Les Petites Entrevues avec Florence K

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Martin Binette

Fondateur et Éditeur en chef chez Entre les Deux Oreilles
Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel. Il est l'un des Visages de la campagne 2017-2018 de sensibilisation de l'Alliance Canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale.
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Florence K est pianiste, auteure et compositrice. Une femme talentueuse et d’exception. 

En 2015, elle publie son récit autobiographique Buena Vida. Elle y raconte sans détour sa propre expérience de la maladie mentale, un épisode dépressif majeur qu’elle a traversé en 2011. Depuis, elle consacre une partie de son temps à militer pour briser les tabous entourant malheureusement, encore aujourd’hui, la maladie mentale.  

Florence K est la septième personnalités (après Clara HughesPatrice BernierKarine ChampagneMarie-Soleil Dion, Véronique Bannon et Patrice Coquereau) à participer au segment “Les Petites Entrevues Entre les Deux Oreilles”.


Martin Binette : Comment est apparue la maladie mentale dans ta vie?

Florence K : J’ai vécu un épisode dépressif majeur il y a plus de six ans. Le tout a commencé avec des symptômes d’insomnie et d’anxiété et ça a vite déboulé en dépression psychotique. J’ai dû être hospitalisée à ce moment. Ça se passait en 2011. Je viens tout juste d’être diagnostiquée bipolaire de type 2. Ce fut un grand soulagement de recevoir ce diagnostic, six ans après ma dépression initiale. Ma médication est dorénavant ajustée en conséquence et l’angle de ma thérapie aussi.

Martin Binette : Selon toi, avais-tu des facteurs prédisposants à la maladie mentale ou avais-tu connaissance de symptômes précurseurs avant cet épisode?

Florence K : Je ne me suis pas réveillée avec ça du jour au lendemain. J’avais déjà consulté dans le passé pour certains enjeux personnels, mais je ne pensais pas que c’était de l’ordre de la maladie mentale. Je pensais que j’avais juste à régler ces enjeux, mais ceux-ci ont pris des proportions gigantesques. À ce moment, je n’avais aucune idée de ce qu’était la maladie mentale et je pensais que ça ne pouvait pas m’arriver. À l’époque, j’avais beaucoup de préjugés envers la maladie mentale et je ne savais pas quoi faire. De fil en aiguille, les symptômes de la maladie ont pris de l’ampleur et quand j’ai consulté un médecin, j’étais déjà rendu trop loin. Il aurait fallu que je sois plus alerte aux signaux bien avant.

Martin Binette : Tu mentionne que tu avais des préjugés envers la maladie mentale avant cet épisode? Pour quelles raisons?

Florence K : J’avais une bonne carrière. J’allais à l’école. J’étais une mère qui s’occupait de son enfant. Alors quand j’ai fait ma dépression, je me disais : « Tu te plains pour rien ». « Ça peut pas t’arriver à toi une dépression, voyons ». Pour moi, la maladie mentale, c’était pour le monde qui n’ont pas de job, qui sont paresseux. Tous les préjugés je les avais. C’est, d’une certaine façon, ce qu’on nous apprend, ce que la société nous dicte. C’est l’école du succès à tout prix qu’on nous enseigne aujourd’hui. Soit fort, résiliant, fonce, mord dans la vie et surtout, plains-toi pas, il y en a qui vivent des choses bien pires. Quand je suis tombée malade j’avais tellement peur que ça se sache. Mes pensées étaient déformées. J’étais convaincue que si ça se savait, ma carrière serait terminée et qu’on allait m’enlever ma fille.

Martin Binette : Justement, comment t’es-tu senti par rapport à ton rôle de mère lorsque la maladie mentale a pris le dessus? Est-ce que votre relation mère-fille a changé depuis l’établissement de ton diagnostic?

Florence K : Au début, quand j’étais malade, je me disais que ma fille serait mieux élevée par une autre personne que moi. Je me disais : « Je suis mauvaise pour elle en ce moment. ». Heureusement, ma famille s’est merveilleusement bien occupée de ma fille pendant ces moments difficiles. Quand je suis sortie de l’hôpital on lui a bien expliqué ce qui se passait. On a consulté une psychologue pour quelle ne cultive pas un sentiment d’abandon et pour qu’elle comprenne que maman était malade. Quand j’ai eu mon tout nouveau diagnostic je lui ai expliqué ce qui en était. On a lu là-dessus. On s’est renseignées. Elle a 11 ans aujourd’hui et pour moi, ce qui est important, c’est que je lui montre qu’il y a des solutions. Que maman a cherché à trouver des solutions. Qu’il y a toujours des solutions et des ressources. J’ai fait un travail pour garder ma vie la plus équilibrée possible. Évidemment. il y a des moments plus difficiles et des facteurs externes qu’on ne contrôlent pas, mais j’ai mis ma vie sur des track de chemins de fer. Une chose qui me rend très fière, je sais pas comment j’ai fait, mais je ne crois pas qu’elle ait ressentie trop les effets de ma maladie. J’étais capable, quand je ressentais des symptômes de lui dire : « Alice, veux-tu aller passer une fin de semaine chez grand-maman? » ou d’appeler ma meilleure amie pour lui demander de passer prendre la petite après l’école. C’est une façon de la protéger là-dedans. C’est pas à elle de payer pour ça.

Martin Binette : Suite à ton premier épisode de dépression quels sont les outils que tu as utilisé dans le cadre de ton processus de rétablissement?

Florence K : Une thérapie régulière et la médication furent la clé à mon rétablissement. Encore aujourd’hui, mon médecin et moi monitorons régulièrement ma médication. Jamais je songerais à arrêter la médication même si j’avais un regain. J’en parlerais avant avec mon médecin. J’aimerais bien tomber enceinte donc on discute des options mon médecin et moi. Évaluer la possibilité de diminuer la médication mais sans arrêter du jour au lendemain. La thérapie a été un énorme morceau également dans mon rétablissement. Cela a été hyper bénéfique pour moi et ce l’est encore aujourd’hui. Prend l’exemple d’une maladie physique. Tu as mal au dos, on te donne une médication pour la douleur et tu fais de la physiothérapie après pendant des semaines, des mois. C’est la même chose pour une maladie mentale. Tu prends un médicament mais il faut que tu fasses une thérapie après aussi. Je déplore le fait que l’accès à la thérapie soit plus difficile pour les gens qui ne peuvent pas se la payer au privé. Donc, thérapie, médication, yoga, exercice, alimentation, hygiène de vie sont tous des outils super importants que j’utilisent encore aujourd’hui. C’est aussi entretenir des relations honnêtes et véritables avec ses proches. C’est faire du mieux qu’on peut avec ce qu’on a. Je vais vivre avec cette condition toute ma vie. C’est pas quelque chose qui se guérit du jour au lendemain mais c’est une condition avec laquelle on peut fonctionner si on la connaît bien et si on respecte ses limites.

Martin Binette : Comment t’es venu l’idée d’écrire un livre sur ton histoire avec la maladie mentale?

Florence K : C’est un peu arrivé par hasard en fait. J’avais l’idée d’écrire un livre sur le yoga et dans le cadre de l’écriture de ce livre j’ai écrit un chapitre sur mon épisode dépressif. Mon éditrice a beaucoup aimé et m’a fortement recommandé de poursuivre et de développer sur ce thème. Au début, j’étais réticente.  J’avais tellement peur que ça se sache. Finalement, j’ai commencé à écrire et je me suis laissé aller. J’ai alors réalisé que j’aimais écrire et plonger dans mes souvenirs. Aussi, je me suis rendu compte à quel point j’aurais aimé lire un livre comme ça quand j’étais malade. Pour la validation, pour la normalisation, pour comprendre que j’étais pas seule au monde. Quand on est malade on pense qu’on est seule au monde mais ça peut aider de constater que finalement, on l’est pas. C’est une grande tragédie de notre époque la maladie mentale, mais par contre, l’avantage c’est qu’il y a aussi beaucoup de solutions qui n’existaient pas avant.


Entre les Deux Oreilles remercie Florence K pour cette généreuse entrevue.

Pour vous procurer son livre “Buena Vida”, nous vous invitons à consulter son site personnel à l’adresse suivante : florencek.com

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