Cueillir l’ombre

Roxane Tessier-Ferland

Roxane Tessier-Ferland

Roxane est une artiste aux multiples talents. Formée en musique et en éducation à l'enfance, elle transmet ses passions aux enfants par l'animation de contes, de cours de théâtre, d'ateliers d'éveil musical et de spectacles. Elle est également hautboïste. Mère d'un adorable bébé de 8 mois, elle adore la nature et les activités de plein air, le cinéma, la lecture, la musique. L'amitié et l'amour sont les phares qui éclairent son chemin de vie.
Roxane Tessier-Ferland

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Comme Avant

Avril 2014.

Tranquillement, j’ai commencé à sentir ma fragilité pointer le bout de son nez.

Mes réactions émotives se faisaient plus vives et je me sentais plus sensible, plus fatiguée. La déprime commençait à m’assaillir lentement, comme une attaque tout en douceur et en subtilité.

On m’a répété très souvent l’exemple classique du diabétique qui a besoin de son insuline, ou de la personne qui a une jambe cassée et qui a besoin d’un plâtre. Selon les psychiatres, mon cerveau a besoin de médicaments.

Rien n’a changé dans ma vie. Tout a changé dans ma tête.

Ça s’insère insidieusement et tranquillement. Pas d’explosion. Ça se pointe doucement, par des petits signes subtils.

Je les reconnais.

La première fois que ça m’est arrivé, je croyais que c’était une période difficile, mais que ça allait simplement passer. Je ne me serais jamais doutée que ces signes tentaient de m’avertir qu’une chute vertigineuse m’attendait au bout de la rivière.

Maintenant je sais.

Décor d’arbres recouverts d’un tapis de flocons mœlleux. Je glisse sur une chaussée glacée. L’instant se fige. Dérapage au ralenti. Je me vois perdre le contrôle de mon véhicule. Je sais que je vais bientôt me fracasser contre un arbre. Je…je… je veux agir, vite !

Je suis consciente de ce qui se passe, je ne me laisserai pas m’enfoncer dans le gouffre sans fond sans intervenir. J’ai déjà été embourbée dans la souffrance, irrésistiblement attirée comme un aimant vers les ténèbres.

Mais j’en suis sortie. J’ai confiance en ma force et en mes outils. Mais…Ai-je oublié ? Ai-je oublié que la suite des choses ne dépend désormais plus seulement de moi ?

Mes meilleures intentions et ma volonté de fer ne suffisent plus. Vraiment ? Oh non. Je ne peux pas accepter ça.

Je suis incapable de lâcher prise et d’accueillir le fait que j’entame la longue descente vers l’enfer contre ma volonté. Je ne peux rien changer à ce fait.

Je prends immédiatement des moyens pour m’aider, pour m’activer. Je me donne de la force pour l’épreuve qui a commencé. Le pire m’attend, je le sais. Je peux très bien me l’imaginer. Ou trop bien m’en rappeler.

Je réduis au minimum les sources de stress ou d’anxiété. Je m’expose au soleil matinal, antidépresseur naturel.

Je vais marcher à un rythme très rapide pour faire pomper mon cœur, circuler mon énergie, éliminer des toxines et diminuer l’anxiété.

Je fais des exercices de relaxation, des respirations profondes et conscientes. Je bois des tisanes calmantes, apaisantes. Je mange de la nourriture saine, mais peu, je n’ai pas faim.

Je me couche tôt. J’évite les siestes dans la journée. Je sors faire quelques activités même si je n’en ai pas envie.

J’en parle à des proches, je me confie, je partage mes inquiétudes et mes peurs. Je vais chercher de l’aide professionnelle, je prends rendez-vous avec ma psychiatre, je parle à un intervenant social. Je recommence la médication.

Je réalise alors que malgré tout cela, mon humeur s’assombrit, ma perception se transforme, le mal-être prend place.

C’est là. C’est là que la panique me prend.

Non. Non, non, non, non, non je ne veux pas je ne veux pas je ne peux pas je ne veux pas.

Je me bats, je me débats, je démantibule ce là. Non. Impossible de vivre cela de nouveau. Non. Ça ne se peut pas. NON !!!!

Je ne veux pas, donc ça va s’arrêter. Ça ne peut pas m’arriver à MOI, encore une fois.

C’est un cauchemar. Oui, c’est ça, c’est un mauvais rêve. Ça va passer. Mais ça ne passe pas. C’est là. C’est en train de s’installer.

La chose commence à faire son nid en moi. Comme un alien qui grandit de plus en plus dans mon ventre. Un jour, il devra sortir. Et alors il me déchirera l’âme.

Chaque jour, malgré tous les moyens que je prends, je descends une marche de plus de l’escalier menant à mon enfer privé.

Ah ! Bienvenue ! Qu’il fait bon de vous revoir, entrez, entrez. Faites comme chez vous ! Ayez peur et souffrez à votre aise.

C’est un lieu où j’ai connu la solitude de la pire sorte, celle qui enferme l’être dans un étau. L’impression d’être une minuscule fourmi dans un univers gigantesque peuplé de monstres. La solitude de l’éloignement, de l’isolement intérieur.

Le cauchemar.

Comme Après

La dépression m’a permis de redécouvrir mes valeurs profondes.

Je réalise à quel point la douceur, la gentillesse et la simplicité sont des valeurs importantes pour moi.

Malheureusement, dans notre société de consommation, la performance et l’efficacité sont généralement beaucoup plus valorisées que ces qualités.

C’est pourquoi il est si important pour moi de créer mon propre espace dans ce monde où l’homme me laisse si souvent perplexe, déçue ou découragée.

Un espace pour ne pas me perdre dans les méandres de la folie humaine, là où la nature est détruite, là où la violence et la compétition règnent, là où l’argent domine.

Je découvre que mes apprentissages quotidiens sur moi-même deviennent un mode de vie. Ils donnent du sens à ma vie.

Je crois à la vie.

Je suis émerveillée par tout ce qui est vivant, tout ce qui est énergie. Ce phénomène incroyable, inexplicable, divin.

J’admire les arbres immenses et forts, la beauté des étoiles dans le ciel, le mystère et la splendeur d’un feu, un soir d’été.

Les chatons qui jouent, les lucioles qui brillent, les gros flocons de neige ouatés d’une nuit de Noël. Les couleurs des feuilles d’automnes, le son apaisant des criquets le soir, les petites pousses tendres qui sortent au printemps.

Les chants mélodieux des oiseaux, la fraîcheur d’une douce brise ou la chaleur du soleil qui éclaire le jour.

Je vois aussi la beauté. L’amour. Le partage. Le don de soi. La tendresse. La confiance. L’écoute. La bonté.

Je suis aussi fascinée par les infinies possibilités de la créativité, un des dons les plus merveilleux de l’être humain.

L’essentiel est de cueillir ces perles lorsqu’elles arrivent sur mon chemin. La lumière, tout comme l’ombre, s’apprivoise au quotidien.

Doucement.

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Roxane Tessier-Ferland

Roxane est une artiste aux multiples talents. Formée en musique et en éducation à l'enfance, elle transmet ses passions aux enfants par l'animation de contes, de cours de théâtre, d'ateliers d'éveil musical et de spectacles. Elle est également hautboïste. Mère d'un adorable bébé de 8 mois, elle adore la nature et les activités de plein air, le cinéma, la lecture, la musique. L'amitié et l'amour sont les phares qui éclairent son chemin de vie.

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