L’espoir d’un jour plus serein

J’ai été diagnostiquée avec un Trouble Bipolaire de type 1 à la suite d’un épisode maniaque qui a suivi mon accouchement de mon deuxième enfant.

J’entendais mes enfants m’appeler la nuit et quand je me dirigeais dans la chambre, ils dormaient paisiblement.

La psychiatre du département d’obstétrique, à la suite de l’évaluation de mon dossier – plusieurs dépressions dans la décennie précédente et maintenant des hallucinations auditives – a conclu au diagnostic.

Un peu confuse à l’annonce de la nouvelle, j’ai commencé une médication qui, huit ans plus tard, n’est toujours pas stable. Trouver la bonne molécule peut prendre des années afin de trouver un équilibre entre les différentes phases.

Si je peux être tout à fait honnête : je suis les traitements sans toutefois avoir pleine confiance.

J’ai vu plusieurs psychiatres qui me réconfortaient dans mes craintes et en suivant le traitement, j’ai toujours essayé d’atteindre l’équilibre tant promis lors de mes rendez-vous périodiques.

J’ai testé des dizaines de médicaments différents, avec des doses parfois fortes. Sans oublier les effets secondaires qui viennent aussi avec ses tentatives.

J’ai aussi testé la maladie à deux reprises en huit ans, en arrêtant la médication et en tentant de la gérer par moi-même.

La première fois j’ai atterri à l’hôpital psychiatrique complètement “décompensée”. Après six mois sans médication, je pesais 85 livres, j’avais dépensé pour plus de 25 000$ – une panoplie de coups de tête – et je ne pouvais plus travailler ou m’occuper de mes enfants.

J’ai passé dix jours à l’hôpital psychiatrique. J’ai repris une médication et tant bien que mal essayé de reprendre le cours de ma vie.

La deuxième fois, j’ai arrêté ma médication seulement deux mois. J’ai vidé mon compte de banque de toutes mes économies, dilapidé mon héritage, j’ai pris des risques au niveau sexuel. Sans oublier, le retour des crises de panique, une perte de contrôle émotionnelle et une psychose qui durera quelques jours.

Je sais maintenant que je ne peux PAS vivre SANS médication. Je dois y croire… du moins essayer.

Tout récemment, lors de mon rendez-vous périodique avec mon psychiatre, j’ai appris un nouveau diagnostic. Je suis atteinte d’un Trouble de personnalité limite (TPL) en plus d’avoir le diagnostic Bipolaire de type 1.

Pour moi cela explique beaucoup. Je croyais me battre contre un trouble mais en fait, il y a en deux qui s’entremêlent.

Je croyais à tort ne pas avoir de stabilité mais, en fait, j’ai la stabilité de la bipolarité qui amène un état exaltant ou bien dépressif.

Je passe des mois dans un de ces deux états et, en plus, mon quotidien est entremêlé de la variante TPL qui, de son côté, n’a pas de traitement pharmacologique.

J’ai toujours pensé être spéciale, différente, parce que j’avais mes “passes de vie” comme je les appelais. Certaines incontrôlables et d’autres plus douces.

Le dénominateur commun lors de ces passes : le mal être d’un coté ou de l’autre.

Il y avait toujours un moment où je me perdais. Où je ne savais plus où aller. Les extrêmes prenaient le dessus sur tout et déterminaient ma direction.

Mes patterns je les connais à travers le temps et les épisodes. Ils reviennent chaque fois me diriger et dans presque 90% des situations, ils causent plus de problèmes que de solutions.

Le sentiment de surpuissante qui accompagne les phases de manie est exaltant et tellement planant.

Une euphorie qui dure des semaines, de la bonne humeur à voir toujours la vie en rose. Une sociabilité qui est sans borne, remplie d’activités et de sensation agréable.

Un temps où tout réussit mais où le sommeil diminue, l’appétit aussi et les réserves d’énergie se drainent comme une batterie. La recherche de sensations fortes et une perte d’inhibition permet de faire des choses que tu ne pensais jamais vivre.

Après des semaines ou des mois soutenue par cette excitation, le corps ne suit plus et c’est le début de la dégringolade.

Le chemin vers la phase dépressive. Un temps où tout s’arrête et le repos devient la seule solution pour aller un peu mieux.

L’oscillation entre ces phases est remplie de conséquences, remplie de mini-combats à recommencer sans cesse.

Avoir un diagnostic de maladie mentale nous donne une étiquette, celle que la société nous met. Mais nous créons aussi ces étiquettes lors d’épisodes maniaques ou dépressives.

Les comportements qui ne font pas partie de notre personnalité et qui sont inexplicables. Les changements de cap et d’opinion pour certaines choses. Les remords, la culpabilité avec lesquelles nous devons vivre. Des prises de conscience quelques fois difficiles.

Tromper, mentir, cacher, dissimuler, tester les limites.

Les relations humaines sont la sphère de ma vie qui a subi le plus de chamboulements à chacun de mes épisodes Up ou Down.

Je fais réellement des actions qui me mettent dans le trouble au niveau relationnel et je fais souvent beaucoup de peine à mon entourage avec mes mots ou avec mes gestes.

Les dommages collatéraux, comme je les appelle, sont souvent difficiles à rattraper. S’excuser, se justifier, essayer de recoller les pots cassés auprès de tous et chacun.

La plus grande force des gens ayant un trouble de santé mentale est avant tout de se relever, de combattre chaque jour et chaque moment pour se reconstruire.

Je ne sais pas si la pilule magique arrivera un jour pour améliorer ce quotidien parsemé d’embuches.

Cependant, je sais que la vie malgré ses travers et ses tempêtes, est bien faite.

Il y aura toujours aussi une période d’espoir et où les possibilités seront plus grandes que nos peurs. Que nous retroussons nos manches pour l’atteinte de l’équilibre.

Aujourd’hui en fait partie.

À travers les lueurs de soleil traversant mon salon, j’y vois aussi l’espoir d’un jour plus serein.

2 comments

  1. Salut toi! Je dis toi car, dans la maladie mentale, il n’y a que des “toi”. Comme si nous étions tous réunis dans la grande sphère des maladies “psy”, comme je les appelle. Je suis bipolaire de type II… Que des “down” qui se suivent un après l’autre… Et TPL comme toi. Et j’ai lâché le groupe de soutien pour ce trouble, car je ne m’y sentais pas à ma place et je dois le dire, je m’emmerdais complètement. J’ai aussi un TDAH et un trouble anxieux… Un chausson avec ça? J’ai perdu mon emploi en août 2015. “Incapacité médicale de faire tout emploi”. C’est bien cela. Je suis une incapable. Je l’ai perdu un an après le décès de mon père qui avait tous les symptômes de la bipolarité de type I. Dépenses, excitations, euphorie…. Puis isolement, état dépressif, pleurs et sentiment d’échec. Il m’a dit à la fin de sa vie:” Ma vie, je l’ai ratée, complètement…”. Sur le coup, j’ai cru qu’il parlait de moi… Mon psychiatre me dit que ma bipolarité est équilibré, que le trouble anxieux se soigne, que le trouble de personnalité limite se contrôle avec un groupe d’entraide. Il voit la vie en rose… Moi je n’ai plus de vie. J’existe dans ma misérable vie. Je pleure ma vie. Et non, il n’y a plus de lumière dans mon salon. J’ai fermé les rideaux… Bonne chance à toi, car tu as des enfants et tu dois vivre pour eux. Moi, je suis seule. Tous, ou presque, sont partis. Je vais partir aussi… Salut!

    1. Je voulais féliciter “anonyme” pour un témoignage presque “en temps réel”, ni enjolivé par une guérison stable comme c’est si fréquent, ni désespéré. Sortir au grand jour demande déjà beaucoup de courage, lorsque la maladie est chose du passé mais c’est encore plus admirable d’oser en parler alors que l’incertitude perdure. Mai aussi, en lisant la réponse de Louise, je suis chagriné. Je me fâche à la lecture du verdict médical “incapacité médicale de faire tout emploi” avec lequel j’ai beaucoup de misère. Comment diable peut-on condamner quelqu’un ainsi ? SVP, prenez le temps de m’en convaincre parce que sinon, je considère cela comme un jugement cruel et condamnable en quelque sorte. Je peux le concevoir pendant un certain moment, lors d’une crise particulièrement forte, mais de manière permanente ? Je suis peut-être trop endoctriné par des groupes de défense des “malades” (i.e. : Mad in America”, pour être explicite) mais il s,’en trouve plusieurs qui déplorent cette tendance lourde du corps médical – pas tous, j’en suis persuadé – de déclarer “invalide” sans espoir de rédemption ou de répit. Et, en terminant, j’espère sous-entendre que tu partiras, Louise, en ton temps comme nous tous. Accordes-toi tout le temps que l’existence met à ta disposition, de grâce …

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