Les Petites Entrevues avec Véronique Bannon

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Martin Binette

Fondateur et Éditeur en chef chez Entre les Deux Oreilles
Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel. Il est l'un des Visages de la campagne 2017-2018 de sensibilisation de l'Alliance Canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale.
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Véronique Bannon est comédienne. On a pu la voir, entre autres, dans Watatatow, Lance et Compte, Caméra Café et C.A. Elle est également porte-parole de Revivre, un organisme qui soutient les personnes souffrant de troubles anxieux, de dépression ou de troubles bipolaires et participe activement à chaque année à la campagne nationale de sensibilisation à la santé mentale Bell Cause pour la Cause.

Véronique Bannon est la cinquième personnalités (après Clara Hughes, Patrice BernierKarine Champagne et Marie-Soleil Dion) à participer au segment “Les petites entrevues Entre les Deux Oreilles”.

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Martin Binette : Dans une récente entrevue au Huffington Post Québec tu révélais travailler sur un projet sur la santé mentale. Qu’en est-il au juste et es-tu en mesure de nous donner plus de détails?

Véronique Bannon : Oui absolument et c’est vraiment passionnant comme projet.

En 1999, le producteur Guy Latraverse et le réalisateur Jean-Pierre Maher ont produit un documentaire sur la santé mentale intitulé La dépression chez les jeunes.

Dans ce tout nouveau projet on retrouve, 17 ans plus tard, trois personnes qui ont participé au documentaire original. En utilisant des images d’archives tirées du documentaire original et des extraits d’entrevues filmés cette année, on présente le parcours de Marc-André, Eric et Annie de 1999 à aujourd’hui.

Par exemple, l’un des participants, Eric, a fait une tentative de suicide en 1985 à l’aide d’une arme à feu. Heureusement, sa tentative a échouée, mais il reste avec des séquelles importantes : il est aveugle depuis ce jour. Et ce qui est formidable c’est que malgré le fait qu’il soit aveugle, il vit sa vie et il est heureux aujourd’hui.

Ce qui est intéressant dans ce documentaire, c’est qu’il s’agit de trois personnes différentes avec des histoires et des parcours complètement différents. Par contre, ce qui les unit, malgré leur vécu propre, c’est qu’ils vivent tous bien avec leur maladie mentale aujourd’hui. Leur vie a changé, bien sûr, mais ils sont tous heureux et en paix. Ils ont tous des enfants, des emplois. La différence entre aujourd’hui et il y a 17 ans est tellement marquante, c’est impressionnant.

Notre objectif était de faire un documentaire sur l’espoir.

Je me sens tellement privilégiée de faire partie de ce projet. J’ai vraiment hâte que les gens le voient.

C’est de l’espoir à l’état pur !

Martin Binette : Avec ton vécu avec la maladie mentale, j’imagine que ce projet t’interpelle tout particulièrement ?

Véronique Bannon : Et comment !

Pour moi ce projet est un véritable cadeau.

Quand Guy Latraverse, le producteur, m’a approché, j’ai dit « oui » sans hésiter.

Quand je l’ai rencontré pour discuter du projet, il m’a dit que j’étais la bonne personne pour l’animer. Parce qu’il sait que j’ai vécue des souffrances similaires, que je suis passée par là aussi.

Il voulait quelqu’un avec la compassion et l’empathie nécessaire pour interagir avec eux sans filtre et sans jugement.

D’ailleurs, ma plus belle réalisation, c’est d’avoir gagné leur confiance et d’avoir réussi à les mettre à l’aise. Cela a permis de les mettre en valeur et de leur soutirer de belles confidences.

Il y en a un d’ailleurs qui m’a dit : « Moi je parle pas beaucoup dans la vie et tu m’as fait dire des choses que j’avais jamais dites à personnes. »

Il n’y a rien de plus valorisant que d’entendre ça. Ça me donne des frissons juste d’en parler !

Ce documentaire est la chose, à la fois, la plus gratifiante et la plus difficile que j’ai eu à faire dans ma carrière. Faire ce projet a remué bien des choses de mon passé, mais en même temps, d’entendre leurs témoignages et partager nos histoires et nos expériences m’aident tellement aujourd’hui à passer au travers de moments plus difficiles.

Je leur ai dit tellement souvent, à tous les trois, durant le tournage : « Si vous saviez à quel point vous allez aider des gens et que vous m’aidez aussi ! »

Je leur en suis tellement reconnaissante. Je les aime beaucoup !

Martin Binette : Est-ce que tu es mesure de faire des parallèles entre les histoires des trois protagonistes du documentaire et ton histoire personnelle ?

Véronique Bannon : Oui, beaucoup.

Tout comme moi, ils ont été hospitalisés et ils ont tenté de se suicider. Comme moi, ils ont touché le fond pour finalement accepter leurs maladies et demander de l’aide pour s’en sortir.

Au fond, quand tu vis avec la maladie mentale, tu ne veux pas mourir. Tu veux juste arrêter de souffrir.

La « chance » que l’on a, quand on vit avec une maladie mentale, c’est que dès que t’en parles, dès que tu vas chercher de l’aide, tu réalises que tu n’es pas tout seul, qu’il y a des gens qui te comprennent et ne te jugent pas. Alors, le processus de guérison s’enclenche tranquillement.

C’est certain que c’est pas toujours facile. J’ai eu des rechutes. Je continue à prendre de la médication et je vois toujours mon psychiatre, mais j’ai des outils et un cercle d’amis très solide qui me permettent de passer au travers des moments plus difficiles.

Martin Binette : Dans ta carrière de comédienne tu as eu à camper des rôles, à jouer des personnages fictifs. Dans ce projet, de te glisser dans la peau d’une animatrice et d’interviewer des gens, j’imagine que ce fut un défi intéressant ?

Véronique Bannon : Oh boy, oui ! Ce fut tout un challenge, en fait.

Au début, j’étais hyper nerveuse. J’étais contente de participer à ce projet, mais j’avais une peur bleue. Je me questionnais à savoir si j’allais être à la hauteur et aussi s’ils allaient être ouverts à me parler.

Mais j’ai eu beaucoup de support et d’aide. Entre autres, du réalisateur, Jean-Pierre Maher. Il m’a donné beaucoup de conseils et de latitude. Jean-Pierre me disait souvent : « si tu n’es pas à l’aise avec une scène, pas grave, on coupe, on en parle et on reprend». C’était vraiment rassurant de l’avoir à mes côtés.

J’ai eu aussi de nombreuses conversations avec Guylaine Tremblay, la comédienne et animatrice de l’émission Banc Public. Je lui ai demandé : « c’est quoi le secret d’une bonne entrevue? ». Elle m’a répondu sans détour : « l’écoute ». Et c’est tellement vrai! L’écoute permet d’établir un climat de confiance. Parfois un mot, une phrase dites par la personne va guider tes prochaines questions et emmener l’entrevue complètement dans une autre direction.

Je me suis vraiment entouré de gens de confiance qui m’ont beaucoup aidé et rassuré.  Mais ce qui m’a surtout rassuré au fil du tournage c’est que je parlais d’un sujet que je connaissais. D’un sujet que j’avais vécu. Ça fait toute la différence !

J’ai vraiment trippée d’aller à la rencontre des gens et de parler avec eux d’un sujet qui me touche. J’ai adoré cette opportunité d’animer une émission du genre. Ce fut une belle école, une expérience gratifiante et un moment d’apprentissage formidable.

Martin Binette : Avec ce documentaire et ton dévouement à parler de santé mentale sur plusieurs tribunes, crois-tu que la lutte à la stigmatisation est dorénavant ta mission de vie ?

Véronique Bannon : Oui, sans aucun doute.

Le jour où j’ai décidée de parler ouvertement de ma maladie mentale en juin 2012, j’ai tout de suite su que j’avais fait quelque chose d’important qui allait changer ma vie.

J’ai reçu des centaines de messages de remerciements et d’encouragements et depuis je m’efforce à faire changer les choses, à aider les autres. Soit en tant que porte-parole de Revivre, soit avec mon implication chaque année dans le cadre de la campagne Bell Cause pour la Cause.

Cette mission fait dorénavant partie de moi et pour le reste de ma vie. Si on peut sauver une personne ou en aider d’autres, on aura fait une différence, si petite soit-elle.

Jamais je ne vais arrêter d’en parler. C’est trop important pour moi.

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Le documentaire est toujours en production et sera présenté en février 2017 sur les ondes de Canal Vie.

Entre les Deux Oreilles remercie Véronique Bannon pour cette généreuse entrevue.

3 comments

  1. Moi j’ai vécue l’enfer d’avoir le diagnostique de bipolaire , les phy ne font pas la différence entre sortir d,une dépression et etre heureuse ont me fais arrêter par la police et m’enferme a l’asile j’ai peur d’etre heureuse a nouveaux je pleur e en écrivant ces mots je souffre tellement .

  2. Moi j’ai vécue l’enfer a cause du mot bipolaire mais les phys. ne font pas la différences entre sortir d’une dépression et être heureuse ca détruit ma vie d’avoir ce diagnostique de bipolaire c’est l’enfer ca je le vie encore , je n’ai plus le droit d’être heureuse car de peur de me faire arreter par la police et me faire enfermer encore a l’asile je pleure en écrivant ces mots comme a chaque soir. et personne ne peut m’aider .

    1. Bonjour

      Merci de vos commentaires et d’avoir lu l’entrevue. La maladie mentale est parfois insidieuse et nous rend la vie difficile.

      L’organisme Revivre pourrait vous aider et vous soutenir j’en suis convaincu. Ils ont aidés Véronique ainsi que des centaines d’autres.

      Voici un lien vers leur site.

      http://www.revivre.org/

      Je vous souhaite bon courage

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Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel. Il est l’un des Visages de la campagne 2017-2018 de sensibilisation de l’Alliance Canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale.

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