L’affaire Ciman

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Martin Binette

Fondateur et Éditeur en chef chez Entre les Deux Oreilles
Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel. Il est l'un des Visages de la campagne 2017-2018 de sensibilisation de l'Alliance Canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale.
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Nina Ciman a 4 ans. Mignonne comme tout, elle a les cheveux noirs de jais de sa mère Diana et le regard perçant de son père Laurent. En fait, à première vue, elle possède toutes les caractéristiques d’une jeune fille « normale » de son âge. Or, Nina souffre du trouble du spectre de l’autisme.

« Connu depuis quelques années sous l’appellation générale de troubles envahissants du développement, dont il fait partie, l’autisme devient, avec le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux N.D.L.R) une catégorie unique que l’on appelle trouble du spectre de l’autisme (TSA).

Les symptômes représentent un continuum qui varie de léger à sévère. Le trouble du spectre de l’autisme se caractérise par des altérations significatives dans deux domaines:
♦ Déficits persistants au niveau de la communication et de l’interaction sociale;
♦ Comportements, activités et intérêts restreints ou répétitifs.

Les symptômes doivent être présents dans la petite enfance, mais ils peuvent aussi se manifester pleinement avec l’augmentation des demandes sociales. Ils limitent et altèrent le fonctionnement quotidien. Les causes de l’autisme ne font pas encore l’objet d’un consensus au sein de la communauté scientifique. On estime cependant que le taux de prévalence touche 1 % de la population. »*

Diagnostiquée en bas âge, Nina nécessite des soins particuliers sous forme d’une prise en charge adaptée et d’un encadrement spécialisé.

Le papa de Nina, Laurent Ciman est joueur de soccer professionnel. Il évolue au poste de défenseur central au sein de l’Impact de Montréal de la Major League Soccer. Avec l’intensité déployée sur le terrain et la qualité de son jeu, il s’est rapidement fait une légion d’admirateurs auprès des partisans de l’équipe et il s’est depuis imposé comme une figure de proue au sein du club montréalais.

D’origine belge, Laurent Ciman évoluait, avant de se joindre à l’Impact, pour le Standard Liège, une équipe de première division en Belgique. Tel qu’il le mentionnait en entrevue en janvier dernier ce n’est pas pour des raisons sportives ou financières qu’il a pris la décision de quitter l’équipe de Liège : “C’est pour ma fille que j’ai choisi Montréal “.

Diana, la maman de Nina abondait dans le même sens en janvier dernier dans un article paru sur le site 7sur7.be : “Les soins et l’accompagnement des enfants autistes en Belgique est catastrophique. (…) Le niveau du football (soccer N.D.L.R) au Canada est beaucoup moins élevé que dans une grande compétition européenne, mais cela ne joue aucun rôle. Là-bas, nous pouvons aider notre fille et il n’y a rien de plus important que ça. (…) Le Canada est une chance unique pour notre fille.”

Lune de miel terminée

Or, on apprenait cette semaine par l’entremise des médias que la famille Ciman était très insatisfaite et mécontente à l’endroit de l’organisation de l’Impact de Montréal. Diana Ciman y est allé d’ailleurs d’une sortie en règle dans un média belge contre la direction de l’Impact :

“Nous sommes très déçus de la part du nouveau club de Laurent. Mon mari n’a jamais caché qu’il avait quitté le Standard pour notre petite fille Nina. Les traitements médicaux pour l’autisme sont beaucoup plus développés ici qu’en Belgique (…) Nous n’avons jamais exigé une Ferrari ou une villa, mais simplement des soins pour notre fille. La condition était claire, c’est-à-dire nous aider à bénéficier de l’aide médicale publique. Il n’y avait aucun problème pour le club. C’est écrit noir sur blanc. Il fallait juste la signature de Laurent. (…) On nous avait promis les meilleurs soins, mais le club abandonne Nina.”

La réalité québécoise

Jo-Ann Lauzon est directrice générale de la Fédération Québécoise de l’Autisme. La mission de la FQA est de « Mobiliser tous les acteurs concernés afin de promouvoir le bien-être des personnes, sensibiliser et informer la population sur les troubles du spectre de l’autisme (TSA) ainsi que sur la situation des familles, et contribuer au développement des connaissances et à leur diffusion. »

Jointe au téléphone, Mme Lauzon confirme en effet que les soins et les traitements pour l’autisme sont essentiellement de qualité au Québec. “Les services sont bons surtout pour les enfants de 2 à 5 ans. Les services sont d’ailleurs priorisés pour cette tranche d’âge. Par contre, ça devient beaucoup plus difficile lorsque l’enfant entre à l’école. La grande majorité des écoles ne sont pas adaptées pour accueillir ce type de clientèle et les intervenants ne sont pas toujours adéquatement formés.”

Mme Lauzon ajoute : “Au public, l’enjeu n’est pas la qualité des soins et des services, mais les délais d’attente. Les services existent, mais l’accès est difficile. La grande majorité des plaintes de parents reçues sont à propos des délais trop long pour l’accès aux soins et services. Actuellement, dans le secteur public et dépendamment des régions, les délais sont de 6 mois à 2 ans. À Montréal on parle d’une attente d’au moins 1 an.”

L’option publique

À la lecture des propos de Mme Ciman, il est permis de s’interroger sur les modalités et les conditions de l’entente conclue entre l’Impact de Montréal et Laurent Ciman.

Si, comme le rapporte Mme Ciman, l’accès à l’aide médicale dans le secteur public était une condition essentielle à la venue de Laurent Ciman à Montréal, des avantages ont-ils été promis à la famille Ciman par l’Organisation montréalaise afin de leur permettre d’accéder à ces soins dès leur arrivée sur le sol québécois?

De son côté, Richard Legendre, Vice-Président Exécutif de l’Impact de Montréal admettait devant les médias lors d’un point de presse cette semaine: “Je ne sais pas si l’entente n’était pas claire, ils avaient des attentes assez précises auxquelles nous n’avons pas répondu.”

Est-ce possible alors que les attentes de la famille Ciman n’aient pas été respectées car l’Organisation montréalaise était tout simplement dans l’impossibilité de passer outre les contraintes d’admissibilité et les règles en place du système de santé public québécois? La question mérite d’être posée, car faut-il le rappeler, les services médicaux du régime universel public québécois sont accessibles et destinés à toutes les personnes couvertes par le régime d’assurance-maladie du Québec. Pour les personnes arrivant de l’extérieur du Canada pour s’établir au Québec, comme la famille Ciman, ils ont généralement droit à l’assurance maladie après une période d’attente pouvant durer jusqu’à trois mois après leur inscription.

Par conséquent, la haute direction de l’Impact de Montréal a-t-elle manqué de transparence envers la famille Ciman en omettant de leur expliquer les ramifications du système de santé québécois? N’est-ce pas la responsabilité d’un employeur de bien informer son nouvel employé et sa famille des réalités et des spécificités de la société dans laquelle ils seront intégrés?

L’option privée

Actuellement, faute d’avoir accès aux services dans le secteur public tel que désiré, le couple s’est tourné vers le privé. Ils défraient les services d’une thérapeute personnelle. Selon les propos de Diana Ciman rapportés sur le site 7sur7.be : “Ce n’est pas bon marché. Nina a besoin de 30 à 40 heures de thérapie par semaine. Cela revient à 100 dollars canadiens par heure”.

Jo-Ann Lauzon de la FAQ me confirmait d’ailleurs lors de notre entretien téléphonique que les soins et services sont également disponibles au privé. “Les services sont aussi très bons et plus rapidement accessibles au privé mais nécessairement plus dispendieux .”

N’aurait-il donc pas été plus facile et plus simple pour la haute direction de l’Impact d’explorer dès le début l’option des soins au privé et de contribuer financièrement dans le cadre d’une entente claire et précise? Cette option n’aurait-elle pas évité à toutes les parties impliquées tout malentendu et maux de tête inutile.

Les Solutions

Richard Legendre de l’Impact indiquait lors de son point de presse cette semaine :

“L’accompagnement de Laurent et Diana et leur petite Nina est extrêmement important depuis le début.” (…) “On a fait ce qu’on pensait qu’on devait faire pour les accompagner et on va tout simplement redoubler d’ardeur pour trouver des solutions.”

Fait intéressant. Mme Jo-Ann Lauzon me faisait part lors de notre entretien que : “La Fédération n’a reçu à aucun moment d’appels de la part de l’Impact de Montréal, du joueur ou de ses représentants afin de les informer, de répondre à leurs questions et de les guider. Nous répondons quotidiennement à ce type de demande.”

Monsieur Legendre? Ne serait-ce pas là une action appropriée, une vraie piste de solution, afin de répondre aux besoins de la famille Ciman et de leur petite Nina?

Quoi qu’il en soit, espérons des actions concrètes rapidement car derrière tout ce battage médiatique et cette guerre de mots, une jeune fille a besoin d’un encadrement adapté pour favoriser son développement et son épanouissement personnel.  L’enjeu dépasse désormais le cadre sportif ou financier. L’impact est trop majeur.

3 comments

  1. Ben voyons…madame Lauzon qualifie les intervenants scolaires de mon qualifiés sans savoir de quoi elle parle. Je travaille en classe TSA depuis 9 ans pour la csdm. Tous les enseignants de notre école ont reçus de la formation à chaque année et nous sommes une équipe experimentée…je ne comprends pas ce commentaire de la part de madame Lauzon. Notre école est bien adaptée pour accueillir ce type de clientèle. Je suis consciente que ce n’est pas le cas de toutes les écoles. Mais il ne faut pas généraliser….nos eleves évoluent grandement et les parents sont toujours contents…il faudrait voir avant de parler de çe que l’on ne connaît pas ou peu !
    Une enseignante passionnée…

    1. Madame Lauzon a raison , à mon sens …Pour une classe d’adaptation bien adaptée ( personnel qualifié et impliqué! , à l’écoute des besoins prioritaires réels au plan de l’apprentissage et de l’adaptation …en FORMATION CONTINUE ! ), il y en a cinq qui ne répondent pas ou en partie …La plus grande prudence est de mise à ce niveau et davantage quand l’enfant vieillit parce que ce qui est «cute» à six ans , ne l’est plus à 16 ans .Comme parent , il faut poser des questions , se renseigner , ouvrir l’œil quant au plan d’intervention et aux voies de qualifications possibles selon le potentiel et l’évolution de l’enfant , tout en demeurant réaliste , en sachant s’entourer de personnes qui pourront voir plus clair en cas de litige …C’est une histoire de cas par cas .Chaque enfant est unique et le service doit «s’adapter » , pas l’inverse …

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Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel. Il est l'un des Visages de la campagne 2017-2018 de sensibilisation de l'Alliance Canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale.

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