Gravir l’Everest et le conquérir

Anonyme

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Mon histoire débute subitement en novembre 2005 alors que j’ai 24 ans.

Je viens de terminer mon baccalauréat en administration des affaires et j’ai des projets de voyage plein la tête.

Je suis une jeune femme qui réussi très bien à l’école et dans la vie. Je parle fort c’est vrai, mais sans plus. Je suis une fille ordinaire qui mène une vie bien ordinaire.

C’est suite à une rupture amoureuse et la prise d’un anti-douleur que ma vie toute entière bascule.

Je m’enferme 48h dans ma chambre et me mets à taper à l’ordinateur ce que j’appelle une prise de conscience. En réalité, c’est un long courriel incohérent qui raconte ma vie privée et que je finis par envoyer à tous mes contacts.

Quelques jours plus tard, ma famille réussit à m’amener à l’urgence. J’aimerais qu’on me donne une pilule pour dormir. Ça fait une semaine que je n’ai pas dormi.

On est vendredi soir. Le personnel me convainc de rester pour la nuit. Puis, on m’installe dans une chambre seule où j’y délire sans voir de médecin jusqu’au lundi matin.

Quand le lundi arrive, je n’en peux plus. Je demande directement au médecin de me dire ce qui se passe. C’est là qu’on m’annonce que je suis bipolaire.

Bang. Comme ça.

Puis on me retourne à ma chambre.

Deux semaines plus tard, je sors de psychiatre plutôt gonflée à bloc. Je vais prendre mes pilules, sourire à la vie et tout va rentrer dans l’ordre.

Je pars en appartement et me trouve un emploi. Le chômage-maladie c’est pas vraiment fait pour moi.

Moi dans la vie il faut que ça opère.

Les mois passent et je me rends compte que rien ne marche. Je ne me reconnais plus dans mes comportements ni dans mes pensées. Petit à petit, je plonge plutôt dans une sérieuse dépression.

Plusieurs personnes continuent de m’éviter ou ont carrément arrêtées de me parler à cause du fameux courriel.

Mon médecin trouve plutôt que mon état est stable. Après tout, j’arrive à travailler.

Les mois passent et je m’enfonce. Même mon médecin banalise ce que je traverse. Puis, une petite “bad luck” me retourne en psychiatrie en raison d’une importante psychose.

Je n’y comprends définitivement rien. J’ai pourtant pris toutes mes pilules. Je suis en colère contre mon médecin parce que c’était à lui de me prescrire le bon traitement.  Je sors cette fois rapidement de psychiatrie même si je suis loin d’être rétablie.

En fait, je suis en colère contre la terre entière. Pourquoi moi? Pourquoi encore?

Mon médecin me conseille de baisser mes attentes envers la vie si je veux me rétablir. Je dois avouer que son conseil a plutôt eu l’effet contraire. J’ai décidé de retourner à l’université.

Mon rétablissement sera long et chaotique parce que je suis encore en colère et que je travaille durant les heures d’ouverture des organismes qui offrent de l’aide.

Je fais maintenant des crises de panique et de l’évitement de tout ce qui me rappelle ma psychose.

Mes comportements continuent de déranger mes collègues de travail et d’université. Je ne suis pas encore comme avant. C’est dur à accepter.

Mon entêtement à travailler et à étudier énerve bien sur mon médecin. J’ai souvent des rechutes mais il n’est pas question que j’abandonne quoi que ce soit. Pour moi, avoir un travail et poursuivre des études est ce qui me garde en vie et me donne le sentiment d’avoir encore de la valeur.

Les “Up and down” finissent par s’espacer et diminuer en intensité. De fil en aiguille, je comprends aussi que je dois ralentir et faire un travail sur moi pour me rétablir.

J’essaie de mettre de côté ma colère, ma carapace et mes ruminations. J’essaie aussi d’avoir de meilleures habitudes de vie.

Trois ans plus tard, ma vie se replace mais je n’ai toujours pas d’amoureux dans ma vie.

Ouf. On annonce ça comment à sa “date” qu’on est bipolaire et pas tout à fait rétablie? C’est loin d’être évident.

Encore une fois, je dois y aller par essais et erreurs. Mais un an plus tard, je rencontre l’homme de ma vie et je décide enfin de me projeter dans l’avenir.

Par un concours de circonstances, je change également de médecin. Ce médecin à une approche totalement différente de l’autre et qui me rejoint.

Me voilà à écrire ces lignes huit ans plus tard.

J’ai maintenant 36 ans et j’ai bien sûr décroché un autre baccalauréat. Je suis professionnelle au gouvernement et la maman de deux beaux garçons.

Je mène une vie parfaitement normale.

Mes pensées s’affolent parfois quand je vis un stress ou un manque de sommeil mais sans plus. En fait, je n’ai eu aucune rechute depuis huit ans. Il fallait être patiente et persévérante.

Voici finalement en rafale ce que j’aimerais qu’on retienne de mon expérience.

D’abord, qu’il ne faut jamais sous-estimer la détresse d’une personne qui vient de recevoir un diagnostic en santé mentale ou qui traverse un épisode de santé mentale. Il s’agit d’une épreuve beaucoup plus éprouvante qu’on peut le croire.

Ensuite, que l’alliance thérapeutique est essentielle pour se rétablir. Sans alliance, le rétablissement est long et plutôt chaotique. Chaque personne est unique et chaque rétablissement doit l’être aussi.

Finalement, qu’il ne faut jamais sous-estimer la force d’une personne qui est aujourd’hui rétablie.

Après tout, moi j’ai déjà monté l’Everest alors que je n’y étais pas préparé.

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