Le stress post-traumatique : Quand l’insouciance vole en éclats.

Anonyme

Voici ma contribution, sur le stress post-traumatique. Pour ne pas mettre dans l'embarras les autres protagonistes, je souhaite rester anonyme.

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Lorsque j’avais 15 ans, je suis passée de l’autre côté du miroir.

En quelques minutes, lors d’une soirée, mon insouciance a volé en éclats.

J’ai basculé dans le groupe, si difficile à comprendre pour ceux qui n’en font pas partie, de ceux qui ont vécu l’horreur.

L’horreur de l’agression. La peur pour son intégrité. L’effroi, lorsque j’ai senti ce garçon violer une de mes amies.

Et la peur, lorsqu’il a tenté de s’en prendre à moi.

La fuite. L’impossibilité de me fier à ces inconnus, alors que l’un d’eux venait de nous agresser, mon amie et moi.

Le pic d’adrénaline, qui décuplait mes forces. Et la ferme intention de m’en servir, si par malheur on me retrouvait.

Et l’après…

Les flashs de cette nuit terrible qui revenaient sans crier gare les jours qui ont suivi.

Comme cette fois où je marchais dans la rue et où je me suis “réveillée” en plein milieu de la route.

A part ça tout allait bien. J’avais toujours d’aussi bons résultats scolaires.

Alors pourquoi s’inquiéter?

La haine que j’ai ressentie contre notre agresseur. Ce sentiment horrible, dévastateur, que je ne souhaite à personne d’éprouver.

La méfiance envers tous les garçons qui me semblaient trop entreprenants. Le dégoût, l’impression de n’être vue que comme un quartier de viande lorsque l’on me désirait. Les flashbacks lors des premiers rapports sexuels.

Et le dégoût. Et la colère, encore et toujours, qui venaient sans crier gare, parfois en plein milieu d’un moment de tendresse, m’obligeant à y mettre fin.

On appelle ça un stress post-traumatique.

C’est courant chez les victimes d’agression sexuelle.

Chez moi c’est passé totalement inaperçu aux yeux de mon entourage, étant donné que j’étais déjà d’un naturel anxio-dépressif.

Et que ce qui se passait en soirée, restait en soirée. Comme l’épisode où l’on m’a retrouvée un couteau de cuisine à la main, parce que j’avais peur de me faire violer.

A part ça tout allait bien. J’avais toujours d’aussi bons résultats scolaires. Alors pourquoi s’inquiéter?

J’ai choisi de faire une classe préparatoire pour voir jusqu’où je pouvais aller.

Depuis la maternelle je m’ennuyais à l’école. J’avais besoin de challenge.

Je n’ai réalisé que bien plus tard que ce choix avait une autre cause: me “saouler” de travail me permettait de ne pas penser à cet épisode douloureux et d’avoir une raison crédible de décliner les invitations aux soirées.

Éviter, autant que possible, de se retrouver dans ces situations où je risquais de rencontrer d’autres garçons mal intentionnés.

Ça a été plus compliqué à l’école d’ingénieur. D’autant plus que je n’avais plus ma drogue pour oublier ma souffrance.

Alors, comme par hasard, je tombais malade avant chaque soirée.

Mais très vite, la dépression m’a rattrapée. Je suis devenue une zombie.

Avec trop souvent cette envie de crier, de hurler ma douleur.

J’ai cherché de l’aide, mais je ne l’ai pas trouvée.

Tout ce que m’a proposé mon médecin traitant de l’époque, a été un antidépresseur, sans aucun suivi. Tout en me disant que “c’était pas si grave, ce qui m’arrivait”, alors qu’il ne savait rien de mon histoire.

Alors bon an mal an, j’ai continué.

Décrocher un job. M’investir dedans. Rentrer exténuée.

Ne pas porter cas aux reproches de mon compagnon, qui ne me voyait plus qu’endormie. Et me répétait à chaque rapport avorté: “Mais arrête, je vais pas te violer !”.

Il a fallu un burn-out pour que je trouve la bonne thérapeute.

Au premier rendez-vous, j’ai parlé sans discontinuer pendant une heure. Et, au bout de ce temps, je n’avais pas encore tout dit.

Cela fait deux ans maintenant que je suis suivie.

Il y a eu des améliorations, notamment au niveau de l’anxiété et sur le plan sexuel.

Mais il reste encore beaucoup de colère, et toujours cette peur lorsqu’un inconnu me semble trop familier…

4 comments

  1. Chère anonyme, c’est avec intérêt que je vous ai lue. Heureusement que vous avez trouvé une thérapeute pour vous accompagner dans votre cheminement. Je vous souhaite de retrouver la paix intérieure et la force de continuer afin d’atteindre la pleine guérison. Bonne chance.

  2. Je suis la maman d’une grande fille de 27 ans qui vient de vivre ce grand traumatisme, présentement elle n’est pas prête à recevoir de l’aide. Je suis inquiète de voir comment ce crime est traité . La police et les intervenants de premières lignes sont insensibles, c’est ce que nous avons ressenti malheureusement. Ce téléphone que tous les parents redoutent, non pas celui de la police mais celui de notre fille qui nous demande de l’aide, celui qui a changé ma vie. Ne plus dormir tranquille, m’inquiéter toutes les nuits alors imaginez ce que ma fille vit….

    1. Oui Isabelle, le stress post traumatique peut aussi toucher les proches, car personne n’est préparé à vivre une telle horreur…!
      Rassurez-vous, le fait que votre fille ait trouvé le courage de porter plainte montre qu’elle veut s’en sortir, même si elle ne veut pas pour l’instant consulter.
      Après, mon expérience de la police va dans votre sens… Lorsque mon amie a porté plainte, son interlocuteur lui a répondu que “c’était pas si grave” (sic). Et lorsque j’ai été entendue, personne ne m’a dit que j’étais moi aussi victime et que je pouvais porter plainte… Quand je me suis rendue compte, des années après le verdict, des dégâts que cette agression m’avait fait, ça m’a laissé un goût amer…

  3. Je pense aussi vivre une stress post traumatique suite à une opération ratée provoquant des douleurs chroniques . Ce sentiment de colère et d incompréhension envers ce medecin prêt à tout pour encaisser son argent au détriment de la morale Et De L humain . Cela va faire deux ans maintenant . Je suis suivie Mais J ai l impression que Les thérapeutes sont assez mal formés à cette pathologie L assimilant souvent AVec La dépression .

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