Et si la méconnaissance rendait encore plus malade ?

Karine Charbonneau

Karine Charbonneau

Collaboratrice chez Entre les Deux Oreilles
Karine Charbonneau a 41 ans et est enseignante en adaptation scolaire au secondaire sur la Rive-Nord de Montréal. Mariée depuis 4 ans à son complice des 16 dernières années, elle est maman de trois merveilleux anges cornus. Passionnée par son métier et sa famille, elle cherche à conjuguer le tout sans y laisser sa peau, tout en tentant de favoriser l'épanouissement de son enfant à besoins particuliers... sans négliger qui ou quoi que ce soit au passage!
Karine Charbonneau

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Que ce soit la famille, les amis, les collègues, les intervenants scolaires ou même les acteurs du système de santé, la méconnaissance de chacun de ce que sont les troubles de santé mentale est criant.

Ce en quoi consistent les différents diagnostiques possibles, la façon d’intervenir, quoi et comment mettre les choses en place, quoi et comment dire et faire les choses, rien de cela ne semble connu.

Mais le plus grave, c’est que ceux qui y baignent tous les jours ne sont pas écoutés.

Les jugements sont grands pour la personne atteinte de troubles de santé mentale. Mais ils le sont aussi pour leurs proches.

Pourquoi ne se fait-on pas écouter quand on dit que telle approche serait favorable? Pourquoi se fait-on juger quand on choisit nos batailles? Pourquoi l’information ne passe-t-elle pas?

Est-ce si difficile de croire que les interventions des proches peuvent être adéquates même s’ils ne sont pas des professionnels reconnus?

Ces derniers sont rares à côtoyer et, quand le malade a la chance d’en avoir autour de lui, ils demeurent absents du quotidien, n’apparaissant que de façon sporadique dans la vie du malade.

Est-ce donc possible d’admettre que le regard des proches n’est pas nécessairement biaisé? Qu’il est plutôt empreint de connaissances et de reconnaissance de la maladie, de ses symptômes et de ses conséquences?

Les « mais ça ne paraît même pas! » bien intentionnés, les « on va s’en occuper » désintéressés, les « y va finir par vieillir et mieux se contrôler » bien sentis, les « y va être capable » bienveillants et surtout les « va falloir qu’il apprenne à moins stresser » complaisants, y’en a marre!!!

Si ça paraissait, si on s’en occupait réellement, si l’âge et le contrôle interne étaient assez, si la capacité et la volonté suffisaient, il y a longtemps que les batailles ne seraient pas quotidiennes!

Et si, à force d’être incomprise et méconnue, la maladie mentale devenait encore plus sournoise?

Pourquoi, quand on parle de maladies mentales, le malade et ses proches se sentent-ils constamment diminués, remis en question?

Pourquoi rien ni personne n’est responsable quand un malade a le cancer ou est atteint de diabète mais que tous et chacun sont responsables quand quelqu’un est atteint d’un trouble de santé mentale?

Pourquoi pense-t-on que la personne atteinte du cancer ou du diabète n’a qu’un mince pouvoir sur sa guérison mais que dans le cas d’un trouble de santé mentale, le malade et ses proches sont les seuls responsables de la maladie et de sa guérison?

Le malade « physique » et ses proches ont droit au respect, à la compassion, à l’écoute. Il ne s’agit que de nommer le mal et tout se met en branle pour faciliter l’examen, le quotidien, la vie.

Mais pas en santé mentale. Pourquoi???

Et si le malade devenait encore plus malade à force de voir ses proches se battre, à force d’entendre de tels propos, à force de devoir cacher sa condition, à force de devoir l’expliquer, à force de ne pas se faire aider adéquatement, à force d’être incompris, à force de voir sa condition minimisée, à force de se faire octroyer un pouvoir démesuré sur sa maladie, à force d’être confronté, à force de devoir subir les regards???

Et si le fait de ne pas connaître les troubles de santé mentales les amplifiait? Et si le fait le de ne pas les comprendre les empirait? Et si le fait de les minimiser les envenimait?

Et si, à force d’être incomprise et méconnue, la maladie mentale devenait encore plus sournoise?

6 comments

  1. Bien d’accord avec toi Karine. Je crois que la différence entre vouloir aider ou supporter quelqu’un qui a une maladie tels un cancer ou le diabète, réside dans le fait que personne ne semble savoir où ou vers qui se tourner pour avoir de l’aide. Un cancer? Hôpital, tests disgnostiques, oncologue, traitement….la maladie mentale? Quelle est-elle? Quoi faire? Où aller? Qui consulter? Et tant d’autres questions auxquelles nous n’avons pas de réponses. Les proches sont témoins de ce qui se passe mais quoi faire? On se sent tellement impuissants…Et c’est à ce moment que des phrases telles que celles que tu mentionnes font leur apparition et malheureusement, comme ta réflexion en fait foi, ces phrases ne font sûrement qu’amplifier la maladie. Comme il est difficle de “bien écouter”.

    1. La différence entre “écouter” et “entendre” est effectivement énorme quand on parle l’approche à préconiser face aux gens atteints de troubles de santé mentale ainsi que face à leurs proches… Et ce n’est pas parce que l’on est “proche” justement que l’on sait quoi dire, quoi faire, comment écouter…

  2. “Parlez-en disent-ils, mais savons-nous écouter ceux qui souffrent ? ”

    Ma réponse ?
    Parfois oui…mais [beaucoup] TROP SOUVENT NON.

    Et si la méconnaissance rendait encore plus malade ?
    Ma réponse ? Malheureusement OUI.

    Quand l’entourage (si entourage il y a), ce “réseau de soutien” que constituent nos proches; ces rares personnes qui nous écoutent, nous relèvent…quand ce réseau s’épuise, il ne reste que bien peu de personnes qui SAVENT écouter puisque quand ça ne paraît pas…pour plusieurs, ça n’existe pas.

    Bien que j’aie une très grande admiration pour les acteurs du réseau de la santé et des services sociaux, la porte d’entrée pour y obtenir de l’aide est difficilement franchissable; les dédales de l’administration publique sont tels, que l’accès aux services devient pratiquement nul quand on a plus la force nécessaire pour s’y retrouver, pour affronter l’imposante structure de béton derrière laquelle nous pourrions trouver l’aide nécessaire.
    Alors le temps passe et le mal-être grandi.

    1. Comme je le disais à Martin, on en parle beaucoup mais on agit peu… Mon plus grand souhait est que l’ouverture qu’il y a depuis peu face aux troubles de santé mentale devienne réelle, commune et non-stigmatisante et surtout, oui, surtout, que les gestes suivent les paroles…

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Karine Charbonneau a 41 ans et est enseignante en adaptation scolaire au secondaire sur la Rive-Nord de Montréal. Mariée depuis 4 ans à son complice des 16 dernières années, elle est maman de trois merveilleux anges cornus. Passionnée par son métier et sa famille, elle cherche à conjuguer le tout sans y laisser sa peau, tout en tentant de favoriser l'épanouissement de son enfant à besoins particuliers... sans négliger qui ou quoi que ce soit au passage!

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