Le complexe d’Adonis

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Martin Binette

Fondateur et Éditeur en chef chez Entre les Deux Oreilles
Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel.
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Adonis Stevenson est champion du monde de boxe. Il détient la ceinture WBC dans la catégorie des mi-lourds. Adonis Stevenson est québécois, talentueux et adulé par des milliers d’amateurs de boxe. Ces récentes performances sur le ring l’ont propulsé au rang de vedette internationale. Adonis Stevenson est riche. Il touchera une bourse de 2 millions de dollars lors de son prochain combat.

Il y a quelques jours, en réponse aux critiques de journalistes et d’amateurs de boxe qui souhaitaient le voir affronter un adversaire de meilleur calibre le 4 avril prochain à Québec, Adonis Stevenson a répondu :

 « Les gens qui disent ça, ce sont des bipolaires. »

Adonis Stevenson possède un talent indéniable dans l’arène. Or, à la lumière de cette récente déclaration, le jugement et le discernement ne sont certes pas des facultés dont il dispose à l’extérieur du ring.

 À titre informatif et éducatif, voici quelques faits éloquents sur la maladie affective bipolaire :

  • Le trouble bipolaire est une maladie mentale qui présente des périodes de dépression grave suivies de périodes d’euphorie ou d’irritabilité importante.
  • Chez l’individu atteint de maladie affective bipolaire, les variations de l’humeur sont hors de proportion avec les événements. Elles atteignent une intensité telle que l’individu ne se rend plus compte que son humeur exubérante ou que sa colère dépasse les bornes, ou encore sa dépression est telle qu’il en est paralysé et hanté par des idées suicidaires.
  • Ce déséquilibre amène des problèmes au travail, avec la famille et les amis, des problèmes financiers et judiciaires. Il peut conduire au suicide, à une faillite, à l’hospitalisation ou à l’emprisonnement.
  • Entre 3% et 4% de la population québécoise serait atteinte de troubles bipolaires. Parmi ce pourcentage, il y autant d’hommes que de femmes.
  • Une personne bipolaire non traitée aurait en moyenne une espérance de vie inférieure de 20 ans à l’espérance de vie dans la population générale, liée à différents risques.
  • On estime que 20% des bipolaires décèdent par suicide. Ce risque est 30 fois supérieur à celui de la population générale.

À contrario, la maladie affective bipolaire n’est pas :

  • Un qualificatif dont on affuble un collègue, un ami, un parent lorsque ceux-ci vivent des petites sautes d’humeur occasionnelles.
  • Le mal-être que ressent certain partisan suite aux récentes performances de leur équipe sportive favorite.
  • Un trait de caractère universellement répandu chez tous les individus ayant une opinion contraire à la sienne.

En somme, il est important ici de le rappeler au champion québécois que la maladie affective bipolaire n’est pas un mode de vie, mais une maladie mentale grave ayant des répercussions importantes sur la vie de ceux qui en sont diagnostiqués ainsi que de leur proche.

Oui, Adonis Stevenson était en droit de faire une sortie en règle contre ses détracteurs. Les déclarations chocs sont fréquentes dans le monde de la boxe et celles-ci constituent d’ailleurs un outil de promotion efficace pour mousser la vente de billets.

Or, cette fois ci, le champion a raté sa cible. En traitant des amateurs de « bipolaires », celui que l’on surnomme « Superman » dénature et vide de son sens réel  la notion même de bipolarité pour l’utiliser à des fins incongrues.

Sa déclaration mal avisé est une insulte envers les milliers de québécois qui souffrent de cette grave maladie, dont certains, j’en suis convaincu, sont fans du boxeur québécois.

Malheureusement, ce type de comportement et d’attitude sont encore omniprésents dans la société d’aujourd’hui. De telles généralisations sont tout à fait déplacées et contribuent toujours à la stigmatisation des personnes atteintes d’une maladie mentale.

Nul ne sait les motifs réels qui ont poussé le champion québécois a utilisé cette phrase péjorative, mais comme le dit le vieil adage : « Le préjugé est enfant de l’ignorance ».

Et c’est pourquoi des organismes comme le nôtre et bien d’autres poursuivront le combat afin de conscientiser la population et de mettre KO les préjugés et les tabous envers les maladies mentales.

Pour utiliser des termes pugilistiques : « la cloche a sonné, la garde est haute et on passe à l’offensive. »

4 comments

  1. Article fort sympathique, une lecture agréable. Ce blog est vraiment pas mal, et les sujets présents plutôt bons dans l’ensemble, bravo !

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