Les Petites Entrevues avec Karine Champagne

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Martin Binette

Fondateur et Éditeur en chef chez Entre les Deux Oreilles
Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel.
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Karine Champagne est une femme merveilleuse. Ex-journaliste sportive et animatrice de télévision elle est aujourd’hui conférencière, blogueuse, entrepreneure et triathlète.  Elle est la fondatrice de l’initiative “Karine et ses Mères-Veilleuses” qui vise à promouvoir la pratique de l’activité physique chez les femmes.

Karine Champagne est la troisième personnalité à participer au segment “Les petites entrevues Entre les Deux Oreilles”.


Martin Binette : On ne peut passer sous silence le fait que tu as été sous les chauds projecteurs de la télévision pendant plusieurs années. La pression, l’anxiété de performance, doivent être à certains moments insoutenables dans ce métier. Pour utiliser un cliché sportif : faut-il avoir une certaine “dureté du mental” pour pratiquer ce métier?

Karine Champagne : Non pas du tout. Je pense que tous les métiers peuvent être très difficiles mentalement. Je pense aux infirmières, aux professeurs entre autres. De mon côté, je n’ai jamais eu l’impression que de faire de la télévision donnait une pression supplémentaire.

La dépression dont j’ai souffert dans un moment clé de ma vie était plus en lien avec mes valeurs. Autant j’ai adoré faire ce métier, autant à un certain moment donné je ne vibrais plus. En fait, mon épisode de dépression n’avait rien à voir avec le fait de faire de la télé ou d’être en direct, mais tout à voir avec mon intérieur, mes valeurs personnelles.

Martin Binette : En sachant que la compétition est féroce dans ce domaine et que la chasse aux cotes d’écoute est sans aucun doute oppressante, est-ce que ces éléments contribuent à maintenir une certaine stigmatisation des maladies mentales chez les différents acteurs qui pratiquent ce métier?

Karine Champagne : De mon côté, je ne l’ai jamais senti. Au départ, je n’avais aucun tabou par rapport à la dépression. Quand j’ai reçu le diagnostic j’étais juste contente de savoir quel mal grugeait mon âme. Dès que j’ai pu y mettre un nom, j’étais soulagée.

J’ai assumée pleinement ma dépression. La dépression c’est supposé être un sujet tabou. Pour moi, pas du tout. Si ma dépression avait fait en sorte qu’on me retire des ondes ou que je perde ma job, ça aurait été leur problème et mon apprentissage.

Martin Binette : Tu as donc parlé ouvertement de ton épisode dépressif. Avais-tu une certaine réticence au départ en sachant que tu étais une personnalité publique?

Karine Champagne : Pas du tout. En fait, la première fois que j’en ai parlé ouvertement ça faisait 3-4 mois que j’étais à la maison. J’ai fait un blogue où j’ai écrit pourquoi j’étais absente. J’ai quand même attendu avant d’en parler parce que je savais qu’il risquait d’y avoir un ressac suite à ma sortie. Une vague de sympathie, des témoignages, des demandes d’entrevue, etc. Je savais que je me devais d’être prête à ça.

Je me souviens d’avoir donné une entrevue sur le sujet à Paul Houde le lendemain et j’en ai eu pour 48-72 heures à m’en remettre parce que ça m’avait exténuée de faire le « coming-out ». Ça n’avait rien à voir avec le fait d’être mal à l’aise d’en parler mais plutôt que ça m’avait pris tout mon petit change pour formuler des phrases intelligentes une à la suite de l’autre !

À ce moment j’étais prête à en parler car comme journaliste, mon travail était de poser des questions à des gens qui traversaient de dures périodes et j’avais envie de faire la même chose; c’est-à-dire de répondre aux questions alors que je traversais une dure période. Pour moi, c’était être conséquente avec ce que je faisais dans la vie.

Martin Binette : Sur ton blogue tu parles régulièrement des bienfaits de l’activité physique sur la santé mentale. D’ailleurs, tu parles de l’activité physique comme d’un merveilleux remède. Crois-tu que l’activité physique est un aspect négligé du traitement des personnes souffrant de maladie mentale?

Karine Champagne : Moi j’ai pris de la médication et c’est mon médecin qui m’a conseillé de faire de l’activité physique. Il voulait que j’occupe mes journées à bouger au lieu de ruminer. Le message qu’il voulait passer était le suivant : que tu sois fatiguée, en larmes, étourdie, que tu broies du noir … bouge! J’ai commencée par la marche. Par la suite, j’ai débuté la course. le vélo et puis la nage.

Quand je me suis mise à bouger, ça m’a tellement aidée. En pratiquant du sport, j’ai constaté que c’était durant ces moments que je me sentais le mieux. Quand je suis essoufflée, je n’ai pas d’anxiété par rapport au passé ni au futur. Lorsque je bouge je suis dans le moment présent.

Le sport a des bienfaits fantastiques. Cela dit, ce qui est le plus difficile, quand tu es malade, en larmes, pas lavée, les cheveux gras, c’est de t’habiller et de sortir. Mais une fois que tu as franchi la porte et que tu vas marcher juste 5 minutes, parce que c’est ton défi de la journée, c’est déjà un pas spectaculaire.

Martin Binette : La musique prend une place importante dans ta vie. D’ailleurs, tu en parles souvent dans tes billets et il y a même une section à cet effet sur ton site. Quel est l’apport de la musique dans ton bien-être psychologique?

Karine Champagne : La musique c’est un puissant motivateur. La motivation ça ne s’achète pas en pot et je suis le genre de personne qui n’attend pas que quelqu’un me pousse dans le derrière pour s’activer. La musique fait une super job en ce sens. J’ai des chansons clés qui me donnent une sorte de « oommph » à l’intérieur, une poussée dans le dos quand j’en ai besoin. Si jamais je ne me sens pas bien et que je n’ai pas envie d’aller m’entraîner, je glisse dans mes oreilles une ou deux tounes particulières et ça me donne un air d’aller. La musique est essentielle et très présente dans ma vie.

Martin Binette : Tu es porte-parole de l’initiative les Mères-Veilleuses. En fait, tu en es la fondatrice. Quelle est la mission principale de cette initiative et d’où t’es venue l’idée de créer cette communauté?

Karine Champagne : Après ma dépression, alors que ça allait bien, que j’avais recommencé à travailler, que je faisais du sport régulièrement, j’avais le goût d’en faire plus et de m’impliquer dans la promotion de l’activité physique et de la santé mentale.

J’ai donc lancé sur ma page Facebook un petit message : « Recherche femme à motiver pour courir un 5 KM à Québec ». À mon grand étonnement, 50 femmes ont accepté l’invitation. Ainsi est né le groupe « Karine et ses Mères-Veilleuses. »

Il s’agit d’un groupe qui, au nombre de 50 femmes au départ, en comptait plus de 25 000 deux ans plus tard.

L’objectif et le message des Mères-Veilleuses est d’utiliser le sport comme puissant antidépresseur. C’est aussi de briser ses propres barrières intérieures. Souvent les femmes vont se sentir coupables d’aller bouger. Parfois parce qu’elles sont mères de famille par exemple, ou encore qu’elles ont travaillé toute la journée et qu’elles considèrent qu’elles ne peuvent se le permettre. Comme si la maison allait s’effondrer ou que les enfants allaient arrêter de respirer si on sortait dehors 30 minutes!

Mon message aux femmes est simple : Prenez le temps de bouger. Ça va vous permettre de ventiler, de vider votre soupape. En revenant à la maison, vous vous sentirez une meilleure femme, une meilleure mère, une meilleure personne.

Je dis souvent aux femmes : La poussière peut attendre, la santé mentale non !

Martin Binette : Dans l’un de tes plus récents billets tu lançais un défi à tes lecteurs : celui de trouver leur mission de vie. Pour copier une émission populaire québécoise, je te pose la question qui tue : As-tu trouvé ta mission de vie?

Karine  Champagne : Je pense que oui. Je dis ça avec beaucoup d’humilité, mais mon talent en est un de communication. J’ai aussi une valeur de générosité et une passion pour le sport. Tout ça ensemble, on retrouve Karine Champagne, la conférencière, l’auteure, l’entrepreneure.

J’ai beaucoup de fierté à donner des conférences en ce moment. Faire de la télé ne me manque pas du tout. Étonnement, alors que je croyais que de faire de la télé était le summum du succès que je pouvais avoir, je constate que j’ai plus de succès et de reconnaissance depuis que je suis sortie du monde de la télé.

C’est la preuve hors de tout doute que j’ai fait le bon choix de vie.


Nous remercions Karine Champagne pour cette belle entrevue et sa grande générosité. Nous vous invitons à consulter son blogue Karine Champagne, Allumeuse d’étoiles ainsi que le site des Mère-Veilleuses.

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