Anxieuse que je suis

Éliane Leblanc
Suivez-moi

Éliane Leblanc

Étudiante et maquilleuse chez EnVie Beauté
Éliane est une étudiante de 21 ans. Elle étudie en politique appliquée à l'Université de Sherbrooke et est maquilleuse à temps partiel. Elle vit avec un trouble d'anxiété généralisée.
Éliane Leblanc
Suivez-moi

Les derniers articles par Éliane Leblanc (tout voir)

Il y a deux ans, j’ai enfin compris.

J’ai enfin compris que ce que je vivais pouvais être contrôlé.

Les médecins me recommandaient de prendre de la vitamine D, de boire du «Gatorade», de prendre des Oméga-3, mais rien ne fonctionnait. Les médecins ne croyaient pas que je puisse être malade.

Je pleurais tous les jours et je ne comprenais pas pourquoi.

J’ai donc décidé de prendre les grands moyens et je suis allé à l’hôpital. Le diagnostic est tombé. Trouble d’anxiété généralisée incluant une anxiété de performance et phobie sociale.

Quel soulagement. Enfin, je savais ce qui pesait tant sur moi depuis toutes ces années.

Parce que d’aussi loin que je me souvienne, je vivais avec un tel poids sur ma poitrine que j’avais peine à respirer quand il apparaissait.

La première fois dont je me souvienne était à la maternelle. Je refusais d’entrer à l’école et, je vous assure, ce n’était pas caprice. J’étais réellement en détresse. J’avais mal au cœur, mal à la tête et je pleurais tellement que j’étais inconsolable.

Malheureusement, dans les années 90, quand un enfant faisait une crise on le chicanait, on ne cherchait pas à comprendre. Alors matin après matin, je me faisais dire par mes éducatrices : “Je ne suis pas fière de toi Éliane. Tu n’es vraiment pas gentille aujourd’hui”.

Parfois ma famille me disait: “J’ai entendu dire Éliane que tu fais beaucoup de crise pour ne pas aller à l’école. Ce n’est pas très gentil ça”.

Alors que tout ce dont j’avais besoin c’était de me faire rassurer. C’était que quelqu’un me comprenne enfin, et que pour une fois, on ne me gronde pas.

C’est probablement pour cette raison que j’écris ces lignes aujourd’hui. J’ai souffert. J’ai souffert parce qu’on ne connaissait pas, ou alors, on ne voulait pas connaître. Que ce soit pour la petite fille de 5 ans, l’adolescente de 15 ans ou encore l’adulte de 19 ans.

C’était difficile de se sentir incomprise.

Je me faisais dire : “Je n’ai pas besoin de quelqu’un comme toi dans ma vie”.

Personne ne comprenait.

Dès le moment où j’ai accepté ma maladie, j’ai commencé à aller mieux. Je comprenais d’où mes pensées venaient et je comprenais qu’elles n’étaient pas rationnelles, et à partir de là, je pouvais les éliminer. Il y a des solutions.

Mais revenons à cette fameuse journée. C’était le 1er juillet 2014, deux jours avant mes 20 ans.

J’ai décidé alors que j’en avais assez. J’ai réalisé que ma maladie méritait d’être traitée au même titre que nous traitons une jambe cassée.

J’ai enfin compris que la médication n’était pas mon ennemie. Au contraire. La médication me permet aujourd’hui d’être moi-même.

Ce 1er juillet 2014, j’ai décidé de me donner une chance.

J’étais épuisée de toujours m’inquiéter de ce qui était hors de mon contrôle. Lorsque je marchais dans le corridor, seule, je m’inquiétais chaque fois que j’entendais des gens rire. J’avais peur qu’ils rient de moi.

J’étais angoissée chaque fois que je devais prendre le volant. La raison? Si un animal se mettait devant ma voiture et que je le tuais? Ou pire, un enfant.

«Si». C’est probablement le meilleur ami des gens anxieux. Ça a été le mien durant 20 ans, précisément.

Je divise souvent ma vie en deux périodes. Avant ma médication et après. Cela a été une réelle cassure pour moi.

À la fin de la première période, je pleurais tous les jours. Je n’étais plus capable d’aller travailler. Je ne mangeais plus. J’étais incapable de me lever de mon lit le matin.

Dès que je mettais un pied hors du lit, ça commençait. Je pleurais tellement que de prendre le volant était dangereux. Je ne pouvais plus vivre.

Au départ, je ne voulais pas en parler. Je ne voulais pas que mes parents en parlent. Je voulais que personne en parle.

Pourtant, dès le moment où j’ai décidé d’en parler ma vie a changée.

Aujourd’hui, j’en parle ouvertement.

J’ai compris que l’ouverture face à ma maladie était probablement le meilleur remède. En parler ouvertement m’a permis de voir que je n’étais pas seule.

Les gens viennent désormais me parler pour essayer de comprendre les personnes de leur entourage qui souffrent aussi d’anxiété.

C’est désormais mon objectif.

L’anxiété ne devrait pas être un tabou. On ne devrait jamais se faire demander : “Oui, mais n’y a-t-il pas d’autres options que la médication?”.

Ce que les gens ne savent pas, c’est que dans la majorité des cas, on a tout tenté avant pour ne pas se rendre à la médication. Et pour qu’elle raison? À quel prix?

La médication est mal vue. Alors que ce n’est pas mal vue de prendre des antibiotiques pour une infection, ça l’est de prendre des stabilisateurs de sérotonine ou encore de prendre des antidépresseurs.

Depuis que je suis médicamentée, ma vie est tellement plus belle.

Maintenant, je vois qu’il fait beau à l’extérieur. Je vois que les gens autour de moi commencent à me comprendre un peu mieux, parce que j’ai décidé de me comprendre moi-même.

Dès le moment où j’ai accepté ma maladie, j’ai commencé à aller mieux. Je comprenais d’où mes pensées venaient, et je comprenais qu’elles n’étaient pas rationnelles, et à partir de là, je pouvais les éliminer. Il y a des solutions.

Ne restez pas enfermé seul avec vous-même. Des gens comprennent. Ils comprennent de plus en plus. Et s’ils ne comprennent pas? Ce n’est pas plus grave que ça, car vous vous comprenez et pouvez leur faire comprendre.

Bien que mon histoire ne soit pas une histoire de Disney, je pense qu’il y a une morale à retenir. Moi j’en ai retenu une.

Parlez. Parlez ouvertement et sans honte. Vous n’avez pas à avoir honte de votre maladie. Vous êtes parfait comme vous êtes et si vous assumez pleinement qui vous êtes, les gens ne pourront jamais vous juger.

Et surtout, n’oubliez pas que vous n’êtes pas seuls!

10 comments

  1. Tu exprimes dans ton très beau texte tout ce que j’ai vécu pendant des années alors que j’étais enfant dans les années 50, ensuite ado et plus tard comme adulte. C’est dans ma trentaine qu’un médecin a trouvé comment alléger mes états d’âmes, mes peurs, mes phobies, mes angoisses, et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à vivre quasi-normalement. A cette époque, on ne pouvait pas parler de ça à qui que ce soit. On avait honte, on se sentait seule et seulement notre médecin était au courant de notre condition et même là, des fois certains d’entre eux se contentaient de nous dire qu’éventuellement, ‘ça passerait’… Mais ça ne se passait pas! On ne guérit jamais de cette maladie, mais on peut la contrôler, l’amadouer une fois qu’on a compris qu’elle vient d’une déficience physiologique et non psychologique dans le cerveau, et surtout, qu’il y a de très bons médicaments aujourd’hui qui nous aident. Malheureusement, il est encore bien difficile de faire comprendre cette maladie aux gens qui on peu d’ouverture d’esprit et qui nous jugent sans savoir ce à quoi les ‘anxieux’ comme nous doivent faire face tous les jours, du lever au coucher et dans le train-train de notre quotidien, souvent sans relâche. Beau travail, Eliane. Bravo encore!

    1. Merci Francine!
      Nous sommes chanceux de pouvoir vivre à une époque où de plus en plus de gens comprennent.
      Il est parfois difficile de laisser aller le passer et la souffrance dont nous avons été victimes.
      Comprendre que les autres ne comprennent pas toujours et lâcher prise…Ce n’est pas facile, mais ça peut certainement aider.
      Nous sommes moins seuls que nous pensons, et ça aide énormément!

  2. J’ai l’impression que j’aurai pu écrire ce message. Enfant, je vivais dans la peur constamment . Depuis mon enfance , j’ai mal mais aucun médecin n’a pu me trouver de maladie…. Jusqu’au jour où j’ai finalement décidé d’arrêter d’écouter mes proches et de me fier à l’avis de psychologues. Ca n’as pas été facile.. J’ai eu plusieurs épisode dépressif , jusqu’à mon hospitalisation . Ce n’est toujours pas facile, il faut apprivoiser nos peur. La médication aide mais il vient un moment où la vie va trop vite et on perd quand même le contrôle. Je suis ouverte à parlé de ma maladie mais il y a toujours une incompréhensions des autres …. Et de ma part. La vie est difficile de nos jours… C’est la course. Avec le trouble anxieux, il faut ajouter l’angoisse de conduire ( je regarde souvent en dessous de mon auto au cas où ), l’angoisse de ne pas être aimé ( même par ses propres enfants et son amoureux), l’angoisse de commander au restaurant ou de téléphoner pour prendre rendez-vous chez la coiffeuse ou le dentiste. Je doute tous le temps….je questionne tout le temps la maladie. Je pense que ma psy est tanné de m’explique qu’est ce que c’est un trouble anxieux et de me répéter d’arrêter de comparer mes limites avec celle des autres. Je me dit encore souvent que peut être que c’est un mal imaginaire, peut être que je suis moins forte que les autres.

    Mais il ne faut pas lâcher!

    1. Il ne faut surtout pas lâcher!
      Je pense que c’est une maladie qui au contraire nous rend fort… On vie avec quelque chose de difficile, qui est difficile à comprendre par certaines personnes. Mais on réussi quand même… Ce n’est pas un petit exploit !!

  3. Merci Éliane…je suis maman de 2 grands garçons ( 13 et 16 ans) tout 2 au prise avec de l’anxiété, tout 2 de façon différente….mon plus jeune TAG, phobie social et TDA et mon plus vieux anxiété de performance…..et moi même….diagnostiquée il y a 3 ans ( j’en ai 43 !) C’est drôle de voir les gens “accepter” le trouble chez un adulte mais dire que c’est un ” caprice ” chez les enfants….mon plus jeune surtout…diagnostiqué à 4 ans. L’école ne comprend pas ( ou ferme les yeux!) Et passe son temps à juger, punir, dévaloriser et stresser l’enfant. Elle n’offre aucune aide, dit qu’elle n’a pas de ” budget” à la limite, ne scolarise pas l’enfant….quand les parents finissent par mettre le poing sur la table en jugeant innaceptable ce que l’enfant subit chaque jour, tout à coup une solution “miracle” arrive….envoyer l’enfant dans une école à 2:30 ( matin et soir!) De sa maison, faire lever un ti pou de 11 ans à 5 hre le matin pour partir à 6 hre pour commencer les cours à 9 hres !!! Mais dans quel monde est t’on rendu pour privilégier l’$$$ à l’enfant ? Le positif de cette histoire? Depuis qu’il va à cette école privée mais payée à 100% par la CS (transport inclus !) Mon fils ne prend plus de médication et à retrouvé l’estime de lui même grace à ces merveilleux profs qui sont axés sur l’enfant….à suivre…..

  4. Il y a beaucoup de choses qui me parlent dans votre témoignage, mais je pense qu’il faut aussi se poser la question du pourquoi, de la source de cette anxiété, et ce ne peut être qu’un très long travail sur soi. Courage.

  5. Merci beaucoup Éliane, vous m’avez aidez a trouver des solutions pour cela. Surtout, mes amies riaient et avaient le fou rire quand je leurs disaient quoi ce soit la dessus et encore maintenant, je me fais harceler a cause de ceci.

  6. Bravo pour ce témoignage…52 ans, anxieuse généralisée… traité depuis 10 ans…maman de 2 enfants TDAH, troubles anxieux, TPL etc…Nous avons choisi, moi et mon conjoint, d’ ètre le plus ouvert possible et d’outiller nos enfants pour qu’ils puissent s’épanouîr de façon saine, estime de soi et surtout sans honte!!! Nous avons appris à vivre au jour le jour et d’apprécier tout les petits bonheurs qui passent dans nos vies!!!

  7. Bonjour et merci de votre beau partage si profond , j’ai une amie pas très jeune elle a cette maladie pourtant le médecin lui donne des anti-dépresseur elle est aussi diabétique , en ce moment elle veut mourir elle prend des médicaments pour dormir tellement que cela la fait souffrir je ne sais plus quoi lui dire je l’écoute je ne la juge aucunement je lui dis que je l’aime qu’elle est une femme merveilleuse mais elle ne s’aime pas quand je lui ai dit que je la comprenais de sa souffrance elle a été très surprise elle m’a répondue tu es bien la seule faut dire que ses proches la jugent ses enfants tellement triste j’ai peur qu’elle mets à l’exécution car je la sens très très mal et de plus elle me l’a dit que faire je ne sais pas merci et une bonne année à vous !Pierrette

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Éliane Leblanc

Éliane est une étudiante de 21 ans. Elle étudie en politique appliquée à l'Université de Sherbrooke et est maquilleuse à temps partiel. Elle vit avec un trouble d'anxiété généralisée.

Style Selector

Colors

Layout Style

Patterns for Boxed Version

Images for Boxed Version