Les gars, peur de parler de vos problèmes? Nous devrions plutôt avoir peur des statistiques.

Patrice Lavoie
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Patrice Lavoie

Collaborateur chez Entre les Deux Oreilles
Pompier retraité, journaliste défroqué, communicateur invétéré, adepte des médias sociaux, gestionnaire en affaires publiques et porte-parole d'entreprise ayant plus de 2000 entrevues en carrière, Patrice est déterminé, ambitieux, exigeant et tourné vers l'avenir. À la fois humain, engagé et généreux, il s'implique bénévolement dans plusieurs causes afin de redonner et de faire une différence dans la vie des gens.
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J’étais choqué en lisant les chiffres.

  • Chaque jour, au Québec, 3 personnes s’enlèvent la vie.
  • C’est 1 100 suicides par année.
  • Trois fois plus d’hommes que de femmes se suicident.
  • Le groupe d’âge le plus touché : les hommes de 35 à 64 ans.

Choqué, mais pas surpris.

Évidemment, c’est nous les gars qui remportons la palme. Nous qui avons encore trop peur de paraître « plus faibles » si nous exprimons nos émotions. Se dénuder devant les amis dans un vestiaire de sport? C’est de la petite bière! Se mettre à nu en avouant aux mêmes amis qu’on file un mauvais coton? Moins facile.

Bien entendu, je généralise. Plusieurs sont des livres ouverts, ou du moins entrouverts, mais les spécialistes et les statistiques démontrent que ce n’est pas la majorité d’entre nous. Pourtant, nous sommes en 2017.

Ambassadeur de Movember Canada pendant cinq ans et visage de la dernière campagne de sensibilisation mondiale sur la santé masculine, j’ai admis publiquement avoir vécu d’importants troubles anxieux, notamment dans un article sur ce site.

Du même souffle, j’ai aussi admis quelque chose dont je suis moins fier : moi-même, qui me targue d’être sensibilisé à l’importance de la santé mentale au point de soutenir publiquement la cause, j’ai tardé à demander de l’aide. Et quand je dis tarder, je parle de plusieurs mois.

Plusieurs mois de souffrance intérieure. Plusieurs mois à me dire que ce n’était qu’une phase, que j’étais fatigué, que j’avais beaucoup de travail, que mon couple battait de l’aile. Plusieurs mois à me dire que j’en avais vu d’autres et que j’allais m’en sortir par moi-même, puisque j’étais « fait fort ». Oui, j’ai un peu honte de l’avouer, mais j’ai eu cette pensée rétrograde : « fait fort ». Comme si demander de l’aide était synonyme de faiblesse, que ce n’était pas pour moi.

Les gars, il faut que ça cesse. Il faut prendre soin les uns des autres. Ton ami, ton collègue, un membre de ta famille semble triste? Demande-lui comment il va. Écoute-le.

Aujourd’hui, je vais beaucoup mieux. Je consulte encore un psychologue tous les mois pour faire le point, m’assurer de conserver une plus saine hygiène de vie. Nous rions parfois ensemble quand, sans m’en rendre compte, le sacro-saint syndrome de « l’homme fort » refait surface dans mes réflexions. Il se pointe de moins en moins, et quand il se pointe le bout du nez, je l’envoie aux oubliettes aussitôt.

Les gars, il faut que ça cesse. Il faut prendre soin les uns des autres. Ton ami, ton collègue, un membre de ta famille semble triste? Demande-lui comment il va. Écoute-le.

Tu ne vas pas bien? Appelle un ami et vas prendre un verre avec lui. Sinon, il y a des professionnels pour t’écouter aussi. La plupart des entreprises offrent des programmes d’aide aux employés. Téléphone! Tu vas voir, c’est plus simple que cela en a l’air.

Nous ne sommes pas obligés de vivre nos problèmes seuls. Et nul besoin d’une lourde discussion. Parfois, juste en jaser simplement, mettre des mots sur nos émotions, nous aide à relativiser et à mettre nos angoisses, doutes et problèmes en perspective.

J’ai mis fin à mon implication publique auprès de Movember Canada à la fin de la dernière campagne, pour des raisons que j’ai expliquées ici, parce que l’organisation avait besoin de sang neuf.

Toujours touché par les problèmes de santé mentale, j’ai accepté avec enthousiasme et fierté d’être l’un des ambassadeurs de la Semaine nationale de prévention de suicide, du 29 janvier au 4 février 2017, organisée par l’Association québécoise de prévention du suicide. Tous les détails se trouvent à aqps.info.

Les gars, et les filles aussi, renversons la tendance, d’accord? Et disons-le haut et fort : le suicide n’est pas une option.

Jamais.


Photo : En novembre dernier, dans le cadre de la campagne Movember, Patrice est pris en photo sur les Plaines d’Abraham, à Québec avec 70 paires de souliers, représentant les 70 hommes qui s’enlèvent la vie au Québec chaque mois.

Crédit : Alexandre Gilbert, Vaudeville Groupe créatif

1 Comment

  1. Bonjour. Je sais de quoi vous parlez quand vous mentionnez des troubles de santé mentale. Mon père était agoraphobe avec anxiété généralisée, sans aide évidemment. Dans ce temps-là, les services d’aide en santé mentale n’existaient pas. Il s’est fait dire par un médecin de famille qu’il avait le mal imaginaire. Il atténuait sa souffrance la fin de semaine en consommant de l’alcool mais il se présentait toujours au travail.
    Mon frère est diagnostiqué bipolaire avec psychose paranoïde. Il a été hospitalisé 2 fois en psychiatrie. Il a eu des idées suicidaires.
    Ma mère, elle, a fait une dépression qui a duré 7 ans, mal soignée évidemment. Encore là, les services de psychothérapie n’existaient pas. Elle a eu des idées suicidaires et amenaient ses 2 jeunes enfants près de la rivière. Ca la poussait à faire cela.
    J’ai une cousine qui s’est suicidée le 10 décembre 2011.
    Et voilà mon tour. De 1993 à 2014, je suis passée à travers 7 épisodes dépressifs situationnels (problèmes familiaux, difficultés conjugales, sexualité à zéro, manque d’implication du père dans l’éducation de notre fille, importantes difficultés relationnelles avec ma fille). En 2012, je décide de quitter. Avant d’obtenir mon divorce en 2016, j’ai vécu l’enfer: de la violence verbale et psychologique avec un homme que je ne connaissais pas vraiment. Il m’a dit:”Décrisse” à 4 reprises sans endroit où aller, ma famille s’était virée contre moi. J’ai fait 2 séjours dans une maison pour femmes violentées et 1 séjour dans un centre de croissance personnelle. Je ne vous cacherai pas que j’ai eu des idées suicidaires. Je me suis automutilée pour détourner la souffrance intérieure sur la souffrance physique. La souffrance intérieure ne se voit pas alors que la blessure physique se voit. Quand la souffrance intérieure est trop grande et qu’on n’en peut plus, que souhaitons-nous? Arrêter ce mal qui nous gruge intérieurement. Je comprends que des gens pensent au suicide et que d’autres passent à l’acte. Ils veulent arrêter de souffrir. On finit par mourir du cancer mais on ne meurt pas de la maladie mentale. Il faut se donner la mort. Mon frère et moi portons les gènes de la maladie mentale car comme vous l’avez vu, il y en a autant du côté paternel que maternel. On doit composer avec cela. Je termine en vous disant que maintenant, tout ce que je souhaite c’est d’aimer et d’être aimée du véritable amour et de connaître le bonheur avec un homme qui me chérira de tout son coeur.

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