Le coup de grâce qui m’a sauvée

Luce Ducasse

Luce Ducasse

Luce est une personne hypersensible et elle vit bien avec ça. Elle est musicienne et elle a besoin de ça dans sa vie. Elle fait d'ailleurs partie d'une chorale, Chanter, c'est ce qui lui fait le plus de bien. Luce a également beaucoup d'empathie. Elle pense que les périodes de dépression qu'elle a vécues font d'elle la personne qu'elle est aujourd'hui. Elle n'a aucune difficulté à en parler. Même si elle sent que ça met encore les gens mal à l'aise. Luce va très bien et elle accepte aujourd'hui qu'elle doit vivre avec une médication. Elle a été très bien soignée et elle fait très attention à elle.
Luce Ducasse

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J’ai vécu deux épisodes de dépression.

Pour moi, on ne fait pas deux ou trois épisodes dépressifs. C’est la même qui revient nous faire signe que ça ne va pas encore très bien.

Le premier épisode est un peu loin. Je vais tenter quand même d’en résumer les principaux points.

Après quelques hospitalisations, on m’informe que je souffre d’une dépression et qu’un séjour dans un lieu spécialisé me ferait du bien.

J’accepte facilement la situation.

Trois mois en psychiatrie. Ça ne me faisait pas peur.

Sauf que le premier soir, on nous lance : “Faites la file Svp … pour vos médicaments”.

Au téléphone, je dis à mon conjoint : “Viens me chercher, on se croirait dans le film : Au dessus d’un nid de coucou”. 

Il se trouve que c’est un film qui m’a beaucoup marqué et que j’ai adoré.

Le lendemain, je voyais déjà les choses autrement. J’étais bien suivie, bien soignée. Je me suis vite fait des amis et très bien adaptée à ce milieu dans lequel j’ai côtoyé des personnes extraordinaires, malgré leur maladie mentale.

J’en faisais fièrement partie.

Quand est arrivé le jour où je devais sortir, je braillais comme une enfant.

Même qu’au bout d’un certain temps, j’ai supplié mon médecin pour y retourner. Elle a accepté en disant : “15 jours, mais sans sorties”.

Ça ne me dérangeait aucunement. J’ai vécu cette période comme si j’en avais besoin pour continuer mon chemin.

J’avais quand même très peur de la médication. Je lisais beaucoup, je voulais savoir. Ce qui a causé de petits accrochages avec mon médecin.

Il y a eu encore de courtes périodes d’hospitalisation. Je ne les compte plus et j’en ai aussi oublié quelques unes.

J’en suis venue aussi à perdre beaucoup de poids et ça m’a menée à ceci : le gavage.

Durant quelques mois, je devais me connecter à cette machine infernale, de 7 heures le soir jusqu’au matin. Je vous épargne toutes les péripéties de cette situation.

Il se trouve que cet été là, en juillet, est née ma première petite fille. Moi qui adore les bébés, j’étais certaine que je ne pourrais pas en profiter longtemps, puisque dans ma tête, j’étais certaine d’être atteinte d’une maladie grave.

Je ne sais plus quand le gavage s’est arrêté mais, quelques mois plus tard, nouvelle hospitalisation en psychiatrie.

Cette fois, le traitement suggéré : chocs électriques.

Je détestais ça. Surtout la préparation. Mais, j’étais tellement bien traitée. Je faisais confiance à ceux et celles qui s’occupaient de moi.

Je ne sais pas non plus combien de traitements j’ai reçus. Je sais que c’est un nombre bien précis.

Ma conviction première à moi, c’était que j’étais atteinte d’une maladie grave et qu’on ne voulait pas me le dire.

Ce fut une période tout de même agréable pour moi. Oui, j’aimais ça vivre là. Je me suis fait des amis.

J’ai vu toutes sortes de cas. Ça ne me faisait pas peur. Au contraire. C’est comme si je comprenais tout le monde. On avait des moments agréables tous ensembles.

J’ai eu droit à des sorties les fins de semaine. J’avais hâte au dimanche soir pour revenir.

J’y suis demeurée 7 mois.

Je m’en voudrais de ne pas mentionner mon conjoint qui m’a suivie tout ce temps là. Je sais très bien que c’était extrêmement difficile pour lui. Même  aujourd’hui, il préfère ne pas en parler et je respecte ça.

Ma conviction première à moi, c’était que j’étais atteinte d’une maladie grave et qu’on ne voulait pas me le dire.

J’ai passé tous les tests inimaginables, mais dans ma tête, ça demeurait une certitude.

Il se trouve qu’au bout des ces 7 mois, le psychiatre de l’établissement m’a dit : “On ne peut plus rien pour vous ici. On pourrait vous envoyer à Québec, dans une clinique.”

Ce fut, à mon avis, le coup de grâce qui m’a sauvée.

C’est ce que je pense aujourd’hui. Je vous dit cela parce que, comme j’ai refusé d’aller à cette clinique, j’étais au pied du mur.

J’ai dit au psychiatre : “Je vais sortir mais, je vais tout faire pour revenir”.

C’était impossible, puisqu’il aurait refusé de m’hospitaliser de nouveau en disant : “Madame a refusé le traitement offert”.

Alors, je ne sais pas combien de temps exactement après, je suis finalement rentrée chez-moi.

Tout n’allait pas à merveille. J’étais toujours convaincue que j’en avais pas pour longtemps.

Ici aussi, j’ai un peu oublié.

Il faut que je vous dise : je me suis rendue compte que les traitements d’électrochocs ont fait que j’ai oublié des bouts.

Certains événements qui se sont passés, comme ce fut le cas du décès de ma belle mère, je n’en ai aucun souvenir. Aussi, comme je suis musicienne et que je joue du clavier, j’avais presque oublié la façon de m’en servir.

On m’a même suggéré qu’on pourrait me soigner encore à l’aide d’électrochocs, mais seulement sur une partie du cerveau.

J’ai refusé.

Après cet été là, ma vie repris un cours normal. Il a fallu que j’accepte cependant que j’avais besoin d’une médication et ce, pour toujours.

J’ai eu une petite rechute 8 ans plus tard suite à une rupture amicale. Ça n’a pas duré et je vais très bien.

Je suis active. Je prends des cours de guitare. Je chante dans une chorale. La musique, c’est mon équilibre.

Je suis fière de moi.

Si je suis si bien aujourd’hui, c’est parce qu’il a fallu que je passe par ce chemin.

Mais, ce que je n’accepte toujours pas, c’est qu’en 2019, parler de maladie mentale soit encore autant tabou.

Pourtant, pour d’autres maladies on fait des manifestations publiques qui aident et c’est tant mieux.

Alors, il serait bien temps qu’on en fasse autant pour la santé mentale.

Qui, soit dit en passant, est aussi souffrante que n’importe quelle maladie existante.

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Luce Ducasse

Luce est une personne hypersensible et elle vit bien avec ça. Elle est musicienne et elle a besoin de ça dans sa vie. Elle fait d'ailleurs partie d'une chorale, Chanter, c'est ce qui lui fait le plus de bien. Luce a également beaucoup d'empathie. Elle pense que les périodes de dépression qu'elle a vécues font d'elle la personne qu'elle est aujourd'hui. Elle n'a aucune difficulté à en parler. Même si elle sent que ça met encore les gens mal à l'aise. Luce va très bien et elle accepte aujourd'hui qu'elle doit vivre avec une médication. Elle a été très bien soignée et elle fait très attention à elle.

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