La fracture… du cerveau!

Judith Proulx
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Judith Proulx

Blogueuse chez Dans tous mes états
Deux grands bouleversements ont marqué la vie de Judith en 2015 : un échec entrepreneurial et la mort d'une amie. Soudainement, elle a pris conscience de la manière dont elle vivait son existence : au-dehors, une image de réussite et de perfection brillamment orchestrée; au-dedans, une vulnérabilité à fleur de peau et la peur viscérale de déplaire. Sur son blogue, elle se dévoile Dans tous ses états : imparfaite, angoissée, authentique, libérée...
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Comment se fait-il que j’aie développé un trouble anxieux?

Je veux dire, à quel moment la fracture est-elle survenue? Je sais bien que la chimie de mon cerveau est en cause, que ma génétique y est pour beaucoup, n’empêche que je n’ai pas toujours été si angoissée.

J’ai été une enfant inquiète (c’est vrai!), je manquais de confiance en moi (beaucoup!), mais je fonctionnais. J’avais réussi à forger mon caractère, mon identité, comme la plupart des enfants. C’est en revoyant une amie du secondaire, Laurie, que je me suis rendu compte du décalage qui existait entre l’image qu’elle avait gardée de moi, adolescente, et la femme que j’étais devenue.

Étrangement, j’ai l’impression d’avoir compris plus de chose sur moi-même en allant prendre un lunch avec elle qu’en discutant des heures avec ma psychologue.

Ou peut-être étais-je simplement prête à comprendre ce qui s’était passé

J’avais pris la journée pour être à Montréal, pour sentir l’énergie de la ville et, surtout, pour revoir cette amie à qui j’avais fait lire les premiers articles de mon blogue – c’était 2 mois avant le lancement. Laurie a étudié en littérature, comme moi. Elle est aujourd’hui chef des contenus mode, beauté et culture au magazine VÉRO. Elle connait une ascension professionnelle que j’admire beaucoup. Je savais qu’avec elle, j’aurais l’heure juste.

Je l’attendais chez Tapas 24, dans le Vieux-Montréal. Elle est arrivée à peine en retard, souriante, l’air relax, chaussures brillantes aux pieds. Quel chemin parcouru depuis le secondaire! En même temps, elle était identique à l’image que j’avais gardée d’elle, même lumière dans les yeux, même vivacité d’esprit, même humour. Seule sa voix m’a parue différente, plus basse, plus posée. Je la sentais pleine d’assurance.

On avait tant de choses à se dire, tant de souvenirs! On s’est rappelé en riant nos cours de théâtre : Les Femmes savantes de Molière et l’adaptation rocambolesque de l’œuvre de Rabelais qu’avait réalisée notre prof. Quelle aventure!

Son heure de lunch était presque terminée quand on a finalement parler de mon projet… J’ai vu qu’elle hésitait, que quelque chose la rendait mal à l’aise. Elle n’osait peut-être pas me dire qu’elle n’aimait pas mes textes. Un silence embarrassant, puis cette question :

– L’anxiété dont tu parles, c’est vrai ça? Je veux dire, c’est bizarre! Je n’ai aucun souvenir que t’étais anxieuse. Au contraire! T’avais pleins d’amis, on riait tout le temps, tu t’affirmais… T’avais l’air…vraiment bien. Qu’est-ce que s’est passé?

– Je l’sais pas.

Je n’ai pas su quoi répondre, car je ne connaissais pas la réponse. C’était tellement étrange de me remémorer ce que j’étais à cette époque de ma vie, de réaliser l’assurance que je projetais – que je projette encore d’ailleurs.

Le décalage qui peut exister entre ce que les autres perçoivent de nous et ce que nous ressentons à l’intérieur, c’est absolument fascinant!

Laurie et moi, on a eu du mal à se laisser après 1 h 30 tellement on passait du bon temps. Elle m’a fait visiter les bureaux de KOTV – j’étais tout excitée de me retrouver là! Puis, on s’est fait la bise en se promettant de se revoir très bientôt. On ne s’est pas vues depuis… On y arrivera bien!

L’important est que cette rencontre ait eu lieu et qu’elle ait fait naître en moi une profonde réflexion qui m’habite depuis 6 mois. Que s’est-il passé au début de ma vingtaine pour que je plonge dans cet état d’anxiété? À quel moment la fracture est-elle survenue?

Je crois que la brèche s’est ouverte au moment où j’ai cessé d’orienter mes choix en fonction de ce que j’aimais : le français, le théâtre, la musique, le chant pour être plus précise. J’aimais écrire. J’aimais chanter. J’aimais apprendre des textes et sentir la fébrilité avant d’entrer en scène.

Mais quand le temps est venu de penser à ce que je ferais plus tard, mes barrières intérieures étaient si grandes que j’ai tout abandonné. J’ai tiré un trait sur tout ce qui relevait des arts et de la créativité dans ma vie.

J’ai choisi les maths, la bio., la chimie, la physique, des matières que je n’aimais pas, mais dans lesquelles j’excellais. Je me suis inscrite au cégep en sciences de la nature, plutôt qu’en arts et lettres, évidemment! Et même si je détestais mes cours à en pleurer, il ne m’est jamais venu à l’esprit de changer de programme. J’allais terminer ce que j’avais entrepris, coûte que coûte, parce que j’avais une seule idée en tête, une idée fixe :devenir médecin, comme mes parents.

Quand j’ai vu que je n’y arriverais pas, que mes notes n’étaient pas suffisantes, j’étais complètement perdue. Je n’avais pas la moindre idée de ce que je voulais réellement faire de ma vie, mais je n’ai pas voulu m’arrêter pour réfléchir : Voyons donc! Qui fait ça, réfléchir? En tout cas, pas moi! J’avais pas le temps de faire ça, penser à mon avenir. J’allais perdre mon temps, perdre une session!

Je me suis inscrite au bac en littérature pour enseigner, et pour rien d’autre. Si ce n’était pas médecin, ce serait enseignante. Toutes mes tantes étaient enseignantes, je le serais, moi aussi. Surtout, ne pas sortir du cadre, ne pas transgresser les barrières!

La fracture, dans mon cas, est survenue après des années de mauvais choix, après des années à tout faire pour être «correcte», selon mes propres normes intérieures et selon celles des autres, sans même que j’en sois consciente.

Là, c’est décidé! Je fais éclater mes barrières sans craindre les jugements et j’espère, en l’écrivant, vous aider à faire de meilleurs choix pour vous… sans souffrir d’une fracture du cerveau.

À toi, Laurie, merci!

Et à bientôt!


Ce texte a été publié originalement sur le blogue Dans tous mes états. Nous remercions Judith pour l’opportunité de le publier à nouveau sur notre plateforme.

6 comments

  1. Si j’arrivais à écrire à nouveau, si j’étais capable de bien m’exprimer pour dire où j’en suis, je pourrais presque utiliser l’intégralité de ces paroles à la différence près que j’identifie parfaitement l’instant où la fracture s’est produite.
    C’est quand on commence à l’accepter que l’anxiété cesse de contrôler notre vie entière.
    C’est un peu faire la connaissance de soi-même, redéfinir notre vrai personnalité!
    Bonne route…à la découverte de toi-même

    1. Chère Nathalie,
      Ces mots-là : « C’est quand on commence à l’accepter que l’anxiété cesse de contrôler notre vie entière », sont les plus vrais, les plus importants. Vous voyez, ce matin, je suis très anxieuse à l’idée d’écrire, j’en ressens même de la douleur au cou et aux épaules. Ce n’est pas l’écriture qui me cause cela, mais bien la pression que je m’impose d’écrire un texte chaque semaine. Ça, c’est tout moi! Je dois apprendre à être plus souple en vers moi-même. Mais, je sais que je suis sur la bonne voie et c’est ce qui me permet de persévérer.

      1. Je viens tout juste de voir votre réponse…merci !
        À mon tour de relever une vérité, dans vos propos : “Ce n’est pas l’écriture qui me cause cela, mais bien la pression que je m’impose d’écrire un texte…”
        Ce passage reflète tout à fait ma réalité… c’est tout moi également. Écrire librement ça va. Quand je me l’impose, quand je dois gratter mon p’tit moi intérieur, tout s’embrouille, les idées défilent aussi vite qu’un générique à la fin d’un film sans que je puisse prendre la télécommande pour appuyer “hold”. Ça me donnerait le temps qu’il faut pour mettre sur papier tout ce qui se bouscule entre mes deux oreilles.
        Ça me plonge dans un silence… depuis trop longtemps.
        Je tenterai d’être plus souple avec moi! Doucement, et [peu importe] il faut apprivoiser la vie, s’autoriser à vivre et cesser de seulement exister sous cette Anxiété.

        Merci de partager ceci avec moi (et tous les gens )

  2. Merci pour l’expression “fracture du crâne “. Avec votre permission, je vais la faire connaître à mes collègues du Rivage du Val-Saint-François, un organisme communautaire autonome et alternatif visant l’insertion sociale des personnes vivant ou ayant vécues un problème de santé mentale.

    1. Bonjour Sophie,
      En fait, l’expression « Fracture du crâne », que j’emploie dans le texte, est un clin d’oeil au titre d’une chanson d’Ariane Moffatt, que j’aime beaucoup.
      Vous trouverez facilement le vidéoclip et les paroles de cette pièce sur le Web.
      Judith

    2. Bonjour Sophie,

      En fait, l’expression « Fracture du crâne », que j’emploie dans le texte, est un clin d’oeil au titre d’une chanson d’Ariane Moffatt, que j’aime beaucoup.
      Vous trouverez facilement le vidéoclip et les paroles de cette pièce sur le Web.

      Judith

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Deux grands bouleversements ont marqué la vie de Judith en 2015 : un échec entrepreneurial et la mort d'une amie. Soudainement, elle a pris conscience de la manière dont elle vivait son existence : au-dehors, une image de réussite et de perfection brillamment orchestrée; au-dedans, une vulnérabilité à fleur de peau et la peur viscérale de déplaire. Sur son blogue, elle se dévoile Dans tous ses états : imparfaite, angoissée, authentique, libérée...

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