De la bonne gestion de nos ronds de poêle

Rodolphe Belmer

Rodolphe Belmer

Pair-aidants bénévole pour l’organisme Phobies-Zéro, Rodolphe a cherché pendant de très nombreuses années les moyens pour combattre ses troubles anxieux. Il a finalement décidé de les accepter. C’est parfois inconfortable, mais croyez-le ou non, cela est beaucoup mieux ainsi ! Diplômé en histoire et en psychologie, son parcours professionnel est assez divers mais souvent empreint d’humanisme. Ayant toujours senti au fond de lui une joyeuse folie douce, il la cultive de plus en plus et la partage maintenant avec ses amis et sa famille, pour son plus grand bonheur. Des hauts, des bas, l’important est de se relever.
Rodolphe Belmer

J’adore cuisiner.

J’aime couper mes légumes, ma viande. Choisir une recette… sur le site de Ricardo bien sûr !

Ajouter des ingrédients, en enlever. Faire des recettes “touski” (tout ce qui reste dans le frigidaire pour les non-initiés !).

En inventer. Me tromper dans les proportions quand je fais un gâteau au citron. J’aime la créativité que me procure une cuisine. Partir de rien et faire un tout

Mon problème est dans la gestion des ronds de poêle. Que faire cuire en premier? À quelle intensité ? Faire attention de ne pas tout mettre en même temps sur le feu.

C’est ce que nous faisons le plus souvent dans nos vies.

Nous avons toujours de nombreuses casseroles sur le poêle, et elles sont souvent toutes en train de bouillir en même temps. Laquelle est la plus importante ? Toutes ! Comment s’en sortir alors ? Comment éviter qu’elles brûlent toutes ?

On finit par l’apprendre avec le temps, en se brûlant parfois.

Avez-vous essayé de mettre certains ronds sur “simmer” ? Pas de “simmer” ? Et bien de mettre le feu à 1 ?

Quand les choses sont trop rapides, que je commence à me perdre car tout est prioritaire, j’essaie d’y aller un chaudron à la fois. Je mets les autres sur “simmer”, je rajoute un peu d’eau s’il le faut, quelques épices, et je n’y touche plus.

Je m’occupe de mon chaudron le plus urgent.

Comment savoir lequel est le plus important ? Celui pour lequel vous vous réveillez en pleine nuit. Celui qui vous accompagne à votre coucher et au première lueur du jour. Celui qui vous suit dans votre douche le matin, ou dans le métro pour vour rendre au travail.

Il arrive un moment dans nos vies où nous avons tous un chaudron qui est plus prioritaire que les autres.

On peut bien s’occuper des petites casseroles à côté. Faire une sauce moutarde. Cuire quelques pommes de terre. Mettre le couvercle sur notre chaudron.

Il arrive un moment où l’on doit soulever le couvercle et partir la hotte. On peut continuer de cuisiner nos autres ronds de poêle comme si de rien n’était. Mais le bruit de la hotte nous rappelle à chaque instant que le problème n’est pas réglé.

Ce n’est jamais facile de s’occuper de son chaudron. Cela implique de prendre des décisions. Baisser le feu ou l’augmenter encore. Ajouter des ingrédients. Le goûter. Pour finir un jour par l’enlever du rond de poêle.

Quand ce jour arrivera, nous serons face à un vide.

Il faut aussi le reconnaître avec humilité, nous préférons parfois avoir un chaudron qui bout intensément que pas de chaudron du tout. Il nous est utile ce maudit !

Qu’est-ce que je vais faire une fois que je l’aurai cuisiné et enlevé ? Quel autre plat je vais préparer ? Avec qui ? Quels ingrédients ajouter ? Les mêmes ? D’autres ?

Toute une série de questions qui nous engage à des changements d’habitude de vie, de carrière, de relations amicales et amoureuses.

Ces choix sont le reflet de ce que nous voulons. Mais assumer ce que nous désirons peut être difficile.

Comment mon entourage va me juger ? Est-ce qu’ils vont apprécier ma nouvelle recette ? Est-ce qu’ils vont enfin réaliser que je suis un imposteur ? Est-ce que je vais la réussir ?

Face à cet inconnu, nous préférons garder notre chaudron qui bout. On s’en accommode. Il continue de bouillir, il occupe constamment un rond et nous nous arrangeons avec les ronds qui restent.

Jusqu’à quand…

Jusqu’à ce que nous soyons tanné d’être tanné !

Jusqu’à ce que l’inconfort que nous vivons pèse trop lourd et que l’espoir d’une situation meilleure soit plus importante que notre statut quo.

Que se passera-t-il ensuite ?

Un peu comme une nouvelle recette, nous allons repartir avec des nouveaux ingrédients, ou les mêmes, mais cuisiner d’une manière différente.

Au fond de notre frigidaire, on se rendra compte de la présence d’aliments toujours bons, que l’on ne voyait plus.

C’est cela aussi repartir un nouveau chaudron : changer sa perspective. Nous sommes toujours la même personne, mais enrichi d’expériences de cuisine supplémentaire.

Changer sa recette, découvrir des nouvelles saveurs, goûter des nouveaux plats, et se sentir Revivre.

1 Comment

  1. Très beau texte qui nous amène à réfléchir sur notre vie mais nous donne du beaume au coeur.
    du coup j’ai décidé de lire tous les autres textes que tu as écrit. Bravo c’est très bien analysé, rédigé et très clair.
    Considérons chaque jour la chance que nous avons d’être comme nous sommes, tenter de s’améliorer pourquoi pas mais surtout être bien dans sa peau et éviter de toujours vouloir être parfait et en retenue.

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Pair-aidants bénévole pour l’organisme Phobies-Zéro, Rodolphe a cherché pendant de très nombreuses années les moyens pour combattre ses troubles anxieux. Il a finalement décidé de les accepter. C’est parfois inconfortable, mais croyez-le ou non, cela est beaucoup mieux ainsi ! Diplômé en histoire et en psychologie, son parcours professionnel est assez divers mais souvent empreint d’humanisme. Ayant toujours senti au fond de lui une joyeuse folie douce, il la cultive de plus en plus et la partage maintenant avec ses amis et sa famille, pour son plus grand bonheur. Des hauts, des bas, l’important est de se relever.

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