Les Petites Entrevues avec Clara Hughes

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Martin Binette

Fondateur et Éditeur en chef chez Entre les Deux Oreilles
Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel.
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Clara Hughes est une athlète d’exception. Elle est la seule canadienne a avoir remporté des médailles tant aux Jeux Olympiques d’hiver que d’été. Deux médailles en cyclisme et quatre en patinage de vitesse.

Clara Hughes est aussi une femme exceptionnelle. Elle siège au conseil d’administration international de Right To Play, organisme international qui utilise le pouvoir de transformation du jeu pour éduquer et rendre autonomes des enfants qui font face à l’adversité et elle est la porte-parole nationale de l’initiative Bell Cause pour la Cause pour la santé mentale.

J’ai eu l’opportunité de rencontrer Clara à deux reprises. Deux rencontres qui m’ont marqué et changé ma perspective sur la vie. Avec son sourire éblouissant et sa longue crinière rousse, elle dégage une aura à la fois de douce sérénité et d’énergie positive inépuisable. Elle est un modèle d’inspiration et je suis fier de compter Clara parmi les supporteurs de la première heure de mon projet. Clara a eu la gentillesse d’accepter l’invitation d’être la toute première personne à se prêter au jeu des Petites Entrevues Entre les Deux Oreilles. 

Merci Clara pour cette entrevue et d’être une si grande source d’inspiration.

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Martin Binette : Il existe une perception commune à l’effet que les athlètes sont immunisés contre les maladies mentales, puisqu’ils sont généralement en meilleure santé. Crois-tu que cette perception contribue à renforcer la stigmatisation des maladies mentales chez les athlètes de haut niveau?

Clara Hughes : Je crois que cette perception est commune et bien réelle. Plusieurs athlètes ont de la difficulté à accepter qu’ils peuvent être vulnérables. Certains athlètes n’acceptent rien de moins que la perfection et tout ce qui peut être considéré comme une « faiblesse » est souvent garder pour soi. Plusieurs souffrent d’anxiété, de dépression et certains développent des troubles alimentaires ou d’autres formes de troubles psychologiques. Sans compter que cette idée fausse que l’athlète est une sorte de super-héros entrave aussi l’athlète lui-même à devenir une personne stable et équilibrée.

Cette perception a aussi un effet sur le spectateur qui regarde à la maison. Ce que l’on voit à la télévision n’est qu’un aspect limité de la personne qui compétitionne. Celui de l’athlète fort, rapide, confiant. Il s’agit d’une image distorsionnée de la réalité. C’est pour cette raison que j’apprécie le courage et l’humilité des athlètes qui humanise leur portrait en parlant ouvertement de leur lutte et de leurs difficultés.

Martin Binette : Etre actif et faire de l’activité physique est certainement bénéfique pour la santé mentale. Cependant, crois-tu que pour un athlète de haut niveau, avec les nombreuses heures d’entraînements et toutes les compétitions requises et exigées, cet élément peut avoir un effet négatif sur leur santé mentale pendant et après leur carrière?

Clara Hughes : Il est très commun de voir chez les athlètes des traits obsessifs-compulsifs. J’ai aussi vu durant ma carrière beaucoup de coéquipiers et compétiteurs souffrir de troubles alimentaires, de dépression, d’anxiété. Alors lorsque leurs carrières prennent fin par choix ou par circonstances, ils demeurent avec une image très négative de l’activité physique. Je sais car j’ai passé par là! J’ai encore aujourd’hui de la difficulté à me convaincre qu’une marche ou une randonnée à bicyclette en vaut le coup et le temps consacré.

D’un autre côté, j’éprouve beaucoup de difficultés lorsque je demeure inactive pendant une certaine période. J’ai cette impression de me sentir « grosse » et « paresseuse » alors qu’il ne s’agit que de pensées irraisonnées qui remontent à la surface du temps que je m’entraînais à temps plein. En fait, je ne crois pas que les athlètes soient de bons exemples pour monsieur et madame tout le monde en ce qui a trait à la pratique de l’activité physique saine dans le cadre d’un mode de vie équilibrée.

Martin Binette : Dans ta biographie « Cœur ouvert. Esprit ouvert. », tu parles entre autres de certaines relations toxiques que tu as vécues avec des entraîneurs ou des coéquipiers dans le cadre de ta carrière professionnelle. Quels conseils donnerais-tu à un jeune athlète qui vit ce genre de situation difficile qui pourrait affecter sa santé mentale?

Clara Hughes : Il est important d’avoir un œil critique sur ton entourage et les personnes d’influence autour de toi. Ceci étant dit, je n’avais pas à l’époque la maturité et la force de caractère pour être en mesure de prendre les meilleures décisions pour mon bien-être. Le rôle des fédérations sportives, des associations d’entraîneurs, des parents et des administrateurs est primordial pour prévenir ce type de situation malsaine.

Aucun succès, aucune médaille ne vaut la santé et le bien-être d’un jeune athlète.

Martin Binette : Tu parles souvent de ta passion pour les activités extérieures, tel que les randonnées pédestres, les longues courses à vélo. Outre les bienfaits que ces activités ont sur ta santé, quelles sont les autres effets positifs que tu retires de la pratique de ces activités?

Clara Hughes : Je me sens très forte émotionnellement quand je me retrouve à l’extérieur, connectée à la nature. Ça peut tout simplement être assise dans un parc, sous un arbre, laissant libre cours à ma respiration. Et tout d’un coup, j’entends le chant des oiseaux, je vois les feuilles et les fleurs danser. L’hiver, c’est entendre le son du vent ou sentir les flocons de neige fondre sur mon visage. Pour moi être connecté à la nature c’est de bouger ou de rester sur place en ouvrant son esprit à l’énergie et la force naturelle qui m’entoure. Ça peut sembler complètement loufoque, mais je ressens une intense relation avec la nature. La nature me fait sentir moins seule. Elle est une source d’énergie inépuisable.

Martin Binette : En tant que porte-parole nationale de l’initiative « Bell Cause pour la cause » tu as eu l’opportunité de traverser le pays et d’influencer des milliers de personnes sur l’importance de parler de santé mentale et de briser les tabous envers la maladie mentale. Cette expérience a-t-elle été aussi gratifiante et stimulante que d’être une championne olympique?

Clara Hughes : C’est des expériences totalement différentes! Les Olympiques étaient centrées sur l’objectif de parfaire mes habilités, conserver chaque parcelle d’énergie et de relâcher toute ma puissance et ma force lors de la compétition. Les Olympiques c’est s’inspirer des petites choses et de performer au-delà de ses capacités.

Tandis que la traversée du Canada en vélo (Le Grand Tour de Clara) était un défi physique et émotif à la fois. C’est s’ouvrir entièrement et d’écouter les histoires des gens que tu croises. C’est de rouler 200 km et souhaiter avoir plus de temps chaque jour pour rencontrer plus de gens, d’apprendre sur les organisations des différentes communautés, de rencontrer les médias pour faire passer le message.

Un défi très exigeant mais pour lequel je demeure si fière et heureuse d’avoir accompli.

Martin Binette : Finalement Clara, laquelle de ces activités est la plus intense? Le 5ooo mètres en patinage de vitesse longue piste ou une tournée du pays pour la promotion de ta biographie?

Clara Hughes : Oh, ce n’est pas du tout comparable? La partie la plus agréable de la tournée de promotion était de remercier en personne tous ces gens qui ont achetés le livre et leur dire que tous les profits étaient remis à des œuvres de charité. Que grâce à eux, de merveilleuses initiatives en santé mentale allaient pouvoir recevoir de l’aide financière. La tournée était aussi l’opportunité de partager des expériences. J’ai eu la chance d’entendre les histoires de centaines de personnes et d’être témoin de leur courageux combat. De merveilleuses rencontres.

Martin Binette : Merci Clara !

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Pour terminer, j’aimerais citer un passage de la biographie de Clara Hughes “Coeur ouvert. Esprit Ouvert”, qui résume bien l’extraordinaire personne qu’elle est et l’immense compassion qui l’habite :

“Aux gens, à la foule d’hommes et de femmes, de jeunes et de vieux, ayant tous des parcours de vie différents, qui vivent des moments difficiles en raison de problèmes de santé mentale : sachez que je vous remercie de votre courage, de votre courage à partager, de votre compassion et de votre appui. Vous formez le groupe de personnes le plus formidable qui soit et, dans mon esprit, le plus fort de tous. Je voudrais vous dire merci car c’est vous qui m’avez inspirée de ne jamais abandonner le combat pour éduquer et éclairer ceux qui n’en comprennent pas la réalité.”

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