Comment va ta santé mentale?

Anne Flamand

Anne Flamand

Anne est passionnée de tennis, toujours à l'écoute des autres et si on la cherche c'est qu'elle se promène avec son chien (l'une de ses meilleures thérapies). Il y a 6 ans, à l'âge de 19 ans, le diagnostic tombe : trouble bipolaire et anxiété généralisée. La maladie mentale fait maintenant partie d'elle à chaque jour. Elle apprend à bien vivre avec tout ça en faisant de son mieux au fil du temps.
Anne Flamand

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Prendre soin de sa santé, c’est important.

Tout le monde est au courant, c’est un secret pour personne. C’est même une résolution annuelle très répandue.

Tout le monde connaît cette citation : « un corps sain dans un esprit sain ». C’est bien beau dit comme ça, mais comment faire au fond? Bien manger et faire de l’exercice physique fera bien fonctionner mon corps physique.

Pour ce qui est de la recette de ma santé mentale, je dois travailler aussi fort. Cette partie invisible en moi a besoin d’attention régulièrement, d’écoute et d’analyse.

Du moins, c’est ma manière de penser.

Ce qui tape dans l’œil, c’est l’apparence. C’est ce que tout le monde voit en observant les autres. Alors on en prend soin le plus possible.

Or, la santé mentale est invisible. Personne ne sait si j’en prends soin ou non. Il y a juste moi qui peut savoir que le sourire sur mon visage est vrai.

Je ne suis pas la seule qui souffre d’une maladie mentale. Souvent ça ne paraît pas, mais ce mal invisible est très répandue.

Tu ne le sais peut-être pas, mais la collègue assise à côté de toi au bureau a de la misère à se concentrer ce matin car elle pense à ses obsessions et à ses compulsions.

Il y a aussi la serveuse du restaurant où tu es allé hier qui se remet d’une crise de panique qu’elle a fait la veille. Jamais tu n’aurais deviné. Elle était souriante et elle t’a même fait rire.

Puis ta chum de fille qui t’a envoyé un texto ce matin pour te dire qu’elle te souhaitait de passer une belle journée, elle vient de faire une nuit d’insomnie à cause de son trouble anxieux généralisé. Mais ça aussi tu n’aurais pu le deviner.

Il ne faut pas oublier aussi la mère de famille qui était au parc tantôt et qui balançait sa petite de 2 ans. Elle vit une dépression majeure et elle vient de sortir de l’hôpital psychiatrique car elle a fait une tentative de suicide. C’est fou, mais tu n’aurais même pas pu prédire cela.

Tu te souviens aussi de cet homme, l’autre fois, que les policiers ont dû tranquilliser en pleine détresse psychologique.

Derrière tous ces masques, il y a des êtres humains.

Puis je dis être humain et je veux qu’on porte une attention particulière sur ces deux mots.

Nous ne sommes pas des machines infaillibles qui restent debout tout le long de leur passage sur terre. Nous sommes des humains imparfaits.

Tantôt forts et tantôt affaiblis. Et c’est correct ainsi.

Je suis humaine; je vis des émotions et mes épreuves de vie teintent la personne que je suis et celle que tu vois.

Mais au fond, arrête toi deux minutes et pose-toi la simple question suivante : comment va ma santé mentale?

Il y a quelques minutes, tu t’es fait demandé au téléphone, lorsque tu appelais pour un problème avec ta carte de crédit, comment tu allais.

Et tu as répondu que tu allais très bien, car tu ne veux pas commencer à expliquer réellement comment tu vas à ce préposé du service à la clientèle. De toute façon on s’entend que ce n’est pas ça le but de l’appel téléphonique.

Après cela, tu as croisé un bon ami d’enfance à l’épicerie et vous étiez tout deux pressés et vite vite vous vous êtes dits que vous alliez très bien.

Finalement, la caissière te l’a demandé. Ça t’a un peu déboussolé, car c’est rare qu’on te pose la question à l’épicerie. Tu t’es dit que c’était gentil que cette caissière prenne le temps de te le demander et tu as répondu pour la troisième fois en une heure, avec un beau sourire, que tu allais bien.

Au fond, tu sais que ce n’est pas vraiment vrai.

À force de dire à tout le monde naturellement que tu vas bien, tu finis par te convaincre que tu vas bien même si ce n’est pas vrai.

Mais au fond, arrête toi deux minutes et pose-toi la simple question suivante : comment va ma santé mentale?

Comment tu vas depuis que tu occupes ce nouveau poste? Comment tu vas depuis la mort de ton chien? Comment tu t’en sors de ta rupture?

Quand on y réfléchit une minute, deux réalités nous frappent :

En 2019, on ne se parle pas assez. On cache nos maux mentaux. C’est pas normal!

En 2019, on est centré sur nous-même, trop loin de l’altruisme. C’est pas normal!

Je suis tannée de tous ces préjugés sur la santé mentale.

Inutile de les nommer, je ne veux même pas leur donner de l’importance en les écrivant.

Je veux les effacer et les éclipser de la carte du monde. Et je ne suis pas la seule. Je crois que tout le monde qui lit ce texte le désire autant que moi.

Tu ne connais pas mon vécu et tu ne sais surtout pas comment je l’ai vécu. Ceci étant dit, tu n’as aucune raison de juger. Tu ne vois pas la vie de la même façon que moi.

Ma paire de lunette est ajustée spécialement pour moi et si tu la mets, il y a de bonnes chances que tu ne vois pas aussi bien que moi.

Tu n’auras pas le même point de vue que moi, mais en les mettant tu auras une autre perspective. Tu vas voir que je vois les choses différemment que toi.

Cette métaphore exprime c’est quoi se mettre à la place de l’autre.

S’il-te-plaît, essayez d’autres paires de lunettes de temps en temps.

Celles des membres de votre entourage. De tous ceux que vous savez aux prises avec une maladie mentale.

Mais aussi de tous les autres. Car parmi les autres, il y a des personnes qui se cachent et qui n’en parlent pas.

Et surtout je vous souhaite d’assumer les lunettes que vous avez, car cette vue c’est la vôtre.

1 Comment

  1. comment ajuster nos lunettes; pour nous des gens dit: ” normal” quand on ne vit pas avec ces dérangeants que vous vivez 24h/24 ?

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Anne Flamand

Anne est passionnée de tennis, toujours à l'écoute des autres et si on la cherche c'est qu'elle se promène avec son chien (l'une de ses meilleures thérapies). Il y a 6 ans, à l'âge de 19 ans, le diagnostic tombe : trouble bipolaire et anxiété généralisée. La maladie mentale fait maintenant partie d'elle à chaque jour. Elle apprend à bien vivre avec tout ça en faisant de son mieux au fil du temps.

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