La prétendante au tapis

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Martin Binette

Fondateur et Éditeur en chef chez Entre les Deux Oreilles
Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel. Il est l'un des Visages de la campagne 2017-2018 de sensibilisation de l'Alliance Canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale.
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Le 1er août dernier avait lieu à Rio de Janeiro au Brésil le 190e gala du UFC (Ultimate Fighting Championship). Pour les non-initiés, le UFC est, en somme, les “Ligues majeures” des arts martiaux mixtes. S’affrontent lors de ces mégas-événements, des adversaires de différents styles, de toutes catégories, dans des combats parfois d’une extrême violence.

Certains diront qu’il s’agit d’une reproduction moderne des combats brutaux entre gladiateurs à l’époque romaine. D’autres, qu’il s’agit d’un sport mettant en vedette des athlètes d’exception. Quoi qu’il en soit, ce sport est en croissance fulgurante depuis quelques années. Les galas du UFC sont suivis religieusement par des millions de téléspectateurs aux quatre coins de la planète et ses têtes d’affiche sont adulées par leur fans comme des stars de la pop ou des vedettes de cinema.

D’ailleurs l’une des étoiles du UFC est Ronda Rousey. Championne incontestée dans la catégorie féminine des poids coqs, elle est toujours invaincue depuis ses premiers pas dans l’octogone (le nom octroyé au ring du UFC, de par sa forme). Dotée de qualités athlétiques remarquables et d’une excellente force de frappe elle est aujourd’hui considérée comme la combattante la plus redoutée du UFC. Hors du ring, elle possède un charisme et un charme hors de l’ordinaire qui transcende son statut d’athlète et la propulse au rang des personnalités les plus reconnues sur la planète.

La carte du UFC 190 était donc attendu avec impatience car elle mettait en vedette Rousey contre l’héroïne locale, la brésilienne Bethe Correia.

L’approche du combat avait été d’ailleurs très belliqueuse, Correia attaquant personnellement Rousey avec des déclarations chocs. L’une d’entre elle particulièrement virulente :

“Elle ne va pas bien mentalement, elle doit prendre soin d’elle. Elle gagne, donc tout le monde est là autour d’elle et l’encourage, mais quand elle va réaliser qu’elle n’est pas tout ce qu’elle croit être, je ne sais pas ce qui va arriver. J’espère qu’elle ne va pas se tuer.”

Encore une fois, il n’est pas rare d’entendre ce genre de déclarations chocs dans le cadre de la promotion d’un combat. J’en faisait d’ailleurs mention dans un billet précédent ( http://entrelesdeuxoreilles.ca/le-complexe-dadonis/ ). Les adversaires et leurs clans respectifs tentent par tous les moyens disponibles de déstabiliser, d’intimider l’opposant. Rien de nouveau sous le soleil.

Or, là où le bât blesse ici est que le père de Ronda Rousey s’est enlevé la vie alors qu’elle n’avait que 8 ans. Un événement tragique qui a évidemment bouleversé la vie de la championne.

Selon l’Association québécoise de la prévention du suicide, 3 québécois s’enlèvent la vie au Québec par jour. Le taux de mortalité par suicide aux États-Unis en 2012 était de 12,1 par 100 000 habitants. Pour la même année le Japon, berceau des arts martiaux, enregistrait un taux de mortalité par suicide de 18,5 par 100 000 habitants.

Le suicide est donc un enjeu universel, majeur. Trop de personnes ont souffert et souffrent encore de la perte par suicide d’un être cher. Les blessures sont inapaisables. Les marques indélébiles.

Alors, évoquer le suicide comme source d’intimidation dans le cadre de la promotion d’un combat est un acte absolument vil et mesquin. Bethe Correia a non seulement, par ses paroles malavisées, manqué de respect envers Ronda Rousey mais également à tous ceux et celles qui ont perdu un être cher de cette terrible façon.

L’intimidation, les déclarations chocs, les insultes font peut-être partie du folklore des sports de combats mais une certaine décence se doit d’être respectée. Dans le cas présent, Bethe Correia a sans conteste dépassé les bornes. Le suicide, la maladie mentale ne devrait jamais être des armes de promotion ou d’intimidation.

D’ailleurs, un des plus grand boxeurs de tous les temps, Mike Tyson, a déjà déclaré : “Un grand psychologue du sport m’a déjà avoué que je pouvais intimider les gens en les frappant sur la tête.”

Certains athlètes de sports de combats auraient intérêt à suivre ce pertinent conseil. Plus de truculence dans le ring pour moins de paroles malhabiles.

Pour les intéressés, le combat s’est soldé par une victoire sans équivoque de Ronda Rousey par KO en 34 secondes du 1er round.

À l’issue du combat, Rousey a déclaré souhaiter que son histoire personnelle ne soit jamais plus abordé par ses adversaires à l’avenir.

Foi de Correia, je le souhaite ardemment pour ses futures adversaires.

1 Comment

  1. Franchement bas des commentaires du genre. Heureusement pour elle, ses prochains adversaire ne vont pas s’aventurer sur ce terrain (KO en 34 secondes!). Mais dans la vie, on ne peut pas répondre avec des «arguments» aussi convainquant…

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Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel. Il est l'un des Visages de la campagne 2017-2018 de sensibilisation de l'Alliance Canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale.

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