Atteindre le fond pour avoir un suivi psychiatrique

Sara Houle

Sara est une femme déterminée, mais quelque peu ralentie par ses problèmes de santé mentale. Elle croyait avoir trouvé sa place dans le monde de la traduction, où elle a travaillé pendant dix ans, mais finalement, elle s'est fait avaler par le tsunami de la maladie mentale, qui l'a recrachée sur une île déserte. Depuis, elle reconstruit sa vie autrement, tentant d'apprendre à chaque occasion qu'elle trouve. Elle essaie aussi de parler de santé mentale, pour que le tabou disparaisse et aussi pour tisser des liens.
Sara Houle

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Ça a pris six ans pour que j’ai un suivi en psychiatrie.

Il a fallu que je défonce le baril plusieurs fois au cours de ces six ans pour recevoir de l’aide psychiatrique.

Je croyais être arrivée au fond du baril, mais non, finalement, le fond se dérobait et j’allais encore plus loin dans mon désespoir.

Et je me considère chanceuse : j’avais des circonstances plutôt faciles. Entre autres, mon assurance couvrait une partie de mes dépenses en psychologie (un quart annuellement). Tellement de Québécois n’ont pas accès au suivi d’un psychologue.

Alors voilà, en automne 2012, j’ai découvert que je faisais une dépression périnatale.

Plusieurs facteurs ont compliqué le traitement, si bien qu’elle a duré deux ans. Je n’ai pas eu d’arrêt de travail à ce moment-là.

En 2015, j’ai fait une autre dépression majeure. C’est là que j’ai vu un psychiatre pour la première fois, pour une évaluation.

J’ai rempli un long questionnaire et parlé au psychiatre pendant une heure, à la suite de quoi j’ai eu un diagnostic de dysthymie (ou trouble dépressif persistent) et une recommandation de prescription.

Mais c’est mon médecin qui faisait le suivi. On a essayé PLUSIEURS antidépresseurs, sans succès.

Après six mois d’arrêt de travail, mon assurance ne voulait plus payer : on considérait que j’aurais dû être rétablie. Je suis donc retournée travailler, même si j’étais encore gravement malade.

J’ai ensuite vu un deuxième psychiatre pour une autre évaluation, qui a fait un diagnostic très similaire et une autre recommandation de prescription.

Toujours sans succès.

Plus tard, j’ai commencé à avoir des douleurs intenses au ventre. Au début, ça se limitait à quelques semaines par année, mais après deux ans de douleurs, elles sont devenues presque constantes et des nausées se sont ajoutées.

J’ai consulté des spécialistes et essayé plusieurs traitements, mais personne ne trouvait ce que j’avais. Je me suis mise à arrêter de manger quand les douleurs étaient insupportables.

Pendant tout ce temps, je continuais à consulter une psychologue chaque semaine et à mettre en pratique une multitude de moyens de m’aider, à la fois mentalement et physiquement. Mais tout ce que j’essayais avait des résultats très limités.

Et pendant tout ce temps, j’avais des impulsions suicidaires vraiment très difficiles à supporter qui faisaient juste empirer à chaque nouvelle dépression.

Mais chaque fois que je parlais à un professionnel de la santé, on me demandait si j’avais un plan. Non. Je n’avais pas de plan de suicide. Mais mes impulsions suicidaires me menaient la vie dure quand même.

En avril 2018, j’étais complètement épuisée : je ne supportais plus ma vie. Il fallait que quelque chose change.

J’ai choisi de démissionner de mon travail. Je me retrouvais donc sans emploi, et au fin fond du baril.

Une chance que j’avais mes proches pour me soutenir!

C’est à ce moment-là que mon médecin m’a mise sur la liste d’attente en psychiatrie. Mais j’ai eu le temps de me trouver un nouveau travail et de retomber en épuisement avant de rencontrer un psychiatre.

Ça a pris 8 mois pour le voir une première fois, ce qui est plutôt rapide par rapport à la moyenne!

Mais comment est-ce possible, que ça prenne aussi longtemps pour consulter un psychiatre sur une base régulière?!?

En tout, avant de voir le psychiatre, j’ai essayé au moins 10 sortes de médicaments différents. Étant donné que ça prend environ six semaines pour commencer à faire effet (dans mon cas) et que j’ai eu des effets secondaires difficiles à gérer, je peux dire que ça a été tout un périple.

De plus, arrêter de prendre ce type de pilule est très long et difficile. Mais on ne nous dit pas ça quand on commence à les prendre.

C’est sûr qu’on est en situation de détresse quand on prend un antidépresseur, mais je suis pour le choix éclairé!

Le plus absurde dans tout ça, c’est que le psychiatre est supposé être le spécialiste des médicaments pour la santé mentale.

Pourquoi je n’ai pas eu accès à un psychiatre avant? Ça aurait évité bien des dérives et des dépressions.

Et je pense à tous les gens qui n’ont pas ma chance, qui n’ont pas d’assurance, ou pas de proches, ou pas de ressources…

3 comments

  1. Bonjour
    Je me demande…y a t il eu une amélioration de votre santé après avoir consulté le psychiatre?

  2. Bonjour Sara, je m’appelle Carole Daigle et je fais partie du regroupement des endeuillées de zerosuicideauquebec@gmail.com, Notre regroupement recueille des témoignages et plaintes pour présenter au forum qui se tiendra le 13 Mai afin d’obtenir de meilleurs diagnostique et de meilleurs soins concernant la santé mentale/prévention du suicide, votre témoignage est important pour la cause il peut être anonyme ou publique, accepteriez vous de m’appeler caroledaigle55@Hotmail.com ou au 883 3065 merci de me répondre .

  3. Je vous relies à l’instant et je croyais avoir fait un commentaire. Ou bien il n’a pas passé la barre ou bien je me trompe et mon commentaire a été laissé ailleurs. J’avais d’ailleurs partagé votre témoignage puisqu’il m’interpellait profondément, de fait, il m’a consterné. J’ai tellement de mal à imaginer une si longue attente, ça me semble inconcevable. Peut-être y a t’il eu une suite de circonstances qui ont retardé, retardé (déménagements, pas de médecin de famille stable, rémissions,… ou je ne sais quoi) mais votre cri du coeur me troublait.

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Sara Houle

Sara est une femme déterminée, mais quelque peu ralentie par ses problèmes de santé mentale. Elle croyait avoir trouvé sa place dans le monde de la traduction, où elle a travaillé pendant dix ans, mais finalement, elle s'est fait avaler par le tsunami de la maladie mentale, qui l'a recrachée sur une île déserte. Depuis, elle reconstruit sa vie autrement, tentant d'apprendre à chaque occasion qu'elle trouve. Elle essaie aussi de parler de santé mentale, pour que le tabou disparaisse et aussi pour tisser des liens.

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