Le Vieux Chevalier

Daniel Thibault

Daniel Thibault

Je m’appelleDaniel Thibault et j’ai 60 ans. Si je me présente avec ce casque médiéval ce n’est pas pour me cacher. Au contraire! Ce casque me représente. Si le jeune chevalier possède une armure luisante au soleil et un cheval blanc, le vieux chevalier, de son côté, possède une armure un peu rouillée et un destrier brun. J’ai gagné ma vie pendant 22 ans comme cartographe et maintenant je suis agent de sécurité. J’ai eu une femme aimante pendant 26 ans, et maintenant je suis l’heureux grand-papa de 3 merveilleux petits-enfants.
Daniel Thibault

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La vie est tourmentée et pleine de bonnes et mauvaises surprises. Ma santé mentale fait partie des moins bonnes. Mais je peux dire avec un long recul que cela a marqué ma vie en mauvais et aussi en bon puisque je suis maintenant celui que je suis en partie à cause de mes épreuves psychologiques.

À 21 ans, j’étais animateur scout. Pendant un camp scout à Hudson, je n’ai pas dormi pendant deux nuits et je suis revenu à la maison complètement épuisé. Le dimanche, j’ai dormi très mal et je suis allé à mon travail. J’ai quitté plus tôt parce que j’étais épuisé. De plus je commençais à paranoïer. J’ai pris le bus et je suis rentré à la maison.

Le mardi suivant, complètement fatigué, je suis débarqué au Children’s Hospital. L’agent de sécurité m’a amené aux urgences. J’ai rencontré un médecin. Comme j’étais trop âgé, j’ai eu un transport en ambulance jusqu’au Jewish Hospital. Là, un médecin m’a donné mon congé en croyant que j’étais assez reposé.

Je me suis dirigé alors vers le petit appartement de ma blonde. Elle a plutôt été surprise de me voir pendant la semaine, à pied, à son appartement. Après mon départ, ma blonde a appelé ma mère en lui disant que j’avais un comportement anormal. Ma mère et moi sommes allés voir le médecin de famille à son cabinet. J’ai eu une évaluation psychologique et j’ai eu droit à un séjour de deux semaines à la section psychiatrique de l’hôpital de Valleyfield. J’ai eu droit à des anti-psychotiques en quantité non-négligeable. De l’Haldol et quoi d’autres, je ne sais pas.

J’avais énormément peur. J’étais terrorisé de côtoyer, des suicidaires, des TOCs, des schizophrènes. Je ne comprenais pas ce que je faisais là. C’était pour mon bien selon le personnel hospitalier et surtout pour vérifier que je n’étais pas suicidaire. Par la suite, j’ai fait un séjour de cinq mois au centre de jour psychiatrique de l’hôpital. J’y suis entré en sifflotant et de bonne humeur. Après deux semaines, je ne riais plus de fréquenter tous ces gens ayant des troubles mentaux.

Pendant ces longues journées, nous avions des activités physiques, des ateliers d’ergothérapie, des jeux de groupes, des séances d’échanges. Je ne m’ouvrais pas facilement et mes progrès étaient lents. Au mois de juillet, ma mère leur a dit que je devais quitter parce que mon père ne pouvait plus prendre soin de mois seul.

Le séjour m’a bien servi puisqu’au retour à Beauharnois, je me suis inscrit à l’UQAM en géographie physique. J’avais un cours de géologie. Après 3 semaines de cours, une grève est survenue et les cours ont dû être arrêtés. C’est à ce moment que le Ministère des Mines et des Forêts m’a appelé pour m’offrir un emploi.

La deuxième période difficile de psychose a été en 1990. Vers la fin de janvier, j’étais en charge d’organiser un Souper Spaghetti pour le Club Optimiste. Les nuits précédents le souper, j’ai perdu le sommeil. Je me souviens que pendant le souper, j’ai eu une longue conversation avec un Optimiste dans la chaufferie de l’Église.  Je paranoyais solidement.

La même fin de semaine, ma mère est venue m’annoncer qu’elle se séparait de mon père. Les psychologues et ma mère ont présumés que c’était un élément déclencheur. Je n’y ai jamais cru vraiment. Personne n’avait émis d’hypothèse de bipolarité encore. Mais avec du recul, je sais maintenant que sans le médicament approprié, la chimie du cerveau a des lacunes et fait en sorte que je fais parfois des décompensations.

La psychose n’est pas une maladie en soi. Il s’agit plutôt d’un syndrome associé à une panoplie de problèmes d’ordre mental, comportemental et émotionnel. Des perturbations de la perception, tel que des hallucinations. Bien que la cause exacte ne soit pas clairement définie, nous savons que la psychose résulte d’une anomalie du cerveau particulièrement dans les systèmes chimiques de neurotransmission impliquant la dopamine et la sérotonine.

J’ai encore eu droit à un séjour à l’aile psychiatrique de l’hôpital de Valleyfield. J’en suis sorti rapidement pour être transféré au centre de jour. À mon admission, il y avait un patient qui voulait arrêter sa thérapie en se plaignant que ça faisait un an qu’il était là. Je me disais que moi, ça ne m’arriverais pas. Et bien croyez le ou non, j’ai bel et bien fait un an au centre de jour.

Tout au long de ma vie, j’ai toujours eu comme objectif d’avoir un équilibre de vie. À travers mes épreuves, j’ai eu beaucoup de beaux moments heureux qui dépassent amplement mes difficultés de santé mentale.

De 1992 à 2002, j’ai fait une thérapie avec une thérapeute, complètement inefficace. Lorsqu’elle a pris sa retraite, un homme l’a remplacé (plus humain et qui savait me faire parler).

Avec des doses de Prozac, je suis lentement sorti d’une profonde dépression. Ma vie amoureuse en a pris un coup, nous avons dû vendre la maison pour arriver. Je n’ai pas travaillé pendant 2 ans et demi. Six ans après cette épreuve, notre mariage s’est évanouie comme peau de chagrin. Mon épouse m’a alors dit que j’avais trop changé, alors que selon moi, j’avais appris à relativiser les choses pour me protéger de vivre encore des problèmes de santé mentale.

En 2002, j’ai dû retourner à l’hôpital Jean-Talon pour une nouvelle décompensation. À l’intérieur d’un an j’en ai fait une deuxième. Mon psychiatre m’a diagnostiqué bipolaire. Même si je n’ai pas de gros “down” et des “high”, juste le fait de faire des psychoses, il a jugé que je devais prendre de la médication pour cette maladie.

Aujourd’hui, je suis plus alerte pour sentir venir mes psychoses. J’augmente ma dose d’anti-psychotique de moi-même et si je dois prendre un repos de quelques semaines, je peu compter sur mon psychiatre ou mon médecin de famille pour des billets d’absence.

Tout au long de ma vie, j’ai toujours eu comme objectif d’avoir un équilibre de vie. À travers mes épreuves, j’ai eu beaucoup de beaux moments heureux qui dépassent amplement mes difficultés de santé mentale. Tout est dans la manière de voir ces épreuves, il ne faut pas lâcher prise et se battre pour son bonheur. J’ai persévéré et je ne regrette rien.

2 comments

  1. Cher Vieux Chevalier,
    Je crois que les vieux et preux chevaliers comme vous ont une grande et importante mission s’ils s’en sentent capables: partager leur expérience, insuffler de la connaissance et de l’humanité dans le grand défi que représente vivre avec un problème de santé mentale. Les masques rouillés et les destriers fatigués racontent des histoires de batailles gagnées et perdues, mais enseignent surtout que mettre un genou en terre, ce n’est pas que pour ployer devant les difficultés mais aussi pour honorer la vie!
    Soyez heureux!
    Carmen
    Vaudreuil-Dorion

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Daniel Thibault

Je m’appelle Daniel Thibault et j’ai 60 ans. Si je me présente avec ce casque médiéval ce n’est pas pour me cacher. Au contraire! Ce casque me représente. Si le jeune chevalier possède une armure luisante au soleil et un cheval blanc, le vieux chevalier, de son côté, possède une armure un peu rouillée et un destrier brun. J’ai gagné ma vie pendant 22 ans comme cartographe et maintenant je suis agent de sécurité. J’ai eu une femme aimante pendant 26 ans, et maintenant je suis l’heureux grand-papa de 3 merveilleux petits-enfants.

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