Les Petites Entrevues avec Michel Charette

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Martin Binette

Fondateur et Éditeur en chef chez Entre les Deux Oreilles
Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel. Il est l'un des Visages de la campagne 2017-2018 de sensibilisation de l'Alliance Canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale.
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Michel Charette est acteur, dramaturge et metteur en scène.

Il a mis à profit son immense talent dans plusieurs séries télévisées (District 31, Les pays d’en haut, 30 vies, Lance et Compte, Watatatow) et au cinéma (Les Boys, Hochelaga, Pouding chômeur). Il a été nominé à plusieurs reprises pour son travail et il est, sans conteste, l’un des comédiens préférés des québécois.

Michel Charette est la huitième personnalités (après Clara HughesPatrice BernierKarine ChampagneMarie-Soleil Dion, Véronique BannonPatrice Coquereau  et Florence K à participer au segment “Les Petites Entrevues Entre les Deux Oreilles”.


Martin Binette : Tu es très sensible à la cause de la santé mentale. Entre autres, tu es très actif sur les réseaux sociaux lors de la journée Bell Cause pour la Cause. Qu’est-ce qui t’inspire à t’impliquer pour cette cause importante année après année ?

Michel Charette : En effet, je trouve la cause très importante. Nous sommes tous touchés de près ou de loin par la maladie mentale. Personnellement, j’ai été élevé dans un milieu anxiogène. Sans être diagnostiqués, mes parents souffraient d’anxiété. Je viens donc d’un milieu stressant et cela a donc, en quelque sorte, découlé sur moi.

Je suis un type anxieux et j’essaie de contrôler l’effet de l’anxiété du mieux que je peux. C’est pas toujours facile. C’est pour cette raison que j’ai été chercher de l’aide. Je suis allé consulter. Principalement pour y trouver des outils pour m’aider à gérer tout ça mais aussi, parce que je veux pas faire les mêmes erreurs que mes parents ont fait. C’est-à-dire, garder ça pour soi et ne pas aller chercher de l’aide.

Je sens aussi que ma fille vit une certaine forme d’anxiété et je veux la supporter du mieux que je peux là-dedans. En lui transmettant des outils qui pourront l’aider le plus tôt possible et lui éviter, comme dans mon cas, de s’en rendre compte plus tard, arrivée à l’âge adulte.

Martin Binette : Tu as mentionné avoir consulté pour trouver les outils nécessaires pour gérer ton anxiété. Quels sont donc les outils qui se retrouvent dans ton coffre pour gérer les situations anxiogènes?

Michel Charette : Premièrement, c’est de travailler beaucoup sur moi et de me parler. C’est de me dire : « Y‘as-tu un drame en ce moment? Y’a pas de drame en ce moment, donc ça va bien! ». C’est d’éviter de projeter l’avenir, de ne pas penser à demain et d’essayer d’être le plus possible dans le moment présent. Ce qui est extrêmement difficile pour moi! J’essaie d’appliquer aussi le fameux « lâcher prise ». Les rencontres avec mon psychologue m’aident énormément aussi. La respiration, la lecture, la marche. J’essaie le plus possible de sortir de ma tête et de revenir dans mon corps. J’essaie de mettre tout ça en application.

C’est aussi d’être bien entouré. C’est très important. Ma blonde est extrêmement compréhensive par rapport à ça et ça m’aide beaucoup.

Martin Binette : Tu es une personnalité publique qui exerce un métier avec une certaine forme de pression de performance. Est-ce que d’être constamment dans l’oeil du public n’est pas source d’anxiété en soi?

Michel Charette : Pour ça j’ai aucun problème. Mon anxiété ne se trouve pas à ce niveau, pas du tout. Elle se trouve plutôt du côté des situations de la vie quotidienne. En 2005, j’ai eu des ennuis de santé. Étant déjà un type anxieux, ces ennuis de santé ont accentué mon anxiété. Tu as toujours peur que ça revienne, que ce soit récurrent. Tu as peur de revivre cette situation difficile. C’est aussi à cette période de ma vie que j’ai été chercher de l’aide. J’ai décidé de faire plus attention à moi, de prendre du temps pour moi.

J’ai jamais eu d’anxiété par rapport à la performance sur scène, par rapport à mon métier. Je sais que c’est ma job et que je suis compétent. Je suis bien préparé, toujours prêt à 100%. Je sais ce que j’ai à faire, alors ça m’inquiète pas du tout.

En même temps, c’est mon métier. Mais je regarde d’autres professions comme les chirurgiens cardiaques et je me dis : « Mon Dieu, comment ils font pour pas trembler? » Je parle à des docteurs qui me disent : « Moi, faire une conférence, je veux mourir! ». Puis ils font des opérations à cœur ouvert les yeux fermés. Moi faire des jokes devant 2000 personnes y’a rien là, mais donne-moi un scalpel et je vais chier dans mes culottes ! Tout est relatif. Je sais aussi depuis un très jeune âge que je voulais faire ce métier. J’ai toujours suivi cette trajectoire.

Martin Binette : Tu as fait beaucoup de télévision pour adolescents (Radio Enfer, Watatatow). Tu as un lien particulier avec eux. L’adolescence est déjà, en soi, une période assez turbulente, mais avec les réseaux sociaux et la pression sociale qui en découle, la vie m’apparaît plus anxiogène pour les ados d’aujourd’hui. Comment perçois-tu la santé mentale chez les ados en 2018?

Michel Charette : À l’époque de Radio Enfer et de Watatatow, les réseaux sociaux n’existaient pas. Les adolescents avaient plus de communication verbale, de contact humain. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus virtuel. Tu peux communiquer avec tes amis par texto, Instagram, etc. Je vois parfois des rassemblements et ils sont tous ensemble, mais chacun est sur son téléphone!

De nos jours, il n’y a plus de place pour l’ennui. On essaie de tout combler, tout de suite. On a accès à plein de choses pour combler ces vides. J’ai l’impression que ça peut devenir un problème à la longue.

Ça m’arrive de dire à ma fille : « Arrête cinq minutes avec le téléphone et fait autre chose » et elle me répond : «Oui, mais je sais pas quoi faire ». Je réponds : « Fais rien! Juste rien. »

C’est difficile aujourd’hui de tolérer l’ennui. On oublie parfois juste de vivre. S’asseoir avec des amis, regarder un feu de foyer, aller prendre une marche, admirer le ciel. Non, il faut toujours être à 180 milles à l’heure. Ça m’effraie pas rapport aux jeunes. Cette constante stimulation, cette surcharge de stimuli. Si c’est pas la télé, c’est le téléphone. Si c’est pas le téléphone, c’est la tablette. On oublie le contact humain.

Martin Binette : Tu es très présent sur les réseaux sociaux. Quelle est ta relation avec ce phénomène? 

Michel Charette : Quand je me fais aborder sur les réseaux sociaux, 98 % des commentaires sont positifs. Soit pour me féliciter pour mon travail, me dire qu’ils aiment ce que je fait, que ça leur fait du bien. Il y a pas grand monde qui ont ce privilège là dans la vie. Faire un métier qui donne des émotions aux gens et d’être reconnu pour le faire.

Je te parlais tantôt du chirurgien cardiaque. Lui il sauve des vies et il y a personne qui l’arrête dans la rue pour lui dire combien ils sont contents de son travail. Parce que personne le sait qu’il est chirurgien cardiaque. Moi j’ai ce privilège là et si les gens prennent le temps de m’écrire c’est la moindre des choses que je leur réponde. Ma blonde me le dit à tous les jours à quel point c’est un privilège de faire un métier comme le mien. Remercier les gens qui me font confiance, prendre une minute pour leur répondre pour moi c’est important. C’est une question de respect.


Entre les Deux Oreilles remercie Michel Charette pour cette généreuse entrevue.

 

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