit aller à un party de fête, conduire une voiture, dormir seule dans sa maison, faire une présentation orale, elles sont toutes légitimes. Nous savons que ces peurs sont irraisonnées, mais nous nous sentons forcé malgré nous de les suivre.

Ne pas se juger négativement dans ces situations est difficile, car on se sent souvent inadéquat par rapport au reste de la société.

« Je suis vraiment faible et lâche. Je n’arrive même pas à être calme alors que c’est une situation toute simple. » « C’est quoi le problème avec moi ?! Prends sur toi un peu ! »

Cet autodénigrement, malheureusement, ne nous aide pas à avancer. À l’image de ce voilier, nous regardons ce maudit rivage, qui est notre seul horizon depuis tant de temps, et on hurle de rage et de frustration dans la cabine. On pleure de désespoir et de découragement aussi…

Je le répète régulièrement maintenant mais sortir de sa zone de confort, poser une action, surtout petite, est la voie à suivre. Pour être sincère, je m’étonne encore d’écrire ce genre de phrase, car cette idée signifiait pour moi la réalisation de mes pires scénarios.

« Vous ne comprenez pas ! Si j’arrête de contrôler, c’est la mort assurée. Ce que je redoute tant va se réaliser ! »

En effet, mes cartes de navigation, je peux les contrôler, je peux les classer par ordre géographique, alphabétique, alphanumérique, avec des codes de couleurs ou des symboles, c’est infini ! Mais une fois en mer ou même sur le fleuve, il y a les aléas inhérents à un voyage. Et nous ne pouvons pas contrôler l’inconnu. Comment contrôler quelque chose que nous ne connaissons pas ? Comment connaitre quelque chose si nous n’y allons pas ? Le dilemme est là.

La technique des petits pas a été ma manière d’aborder la découverte de cet inconnu.

D’abord naviguer aux limites de la baie, puis sortir au-delà un quart d’heure. Ressentir cette détestable anxiété. Rester proche de la rive, puis rentrer à bon port. Vivant ! Car oui, malgré la crainte de mourir, nous nous en sortons toujours en vie.

J’ai discuté la semaine dernière avec une jeune femme qui avait peur, quand elle était dans son garage, de sortir de sa voiture. Elle craint toujours qu’une personne soit dans son sous-sol pour l’attaquer. Elle se dépêche d’atteindre l’escalier et de monter les marches. Soulagée, elle sort évidemment toujours indemne de cette situation. Le piège est là, penser qu’il ne nous est rien arrivé car on s’est dépêché de sortir du garage.

À la place, essayons de sortir de la voiture, de traverser le garage et de monter les marches… un tout petit peu moins rapidement. Cela peut être de quelques secondes au début. L’objectif est d’apprivoiser notre crainte et de réaliser que le danger n’est pas aussi présent que nous l’imaginions.

Et lorsque nous commencerons à reprendre la mer en longeant le rivage, nous croiserons d’autres voiliers qui sont finalement comme nous.

Imparfait et unique.

 

 

6 comments

    1. Bonjour Claude,

      Merci d’avoir pris du temps pour le lire.
      En espérant qu’il puisse vous aider dans votre navigation !
      Bonne journée

  1. Votre texte m’apporte une belle prise de conscience 🙂 et m’apporte aussi des réponses à certains de mes comportements !!!! Merci

    1. Bonjour Danielle,
      Je suis heureux de lire que mon texte a participé à votre prise de conscience.
      Se rendre compte de nos comportements est l’une des étapes essentielles, félicitations !
      Je vous souhaite de lever l’ancre le plus souvent que vous désirez.
      Bonne journée

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Rodolphe Belmer

Pair-aidants bénévole pour l’organisme Phobies-Zéro, Rodolphe a cherché pendant de très nombreuses années les moyens pour combattre ses troubles anxieux. Il a finalement décidé de les accepter. C’est parfois inconfortable, mais croyez-le ou non, cela est beaucoup mieux ainsi ! Diplômé en histoire et en psychologie, son parcours professionnel est assez divers mais souvent empreint d’humanisme. Ayant toujours senti au fond de lui une joyeuse folie douce, il la cultive de plus en plus et la partage maintenant avec ses amis et sa famille, pour son plus grand bonheur. Des hauts, des bas, l’important est de se relever.

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