La négligence aussi fait mal

Amélie Jolie

Amélie Jolie

Amélie a 36 ans. Fière maman de 2 garçons. En couple depuis 18 ans et mariée depuis 10 ans. Dernière d’une famille de 3 enfants, ses parents ont divorcés a 15 ans. Elle a souffert d'une rigidité parentale dépourvue de réconfort, de reconnaissance et de compréhension.
Amélie Jolie

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Je n’ai pas été battue.

Je n’ai pas été abusée.

Je n’ai pas manqué de nourriture, ni de vêtements.

Non, rien de tout ça.

J’ai manqué, par contre, de reconnaissance, de réconfort, de tendresse et de compréhension, pour ne nommer que ceux-là.

En fait, j’ai manqué d’amour, point final.

C’est difficile à admettre. Quand tu as toujours pensé que tes parents étaient «normaux», ça fait mal de réaliser que finalement, ils ne l’étaient pas vraiment.

Je m’appelle Amélie. J’ai aujourd’hui 36 ans.

J’ai eu une mère négligente qui vous dirait avoir fait ce qu’elle a pu pour ses enfants avec ce qu’elle avait.

Je répliquerais en disant qu’elle a fait, maladroitement, ce qu’elle a pu sans trop se poser de questions.

Ces douces paroles qui enveloppent le cœur d’un enfant lorsqu’il a du chagrin, ou encore ces bras grands ouverts qui accueillent chaleureusement et avec fierté après un grand succès, moi, je n’ai jamais connu ça.

Mes succès, comme mes échecs, je les vivais seule.

Parce que les compliments n’existaient pas chez nous. Ni les encouragements. Les petits mots doux et les « je t’aime » n’ont jamais fait partie de son vocabulaire.

Et tout ce que je pouvais exprimer était banalisé.

Combien de soirs, couchée dans mon lit, à suer ma vie sous les couvertures, j’étais effrayée par cette noirceur menaçante et par mes scénarios traumatisants de voleurs.

Tous ces soirs, malgré mes demandes à l’aide, une dame dans le salon (je l’appelais « maman ») préférait me dire de faire ma prière et de compter les moutons.

Me rassurer? Ça tenait de l’imaginaire.

Même chose quand j’avais l’impression d’être suivie en revenant de l’école. Une peur si intense que j’en avais mal au ventre. Selon elle, « le monsieur voulait sûrement juste me poser une question ». Je pouvais donc lui faire confiance, de toute façon, les histoires comme celle de Cédrika Provencher n’existaient pas dans les années 80.

Comme toutes ces 1001 autres « choses » que je pouvais exprimer, elle les banalisait.

Même avec une note de 93% dans un examen, rapportée à la maison avec fierté, j’avais droit à : « comment ça t’as pas eu 100%? ». Bang! Comme une claque en pleine face. Je n’étais, encore une fois, pas à la hauteur.

Ces douces paroles qui enveloppent le cœur d’un enfant lorsqu’il a du chagrin, ou encore ces bras grands ouverts qui accueillent chaleureusement et avec fierté après un grand succès, moi, je n’ai jamais connu ça.

J’ai donc « appris » à m’arranger avec mes problèmes. Appris à me taire. À toujours faire passer les autres avant moi car inconsciemment, j’avais conclu que je n’étais pas assez importante.

J’ai cessé d’espérer ce réconfort dans les moments où mes pétales tombaient un à un.

Du haut de mes 8 ans j’ai absorbé toute seule l’immense insécurité ressentie par un changement d’école.

L’année suivante, j’ai vécu la douleur insupportable de l’intimidation scolaire, démunie dans mon petit cœur et dans mon petit coin.

À 10 ans, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, lorsque mon chien est mort tragiquement.

Et, à force de garder tout ce poison en dedans, j’ai fini par « exploser ».

Ce sentiment de détresse ne demandait qu’à sortir de moi. C’est alors que j’ai commencé à développer de nombreux TOC. Vous savez, ces troubles obsessionnels-compulsifs qui maîtrisent vos pensées?

– Place et replace cet objet.
– Ouvre-ferme la porte 1 fois. Ouvre-ferme la porte 2 fois.
– 1 fois, 2 fois, 3 fois, la prière je réciterai.
– Arrache 1 cheveu, un autre et encore un autre.

Tous ces TOC me réconfortaient assurément mais aussi, ils m’angoissaient énormément.

Si quelqu’un s’apercevait qu’il me manque des cheveux? Si on voyait que je vérifie les portes 100 fois avant de sortir de la salle de bain?

Ma mère a bien sûr été témoin de mes nombreux comportements compulsifs, mais si je les manifestais, c’était simplement parce que j’étais « la p’tite nerveuse ».

Simple de même.

Jamais elle ne m’a emmenée consulter pour cela. Pour elle qui savait tout, il n’y avait rien à faire, j’étais juste de même.

Et quand on devait obéir, c’était maintenant et pas dans 5 minutes.

Aucune souplesse, toujours la rigidité.

Et attention, si j’avais le malheur de répliquer, j’avais droit à des engueulades, des claquages de portes et une conclusion se terminant toujours en queue de poisson. Ses enfants n’allaient surtout pas avoir raison.

Alors mes angoisses, ma tristesse et mes peurs ont continué à gruger mon intérieur.

Et il y a eu le divorce (o’ combien troublant pour moi).

L’adolescence (où j’aurais facilement pu noyer ma peine dans la drogue).

L’anorexie et la boulimie (où elle me lançait du jus en pleine face pour « que j’aie quelque chose dans l’estomac »).

La dépression (à 17 ans, cachée dans mon garde-robe).

Les rencontres chez les psys, les attaques de panique (qu’est-ce qu’il m’arrive?)

La trichotillomanie (l’arrachage des poils!).

Les antidépresseurs (mes « life savers »).

Et j’en passe.

Je sais, je ne peux pas mettre tous ces bobos sur sa faute à elle, mais si vous ne donniez jamais d’eau et de soleil à vos plantes, pensez-vous qu’elles pousseraient hop-la-vie?

Ce billet ne reflète qu’une parcelle de ma « relation » avec ma mère.

J’ai réalisé, il y a quelques années, avec l’aide de psychologues, que ma mère a probablement souffert elle-même d’un manque affectif durant son enfance et qui sait, peut-être même d’une dépression chronique.

Toutefois, les chances qu’on connaisse un diagnostic précis un jour à son égard sont infimes car elle ne se remettra jamais en question.

C’est toujours les autres qui ne sont pas corrects.

Je suis aujourd’hui en thérapie à essayer de reconstruire mon intérieur et apprendre à m’aimer et ce, non sans douleur.

Ma petite voix intérieure est plus souvent dénigrante qu’aimante à mon endroit et il m’est difficile de renverser la vapeur.

Je me demande parfois comment j’ai pu en arriver là où j’en suis aujourd’hui : en vie, mariée et maman de 2 merveilleux enfants.

En fait, oui je sais.  Si je suis là aujourd’hui c’est grâce à l’amour de mes 2 merveilleuses soeurs et de mon mari exceptionnel. Ils ont été là pour m’écouter, me respecter et m’aimer comme je suis et ce, peu importe les situations.

C’est grâce à eux si je me porte un peu de valeur aujourd’hui car ils ont toujours cru en moi.

Ma plus grande peur : Quand on a grandi avec des parents toxiques, devient-on toxique à notre tour avec nos enfants?

En fait, je crois et espère du plus profond de mon coeur que si on est capable de reconnaître nos faiblesses et d’accepter l’aide pour devenir une meilleure personne, nos enfants n’en seront que gagnants.

Et vous savez quoi? J’ai déjà donné à mes enfants de 6 et 8 ans plus de câlins et de « je t’aime » que j’ai pu en recevoir de ma mère en 36 ans. Quoique, ce n’était pas difficile à battre!

Avez-vous eu, vous aussi, des parents négligents?

8 comments

  1. wow
    Je vous trouve tres bonne et courageuse d’avoir eu le courage de raconter votre histoire avec une aussi grande honneteté.
    Je trouve que ce que vous avez ecrit est a la fois triste et beau. Triste parce que je ne peux pas imaginer qu’un parent ne possede pas cet instinct d’aimer, de rassurer et d’encourager son enfant. Triste aussi parce que votre histoire ressemble a la mienne (saufe que contrairement a vous, moi c’etait la drogue plutot qu’un ou plusieurs TOC qui ma en partie soulagée jusqu’a ce que je n’en puisse plus d’exister). Mais beaux parce que on finit par réellement s’en sortir (avec l’aide de la thérapie sans aucun doute) et etre bien pour vrai!!! Je suis certaine qu’on donne a nos enfants ce qui nous a manqué le plus. Donc nos enfants ne manquerons jamais d’amour, parce qu’on leur donne, ce que toute notre vie on a désiré. J’ai meme l’impression que parfois les prendre dans mes bras me fait plus de bien a moi qu’a eux. Je ne me tannerai jamais de les aimer et de leur montrer !

  2. J’ai cru a quelques differences pres, lire ma propre histoire!!
    Et tout comme toi j’ai ete et je suis une maman hyper demonstrative, calineuse et reconnaissante!!
    Wowwww merci pour ton partage et bonne continuité xxx

    1. Je dirais comme Carmen. Arrivée à 40 ans j’ai eu le courage d’en parler à ma mère. Étant mère moi-même cela m’a permis de comprendre ce que je n’avais pas eu auprès de la mienne. Elle ne m’a pas contredit, elle a versé une larme et s’est justifiée en disant qu’on ne pouvait pas donner ce que l’on a pas reçu. C’est faux, je n’ai pas reçu et je peux donner de l’amour sans fin à mon enfant, à mon conjoint, à mes proches. Je suis une fabrique perpétuelle à câlin, d’une empathie démesurée, viscérale.
      Dans chaque épreuve de ma vie d’enfant et de jeune adulte je n’ai rencontré que de l’indifférence de la part de mes parents. Des « Ça va passer » était le plus gros encouragement. Quand un jour je suis rentrée à la maison battue et blessée, les vêtements en lambeaux. Ma mère a seulement dit « va te laver ». Le réconfort n’existait pas, la fierté non plus. Que j’échoue ou que je gagne il n’y avait aucune réaction.
      Un parent est là pour apporter la sécurité à un enfant. Sans sécurité affective et physique, l’humain vit dans la peur, l’anxiété et la solitude. Il est persuadé que sa vie n’a pas de valeur. Parents, lorsque vous mettez au monde un enfant, votre devoir fondamental est d’être là pour lui, contre vents et marées, dans les joies et dans les peines. Ce n’est pas l’argent et les cadeaux qui rendent un enfant heureux et lui permette de devenir un adulte bien dans sa peau. C’est la chaleur donné lors d’un câlin, la douce voix qui nous endort, les bras qui nous étreignent pour nous consoler, la fierté que l’on voit dans leurs yeux lorsqu’on réussi, la peur qui prend leurs tripes quand nous sommes en danger. Si vous n’en êtes pas capable, ne faites pas d’enfant.

  3. Merci pour ce texte! J’ai envie de me libérer le coeur d’un énorme poids, car ton texte m’a ramené directement à mon vécu. Si de mon côté j’ai eu la chance d’avoir une mère aimante, présente, chaleureuse et attentive, j’ai plutôt souffert pour ma part de la relation avec mon père. Probablement un mauvais “match” entre ma sensibilité et sa sévérité.
    En fait, je n’ai jamais eu l’impression-ou du moins très rarement- qu’il se soit intéressé à moi, qu’il m’ait écouté et comprise. Il se moquait de moi , de mon apparence, de mes créations, de ce que j’aimais. Comme toi, mes bons résultats scolaires n’étaient pas suffisants. Je me sentait humiliée et j’avais honte de moi.
    Il ne me battait pas fréquement, mais la pire fois dont je me souviens, c’était dans le contexte où je voulais regarder un poste de tv différent de celui de mon frère. Il m’a traitée d’egoïste et m’a frappé de plus belle. Ce que j’ai compris, ds ma tête d’enfant, c’est que de répondre à mes besoins ou de les nommer = égoïsme.
    Une autre fois, j’ai fais une erreur dans une tâche qu’il m’avait demandé de faire. Il m’a lancé un plat de plastique par la tête en criant : “t’es même pas capable de faire ça! “Ce que j’ai compris: “je suis une incapable”. Je voulais disparaître sous le plancher. La honte de moi était intenable. Une forte impression de ne pas être bien nulle part, le souffle coupé. Juste disparaître.
    Des idées passives de mort me traversaient l’esprit alors que j’étais encore au primaire. J’avais un surplus de poids et de l’anxiété, avec beaucoup d’évitement.
    Probablement TDAH, mon pere était toujours dans ses pensées, dans ses projets, peu à l’écoute avec tout le monde. Il etait prompt, avec des variations rapides d’emotions. Il faut dire que tout comme il s’emportait vite, il se calmait vite et etait -parfois-repentant. Juste d’avoir pris conscience que le TDAH expliquait certains de ses comportements m’a fait beaucoup de bien. Comme de dire :”ce n’était peut-être pas dirigé contre toi, après tout.”
    Je n’ai pas d’enfant et j’admet que le rôle de mère me fait peur. Comme s’il y avait une part de moi qui risquait d’être comme lui. Dans les faits, je ressemble plus à ma mère, mais quand même. Grâce à l’amour inconditionnel de ma mere, des profs inspirants, des amis et des thérapeutes, j’ai trouvé mon chemin. Je vis encore avec des blessures aujourd’hui, à 31 ans. Je sais combien c’est facile de créer des failles à un enfant, et o combien difficile de les réparer. Mais je continue! Le livre “Je réinvente ma vie” m’a beaucoup aidé, et m’aide encore, afin de briser les patterns qui empoisonnent la vie.

  4. Chère Amelie et les autres.

    Je dois vous avouer que moi je suis de l’autre côté de la clôture même si je suis l’enfant blessé, négligé je suis la mère autoritaire et à la limite rigide…
    Malgré les câlins et les gestes affectueux que je donne à mes enfants j’ai tendance à les responsabiliser plus qu’ils ne devraient l’être . De l’autre côté je suis hyper protectrice donc j’ai tendance à les étouffer, <>en vous lisant je me rend compte que mes blessures d’enfance sont plus grandes que je le croyais….je reproduis certaines choses et d’un autre coté je fais l’extrême d’autres choses. Je vois un psychologue pour faire du lâché prise mais je me rend compte en vous lisant que j’ai beaucoup de travail à faire et je me demande si moi aussi j’aurais pas un tdah …. Bref un tas de questions dans ma tête…..En tout cas pour mes enfants, merci! je ne les regarderai pas de la même manière !

  5. Je me reconnais dans cette histoire sans toutefois avoir développer un problème mental. J’ai plutôt opté pour le profil de la trop gentille…Pas super non plus! À 40 ans, j’ai réalisé tout le mal qu’on m’a fait. J’avais le mal de mère. Une maman les bras grands ouverts, je n’ai pas connu ça. Une maman qui t’admire, pas connu ça. J’ai fini la première du secondaire avec la meilleure moyenne générale et elle m’a dit ” je ne pensais pas que tu étais bonne de même! Ma mère est décédée à 69 ans d’un cancer du poumon. Avant de mourir , elle s’est excusée et a réalisé qu’elle ne me connaissait pas et que finalement, elle me trouvait exceptionnelle. Ce fut une mince consolation. Mais je peux affirmer que moi, je suis une super maman, aimante, compréhensive et respectueuse. J’y travaille fort. J’ai dû aussi apprendre à être moins gentille. Ça s’appelle se respecter. Je suis résiliente . Mais même à 49 ans, quand je vois un film où la mère enlace sa fille tendrement, j’ai les larmes aux yeux. Je porterai toujours cette cicatrice. merci.

  6. En te lisant j’ai l’impression de voir ma propre enfance… Un père absent, une mère qui ne connaît pas le mot “compliment” et ne sait que se plaindre de mes défauts. Et surtout me transmettre inconsciemment ses propres peurs…
    Comme toi ça a viré aux TOC, puis à la dépression, avec en prime le harcèlement scolaire…
    Et comme toi tout ce que je veux pour mes enfants, c’est leur donner tout ce que je n’ai pas reçu: beaucoup de câlins, et surtout plein de félicitations dès qu’ils arrivent à faire quelque chose. Pour que leur estime de soi soit à bloc et qu’ils ne vivent pas le cauchemar qu’à été mon adolescence

  7. Bonjour Amélie,

    J’ai vécu la même enfance mais plus encore compliquée que la tienne car je n’ai pas eu de l’aide ni d’un psychologue ou de mes sœurs pourtant nous sommes 7 filles … j’aimerais bien vous raconter mon histoire…. aujourd’hui j’ai 42 ans et j’ai les plus bon mari du monde et deux beaux enfants une fille de 20 ans et un garçon de 15 ans qui ont reçu tout l’amour et l’attention pour qu’ils toujours heureux, bien dans leur peau et capable de donner de l’amour

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Amélie a 36 ans. Fière maman de 2 garçons. En couple depuis 18 ans et mariée depuis 10 ans. Dernière d’une famille de 3 enfants, ses parents ont divorcés a 15 ans. Elle a souffert d'une rigidité parentale dépourvue de réconfort, de reconnaissance et de compréhension.

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