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Martin Binette

Fondateur et Éditeur en chef chez Entre les Deux Oreilles
Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel.
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Dimanche dernier a eu lieu la 25e édition du marathon de Montréal. Des milliers de valeureux coureurs ont foulés le pavé des rues de Montréal dans une grande quête collective de dépassement de soi et de performance. Bravo à tous les participants, toutes catégories et distances confondues. Vous êtes tous des gagnants que vous ayez parcouru les 42,2 km ou le 5 km. Votre courage est exemplaire.

Petite confidence ici : toute ma vie j’ai eu horreur de la course à pied. Tout jeune, je fuyais comme la peste toutes les activités qui nécessitaient de courir plus d’un kilomètre sans arrêt. L’infâme cross-country était synonyme de torture et représentait la journée la plus redoutée de mon année scolaire! Mais, ne vous méprenez pas, j’adorais (et j’aime toujours) l’activité physique. Mais mes préférences portaient principalement à l’époque sur les sports d’équipe et les activités de type anaérobiques (en somme, le hockey hiver comme été!). Je trouvais, à première vue, la course à pied ennuyante à mourir. Quel but de faire une activité si répétitive, en solitaire de surcroît? Quel intérêt à pratiquer un sport qui n’offre pas le doux potentiel de remporter une victoire écrasante sur l’adversaire? De mon point de vue de petit cul prétentieux, la pratique de la course à pied était réservée aux excentriques. Aux loups solitaires et autres amateurs de culotte de course trop courte et de bas blancs montés jusqu’aux genoux. La course à pied? Non merci, pas pour moi.

… Jusqu’au jour où j’en ai fait l’essai. Pour de vrai!

C’était il y a un an déjà. Été 2014. Je vivais un épisode important de décompensation qui m’avait contraint à un arrêt de travail. Je passais mes journées entières cloîtrée à la maison, assis devant la télévision à regarder des reprises de télé-séries américaines ou à tuer des zombies sur ma console de jeu. Je laissais filer le cours des jours, apathique, n’ayant qu’un souhait : que la journée se termine au plus vite afin de me laisser tomber dans un sommeil sans rêves et oublier pour quelques heures les idées noires qui me tourmentaient. Mais le douloureux manège reprenait sa course, inlassable, le lendemain.

C’est par une belle journée du mois d’août, que l’illumination s’est finalement produite. Peut-être par dépit. Peut-être par résignation. Sans attente, aucune, j’ai offert une réelle chance à la course à pied. Je me suis donc levé de mon siège, enfilé ma vieille paire de godasses poussiéreuses et je me suis mis à courir. Tout juste comme Forrest Gump dans le film du même nom. À la seule différence près que ma course n’a pas été stoppée par l’océan. Loin de là. Au bout de la rue, à peine plus de 200 mètres de la maison, je ne maîtrisais plus ma respiration. Après 10 minutes d’un petit footing léger, je crachais mes poumons et mes jambes étaient en feu. Après 15 minutes, je mettais fin à cette séance de torture et retournais à ma position foetale sur mon sofa, à l’article de la mort!

Curieusement, malgré cette première séance agonisante, je chaussais mes espadrilles le lendemain, prêt à tenter à nouveau le coup. Masochiste un brin, dites-vous? Peut-être. Pour ma part, je dirais plutôt, têtu! Dès lors, à tous les jours, je courais. Poussé par je ne sais quel sort ou machination de l’esprit, je courais! De petites distances au départ. Alternant les périodes de marche et de course. Petit à petit, j’augmentais la distance. Petit à petit, j’accélérais la cadence. Graduellement, le désir de me surpasser à chaque séance prenait forme dans mon esprit. Chaque nouvelle sortie apportait son lot de satisfaction, son petit lopin de contentement. Mais plus important encore, cette dépense d’énergie permettait à mon corps de refaire le plein et à mon esprit de prendre une pause des tourments qui me taraudaient.

Un an plus tard. Je ne prétends pas que la course à pied m’a sauvé la vie, mais elle a certes contribué à me sortir du marasme émotionnel dans lequel je me trouvais à l’époque. Sa pratique a été complémentaire aux traitements médicamenteux et aux soins médicaux déjà en place. Une sorte de séance thérapeutique d’appoint d’une durée variant de 30 minutes à 1 heure ayant comme principal objectif de donner un répit à mon tsunami de pensées négatives et de vivre le moment présent un pas à la fois. Une thérapie gratuite par les pieds, quoi !

Aujourd’hui, je peux affirmer que j’ai apprivoisé la bête. Je ne suis certes pas encore un marathonien, mais j’enfile des sorties régulières de 5 à 10 km pour l’instant et j’en suis fier. Mais je peux d’ores et déjà affirmer que la course à pied fait dorénavant partie de mon mode de vie et qu’elle ne risque pas d’être abandonnée de sitôt. Son apport et ses bienfaits sur ma santé mentale sont trop importants et significatifs. Tel un exutoire, la course à pied permet à chacune de mes foulées de me débarrasser des effets pernicieux de ma maladie mentale.

En cette ère d’hyperstimulation. Dans cet univers où notre cerveau est constamment bombardé et inondé d’information, où le petit hamster dans notre crâne circule dans sa roulette sans interruption, est-il surprenant alors que 35 000 coureurs se soient levés en ce beau dimanche ensoleillé de septembre pour sillonner les rues de Montréal? Un record d’affluence pour l’événement.

Outre les bienfaits physiques et ce sentiment de dépassement de soi que rapportent la pratique de la course à pied, que recherchent tous ces coureurs? Qu’ont-ils tous en commun? Ils souhaitent évidemment un répit des tracas quotidiens, un « break » des exigences de la vie moderne, mais plus que tout : ils recherchent ce moment de silence dans leur tête, cette paix intérieure si libératrice et enivrante le temps des kilomètres qui défilent. En sommes, le coureur désire tout simplement substituer le rythme effréné de son quotidien par le rythme régulier de ses foulées sur la chaussée.

C’est à 40 ans que j’ai enfin compris cette vérité. Mais, comme le dit si bien l’adage : « Il n’y a que les fous qui ne changent pas d’idée! »

Ce texte a été également publié sur le site Huffington Post Québec

1 Comment

  1. J’ai 60 ans, mon poids est de 324 livres et je suis bipolaire. Aujourd’hui ma fille accouche de son troisième enfant. Il y a 5 semaines, j’ai décidé de me prendre en main et de changer ma vie…Objectif : maigrir à un poids raisonnable, faire 45 minutes de marche à tous les jours, bouger, faire moins de procrastination devant mon téléviseur, faire en sorte que les préjugés sur la santé mentale autour de moi s’atténuent. Je m’y prends tard, mais pour mon avenir, je veux vieillir en santé pour mes petits-enfants. Je trouve partout des textes motivants pour m’encourager et faire en sorte de ne pas baisser les bras. Merci de ton texte exemplaire.

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Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel.

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