La tragédie du Airbus A320 et la diabolisation des maladies mentales

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Martin Binette

Fondateur et Éditeur en chef chez Entre les Deux Oreilles
Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel.
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L’écrasement du Airbus A320 de la compagnie aérienne GermanWings survenu la semaine dernière dans le sud-est de la France est une horrible tragédie. Une catastrophe d’une rare violence. Un drame absolument épouvantable.

Se trouvaient à bord de l’appareil, 144 passagers, dont 16 jeunes élèves d’une école allemande, et 6 membres de l’équipage. Tous morts dans les montagnes enneigées des Alpes françaises.

Se trouvait également à bord de l’avion, Andreas Lubitz. Un jeune allemand de 28 ans, copilote de l’appareil. Un jeune homme à priori sans histoire, passionné de l’aviation et fervent de course à pied.

Or, voilà que les premiers détails de l’enquête sur le crash dévoilent que Lubitz aurait délibérément et intentionnellement provoqué la chute de l’avion. C’est du moins ce que révèle l’enquête préliminaire suite à l’écoute des enregistrements de vols et de la boîte noire de l’appareil.

Depuis lors, la chasse à l’information est à son paroxysme. Des médias révèlent que Lubitz aurait souffert d’une grave dépression dans le passé. D’autres, affirment qu’il était suivi par un médecin-psychiatre et placé en arrêt de travail pour raison médicale. Arrêt de travail que, selon certaines sources, Lubitz aurait caché à son employeur. Un organe de presse allemand affirme que les policiers auraient perquisitionnés des comprimés d’antidépresseurs au domicile de Lubitz.

Rien n’est confirmé à ce stade-ci, l’enquête n’étant qu’à ses premiers balbutiements. Peu s’en faut cependant aux médias du monde entier de lancer le débat : Qu’est ce qui a bien pu pousser Andreas Lubitz a passé à l’acte?

La question est légitime certes, mais n’est-il pas prématuré d’y chercher la réponse? Or, les médias s’y prêtent déjà au jeu. Certains offrent l’hypothèse d’une instabilité psychologique chez Lubitz pour expliquer son acte. D’autres avancent l’idée que l’éventualité de la perte de son emploi suite à son état de santé l’aurait fait verser vers le désespoir et le suicide.

Le Daily Mirror de son côté, un quotidien britannique, ne fait pas dans la dentelle et coiffe sa une avec le titre sans détour : « Killer Pilot suffered from depression ».

Il est important ici de le rappeler : le peu d’information recueillie jusqu’à maintenant ne permet pas de dresser de conclusion sans équivoque qu’Andreas Lubitz souffrait d’une maladie mentale et que son état psychologique a été contributif lorsqu’il a commis son geste fatal.

Pour l’instant, cette désinformation et la course au sensationnalisme de la part des médias ne font que contribuer à exacerber un mythe toujours persistant autour de la maladie mentale : les personnes atteintes de maladie mentale sont tous des tueurs en liberté, des psychopathes en devenir, des terroristes potentiels.

Or, selon l’Association Canadienne pour la santé mentale : « En tant que groupe, les personnes qui ont des problèmes de santé mentale ne sont pas plus violentes que les autres groupes de notre société. La majorité des crimes ne sont pas commis par des personnes souffrant de troubles psychiatriques. Par ailleurs, de nombreuses études ont prouvé qu’il y a très peu de liens entre la plupart de ces maladies et la violence. Le vrai problème, c’est que les personnes souffrant d’une maladie mentale sont de deux fois et demie à quatre fois plus susceptibles d’être victimes de violence que les autres groupes de notre société. »

De surcroît : « La plupart des crimes violents commis dans notre société ne sont pas attribuables à la maladie mentale. La supposition qu’un potentiel de violence se rattache presque assurément à toutes les maladies mentales s’est avérée incorrecte dans de nombreuses études. »

Ce jeu dangereux d’amalgamer les crimes violents à la maladie mentale contribue malheureusement à ostraciser ceux qui en souffrent. Certes, des crimes sont commis par des personnes atteintes de maladies mentales graves. Mais, faut-il le rappeler : des millions de personnes souffrent d’une maladie mentale sur cette planète et la très vaste majorité ne commettront jamais d’actes violents.

Il faut donc être prudent et vigilant sur la façon de présenter l’information car elle ne fait qu’encourager les fausses perceptions et l’intolérance envers les personnes qui souffrent d’une maladie mentale.

Dans une perspective ou nous désirons ardemment comme société éliminer les tabous et les préjugés envers la maladie mentale afin de permettre aux personnes qui en souffrent de s’ouvrir, d’en parler et de chercher de l’aide, la désinformation des derniers jours contribue malheureusement à maintenir cette stigmatisation.

Derrière tout ce battage médiatique, de cette recherche absolue de la vérité, 150 personnes ont trouvé la mort. 150 victimes. 150 familles éplorées. Les grands oubliés de cet indescriptible drame. Là se trouve la réelle tragédie.

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