Le second souffle

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Martin Binette

Fondateur et Éditeur en chef chez Entre les Deux Oreilles
Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel.
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Il y a un mois j’ai bien failli tout abandonner. Mettre la clé dans la porte et cesser les opérations d’Entre les Deux Oreilles. Pourquoi donc mettre fin à ce projet si cher à mon cœur ? Pourquoi stopper cette initiative après seulement un an d’existence ?

Peut-être que mon humeur du moment y était pour quelque chose (l’automne est une période houleuse et difficile personnellement) mais les perspectives de réussite du projet m’apparaissaient alors sombres. En somme, j’avais la perception que l’entreprise stagnait. En d’autres mots, je ressentais la désagréable impression d’avoir perdu l’élan des premières semaines. D’être au point mort, de plafonner.

Les chiffres ne mentaient pas. Les visites sur le site périclitaient de jour en jour. Le nombre de lectures des nouveaux billets publiés sur le blogue étaient en chute libre comparativement aux premiers mois. De moins en moins de personnes partageaient les publications sur la page Facebook et le nombre d’abonnés sur le compte Twitter avaient cessé de grimper. Bref, à la lumière des chiffres et des statistiques, je me questionnais sérieusement sur la portée et l’impact d’Entre les Deux Oreilles.

En fait, plusieurs questions me taraudaient l’esprit. Avais-je surestimé le potentiel de ce type d’initiative ? Les préjugés et les tabous entourant la maladie mentale étant tenaces, étaient-ils réalistes de croire qu’un petit projet comme le mien pouvait faire une différence?  N’étais-je pas trop ambitieux au départ et pessimiste aujourd’hui ?

Ce questionnement me laissait tout de même devant un choix important :  stopper tout et fermer boutique ou poursuivre l’aventure.

C’est alors que j’ai reçu un message qui a tout fait basculer.

 « Bonjour Martin. Je m’appelle Alexandre*. J’ai 20 ans. Je suis atteint d’une maladie rare des muscles. J’ai mal 24 heures sur 24. L’an passé, j’ai commencé à vivre des crises de panique à l’école. En septembre j’ai fait une 2e tentative de suicide. Je me suis manqué. Ma mère m’a fait lire Entre les Deux Oreilles et si tu doutes du bienfait de cette page, arrête. Ca m’a sauvé ce mois-ci. Ca m’aide de savoir que je suis pas seul à être jugé parce que je suis différent. Ca m’aide gros. J’essaie fort de continuer. Continue ce que tu fais. Je dois pas être le seul qui en a besoin. Merci et Joyeux Noël. »

Ces mots m’ont tombé dessus comme une tonne de brique.

Ce court mais puissant message m’a profondément bouleversé. En fait, plus précisément, ça m’a chaviré sur deux fronts bien précis. Le timing et la similitude.

Premièrement, pendant que je tergiversais et que je songeais sérieusement à mettre fin aux opérations d’Entre les Deux Oreilles, presque au même moment, ce jeune homme lisait mon tout premier texte La phrase qui tue. Alors que je doutais de la portée et de l’impact du projet, Alexandre, inspiré par le message, donnait une autre chance à la vie. Une coïncidence quasi cosmique. J’en suis d’ailleurs complètement chamboulé. Fier certes, d’avoir inspiré ce jeune homme mais tout à l’envers par le timing.

Deuxièmement, j’avais une vague impression de déjà-vu. Vous savez ces petits instants qui passent où le cerveau nous joue des tours en nous laissant croire que les événements qui se déroule en ce moment précis se sont déjà produits dans le passé. En vérité, les mots d’Alexandre me ramenaient à la mémoire une douloureuse période de ma vie.

Je vivais une grande détresse et j’en avait aussi marre de la vie. Je vivais constamment sous le joug des crises de panique et j’avais peine à apprécier la vie. J’avais aussi 20 ans à l’époque et à la lecture des mots écrits par ce jeune homme, j’avais la bizarre impression que ceux-ci auraient bien pu être écrits par moi-même il y a 2 décennies. Un genre de remake du film Retour vers le futur version numérique. Mais l’internet n’existait pas encore à cette époque et je n’avais personne à qui écrire en 1994. De plus, il n’était pas question d’en parler à qui que ce soit. Trop honteux de parler de ce mal-être qui m’habitait. Trop angoissé à l’idée d’être jugé par les autres ou d’être catégorisé de faible ou de fou. J’aurais tant aimé et apprécié faire la connaissance à cette époque d’une personne qui vivait la même chose que moi. Une personne avec une certaine expérience de la vie pour m’écouter. Sans jugement. Tout simplement.

Avais-je surestimé le potentiel de ce type d’initiative ? Les préjugés et les tabous entourant la maladie mentale étant tenaces, étaient-ils réalistes de croire qu’un petit projet comme le mien pouvait faire une différence?  N’étais-je pas trop ambitieux au départ et pessimiste aujourd’hui ?

Et c’est après avoir lu le message pour la 4e fois que j’ai finalement compris que j’avais tout faux. Que l’impact de mon projet ne pouvait se mesurer par des données statistiques d’utilisation et de fréquentation de mes différentes plateformes. Que le succès de mon initiative ne pouvait se résumer en nombres d’abonnés ou de « J’aime ».

Sans le savoir Alexandre, avec son courage et son humilité, m’a ramené brutalement à la réalité. Que la mission d’Entre les Deux Oreilles n’était pas de gagner un concours de popularité mais d’ouvrir le dialogue sur la maladie mentale. Que son idéal était de permettre à des personnes vivant avec la maladie mentale de témoigner des préjugés vécus. Leur fournir une vitrine pour raconter leur histoire et inspirer, soit-il une seule personne. Comme Alexandre. Tel est la mission d’Entre les Deux Oreilles.

Merci jeune homme de m’avoir ramené à l’ordre. Je t’en suis fort reconnaissant. Et sache que tu as fait disparaître le doute qui planait dans mon esprit. Il n’est plus question d’abandonner maintenant. Au contraire. On redouble d’effort, le regard droit devant. Grâce à toi.

Merci et Joyeux Noel à toi également.

* Prénom fictif pour préserver l’anonymat

17 comments

  1. Salut Martin, Marco anciennement de Peace Pandemic (Je le suis encore dans mon coeur)… Lâche pas ce que tu fais… Si seulement une personne sur la terre peut se sentir mieux grâce à ton blogue… ce sera mission accomplie!

  2. Martin, tu me fais penser à moi… et durant l’automne et l’hiver, je pète le feu une journée sur 3 ou 4 .. mais je me regarde et je me dis que j’en ai fais du chemin pour en arriver où j’en suis… d’accepter mes faiblesses telles que la dépression saisonnière…. et me prendre en douceur en m’accordant les journées d’hibernation….lolll mais je sors au moins à tout les jours au moins pour aller prendre un café au Mcdo tout près de chez moi avec mes potes… Martin, traites toi bien et en douceur, ne sosi pas trop dur envers toi-même c’est important; tout en ne lâchant pas ton très beau projet!

  3. Comme tu dis si bien ”ouvrir le dialogue sur la maladie mentale”. À petits pas ton site web ira loin. Merci de l’avoir crée.

    Le Vieux Chevalier

  4. Merci Martin de continuer , lâche pas ! Je suis tombé sur ton blog par hasard et ça m’a aidé, même si je sais que je vais m’en sortir, le fait de lire tes articles, m’ont beaucoup inspirés .

  5. Cher Martin…n’abandonnez-pas ce beau projet…Comme ce jeune homme qui vous a inspiré ce second souffle….vous êtes “ce petit-je-ne-sais-quoi” que je consulte frénétiquement chaque jour pour lire, voir et entendre cette différence qui m’habite moi et certains membres de ma famille…Je viens valider et partager les expériences et les histoires de vie de chacun….Vous avez le droit de vous interrogez….mais sachez que vous apportez de la lumière au bout des longs tunnels de noirceur qui parsèment notre vie…. Merci de faire parti de nos vies!….Marie

  6. Marc, ton initiative est importante car je sens que beaucoup de personnes souffrent en silence. Il faut vraiment amener les gens pour qui tout baigne à comprendre que certains cerveaux ont plus de peine à bien fonctionner que d’autres et que c’est souvent un mal être ancré dans un problème physique et pas seulement des états d’âmes qu’on contrôle par la seule force de la pensée.

    Pour ceux qui sont aux prises avec des problèmes de santé mentale et qui comprennent très bien les témoignages d’Entre les deux oreilles, je leur souhaite une bonne hygiène de vie, soit du repos, du plein air, de l’activité physique et le cadeau d’une bonne alimentation et surtout des gens compréhensifs et aimants autour d’eux.

  7. Salut Martin, Ton témoignage et celui d’Alexandre me bouleversent. C’est tellement puissant de lire des mots qui viennent tout droit du ventre. Merci pour cette authenticité et cette fragilité. C’est un cadeau précieux.

  8. Bonjour M.Binette

    Moi, je vous dis continuez vos articles et témoignages de différentes personnes, car moi cela m’interpelle souvent puisque je suis dans une famille touchée de différentes manières par des problèmes en santé mentale, ayant vécu certains drames. Alors lorsque je lis ces articles cela me touche beaucoup! Et, parfois un témoignage me redonne confiance et courage et surtout acceptation de mes difficultés et mes drôles de pensées! Et, me permet de mieux comprendre les gens. Si plusieurs ne partagent pas sur Facebook, c’est peut-être qu’ils craignent le jugement de leurs proches??? Car les gens pensent que ce que nous partageons parle de nous personnellement!
    Alors, bravo pour vos articles et votre dévouement! merci encore une fois!

    Lucille Brouillette

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Martin Binette

Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel.

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