Dévoiler ou ne pas dévoiler

Justine Brichart

Justine est éducatrice spécialisée, maman d'un pré-ado de 12 ans, de 10 poules, 2 chats et 1 chien! En couple avec l'homme de sa vie, elle côtoie la bipolarité de type 1 avec épisodes mixtes depuis 11 ans. Utilisant le mot équilibre plutôt que stabilité, elle essaie de ne pas s'identifier comme une étiquette, mais plutôt comme une femme résiliente qui a espoir en l'avenir et au moment présent.

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Quand j’ai reçu mon diagnostic, j’ai eu un besoin criant de le hurler à tout le monde.

J’avais maintenant une réponse à la question: qui suis-je?

J’ai fait un beau document Word que j’ai envoyé à mon entourage en disant: “Voici qui je suis!”

Je me collais moi-même une étiquette dans le front oubliant que sous l’étiquette, il y a une personne.

Je voulais qu’on comprenne celle qui se voit constamment comme l’éléphant dans la pièce.

Le fameux syndrome de l’imposteur avait maintenant un nouveau nom : Trouble bipolaire de type 1 avec épisodes mixtes.

Après plusieurs arrêts de travail et une panoplie de possibilités à chercher mon nom dans ce que je suis et non dans ce que je fais, j’ai décidé d’en parler à mon employeur. En fait, à mes employeurs.

J’ai changé fréquemment d’emploi dans ces 11 dernières années à la recherche d’un équilibre entre la médication, mes actions et mes pensées.

Une fois que j’ai décidé d’en parler, mon employeur ne voyait que l’handicap en moi au lieu de voir mes forces.

Il s’est mis à lire et à se renseigner me mêlant dans tous ces textes et nourrissant ainsi la peur.

La peur que je tombe malade, la peur que j’abandonne mes projets reliés à mon emploi, la peur de mon instabilité. Si j’étais fatigué, il pensait que je sombrais en dépression. Si j’étais de très bonne humeur, il pensait que j’étais en manie.

Pourtant, il continuait de croire en moi et il voulait que je réussisse, mais à plus petite échelle. Moi, qui vise toujours plus haut, je me sentais castrée.

Ensuite, j’ai travaillé en santé mentale. Je pensais que mon vécu pourrait être utile dans mes interventions. Oh que non !

J’étais constamment confrontée à mes propres blessures. J’analysais de plus en plus mes comportements, mes pensées.

Quand j’en parlais en équipe, c’était pour moi une façon de me justifier. Au lieu d’assumer qui j’étais, je tentais par tous les moyens d’excuser mes absences, mon anxiété, mon air bête, ma trop grande joie de vivre et mes sautes d’humeur.

Je voulais être comprise, mais finalement, je l’étais de moins en moins. J’étais de plus en plus désespérée, alors j’en parlais de plus en plus.

La direction n’aidait pas ma situation. Malgré le fait que je lui expliquais que j’allais chercher de l’aide à l’extérieur de mon emploi, elle m’invitait continuellement dans son bureau pour jouer à la thérapeute avec moi.

En plus d’avoir un talent particulièrement inné pour aller chercher la confidence, elle avait le même talent pour me juger et juger ma vie personnelle ainsi que ceux qui en font partie. Elle me donnait des ‘’conseils’’.

Après avoir baigné constamment dans ma souffrance pendant 10 ans, je me suis promis de changer de milieu.

Un milieu complètement différent qui me ferait oublier mon étiquette et qui me permettrait d’être moi-même. Un environnement qui ne serait pas au courant de ma bipolarité et où on ne parle pas de santé mentale.

Une place qui m’accueille pour ce que je suis et où moi, je m’autorise à être moi.

Quand je me réveille le matin et que je ne me sens pas bien, je n’ai pas le temps d’y penser parce qu’il ne me reste que 25 minutes pour me préparer avant de monter dans ma voiture.

Arrivée au boulot, personne à qui en parler parce que je fais du remplacement dans les écoles, alors je n’ai pas le temps de développer de lien avec personne. Seulement des liens professionnels.

Quand les enfants arrivent, pas le temps de mettre le focus sur moi parce que je travaille avec des enfants vivant avec un trouble grave du comportement.

Puis, la journée finie, mon début de dépression a disparu. Je ne lui ai pas accordé de temps pour qu’elle puisse se développer.

Si j’ai besoin de ventiler, j’ai mes amies proches et mon amoureux. Je choisi à qui j’en parle. C’est suffisant pour moi. Ils sont là pour moi.

Moi, je ne suis plus disponible pour la maladie. Ma médication fait son travail. Moi, je fais le mien.

Plus j’accorde de temps à la maladie et plus je lui donne de l’espace pour faire des ravages. C’est fini.

J’ai repris le contrôle et je prends toutes les mesures pour aller mieux.

On vit tous la maladie de façon différente, mais avant d’en parler, c’est important de vérifier les raisons pour lesquelles on le fait.

Aujourd’hui je n’hésite pas à le faire pour sensibiliser les autres, mais avant, je le faisais pour me justifier.

Aujourd’hui, je suis Justine. C’est moi. Je côtoie la bipolarité, mais je ne suis plus attachée à elle.


1 Comment

  1. Félicitations pour votre témoignage!

    C’est toujours une évolution différente pour chacun. Deuil, séparation, faillite. Arrêt de travail après 17 ans. Moi, diagnostiquée bipolaire type 2, après une hospitalisation de 3 mois en psychiatrie . Thérapie individuelle et en groupe. En 2007, début d’un Projet PAAS-Action d’Emploi-Québec 20 hres semaine. Je retrouve mon estime de moi et devient recherchiste pour une émission en santé mentale 1 fois semaine à la radio communautaire de la région. J’adore et trouve des gens connus dans ce domaine d’un peu partout et aussi les organismes partenaires dans notre réseau. Le projet a été renouvelé d’année en année jusqu’en avril dernier ou j’ai arrêté, épuisée, plus motivée. En tout un peu plus de 10 ans.

    J’ai des bobos physiques et des ajustements avec ma médication J’ai gardé un lien d’appartenance avec mon organisme. Là je suis en démarche avec l’accord de mon doc et requête, de rencontrer un psychiatre à la Clinique bipolaire à l’hôpital Douglas à Montréal, pcq la phase dépression s’allonge de plus en plus. Je rêvais de faire des conférences mais, un jour à la fois pour le moment. J’ai 59 ans et souhaite de retrouver mon équilibre.

    Belle continuité dans votre cheminement.

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Justine Brichart

Justine est éducatrice spécialisée, maman d'un pré-ado de 12 ans, de 10 poules, 2 chats et 1 chien! En couple avec l'homme de sa vie, elle côtoie la bipolarité de type 1 avec épisodes mixtes depuis 11 ans. Utilisant le mot équilibre plutôt que stabilité, elle essaie de ne pas s'identifier comme une étiquette, mais plutôt comme une femme résiliente qui a espoir en l'avenir et au moment présent.

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