L’expérience d’un groupe de soutien : Phobies-Zéro

Rodolphe Belmer

Rodolphe Belmer

Pair-aidants bénévole pour l’organisme Phobies-Zéro, Rodolphe a cherché pendant de très nombreuses années les moyens pour combattre ses troubles anxieux. Il a finalement décidé de les accepter. C’est parfois inconfortable, mais croyez-le ou non, cela est beaucoup mieux ainsi ! Diplômé en histoire et en psychologie, son parcours professionnel est assez divers mais souvent empreint d’humanisme. Ayant toujours senti au fond de lui une joyeuse folie douce, il la cultive de plus en plus et la partage maintenant avec ses amis et sa famille, pour son plus grand bonheur. Des hauts, des bas, l’important est de se relever.
Rodolphe Belmer

C’était un soir de novembre, à cette époque de l’année où les feuilles ont disparu et où la neige n’est pas encore venue recouvrir la grisaille des trottoirs.

Debout, face à la porte de ce petit local, mon regard se perdait sur le panneau indiquant le meeting de Phobies-Zéro.

À cet instant, j’ai ravalé un peu mon orgueil et je me suis dis : « ok… je suis rendu là dans ma vie…».

J’ai ouvert cette porte, sans grande conviction pour la suite et sans trop savoir ce qui allait m’arriver. Tout ce dont j’étais sûr, c’est qu’il n’y avait plus d’avenir pour moi dans la situation actuelle.

Le chemin que je suivais, je le connaissais par cœur, dans tous ses recoins et il ne menait nulle part. Toujours la même routine, la même anxiété qui te suit comme une ombre.

Alors pourquoi ne pas essayer autre chose. J’avais déjà essayé tellement de choses.

En entrant dans le local, ce qui m’a marqué tout de suite, c’est le nombre de souliers dans l’entrée. Car l’un des mots qui revient très souvent dans les témoignages, c’est la solitude.

La solitude parce qu’on ne veut pas déranger. La solitude parce qu’on est incapable d’aller vers les autres. La solitude parce qu’on a honte de ce que l’on est, ressent. La solitude par l’évitement.

Un cercle vicieux où nous sommes nombreux à être pris et que nous essayons chacun à notre manière et à notre rythme de briser.

L’évitement est l’un des écueils sur lequel on se frappe régulièrement. C’est un ami très sournois : il nous réconforte sur l’instant, nous permet de baisser notre anxiété mais en réalité il nous maintient dans une servitude, réduisant au fur et à mesure notre espace de liberté.

Il y a toujours quelque chose qui les pousse à franchir nos portes, même s’ils ne savent pas où cela va les amener. À la fois l’espoir d’aller mieux, mais aussi le désespoir, la noirceur dans le tunnel.

Voilà pourquoi la force d’un groupe est si importante.

Le sentiment d’appartenir, une fois par semaine, à un groupe qui nous comprend, ne nous juge pas et nous donne du soutien.

L’autre, par sa présence, son regard, nous renvoie l’image que nous existons, que nous ne sommes pas tout seul dans ce labyrinthe. Et puis il y a également notre propre présence, notre empathie pour les autres.

Les personnes s’étonnent souvent d’être plus douces et compréhensives envers les autres qu’envers eux-mêmes. Mais c’est parce que nous nous attaquons continuellement ! L’auto-dénigrement et le doute agissant comme les armes d’une véritable torture psychologique.

Aujourd’hui, comme d’autres avant moi qui ont franchi ces portes, je suis devenu pairs-aidant bénévole pour Phobie-Zéro.

Ce fameux soir de novembre, je ne pensais pas me retrouver un an et demi plus tard de l’autre côté. Alors que je faisais de l’anxiété sociale, je réalise aujourd’hui que j’aime animer des groupes, accompagner les gens dans leur cheminement.

Comme quoi, il est important de toujours garder en tête que nous ne sommes pas notre anxiété ou notre dépression.

En plus, il y a une beauté dans tous ces gens qui franchissent nos portes. Ils sont en processus, parfois sans le savoir.

Quand ils viennent, nous ne sommes pas toujours conscients de tout le chemin qu’ils ont fait pour venir nous voir : faire leur recherche sur internet, prendre l’adresse, réfléchir (souvent plusieurs mois) avant de se décider à venir.

Toutes les questions que l’on se pose pendant le trajet vers la rencontre. Est-ce que je vais être correct ? Pourquoi j’y vais ? Est-ce que cela vaut vraiment le coup ? Est-ce que l’on va me juger ?

Ils sont à la recherche de solutions, d’outils, ou sont tout simplement fatigué de leur situation.

Il y a toujours quelque chose qui les pousse à franchir nos portes, même s’ils ne savent pas où cela va les amener. À la fois l’espoir d’aller mieux, mais aussi le désespoir, la noirceur dans le tunnel.

Nous sommes souvent dans cette ambivalence, le découragement et l’envie d’aller mieux.

Il y a aussi la satisfaction de voir des jeunes venir à nos rencontres, parfois avec leurs parents, leurs frères ou leurs sœurs.

Se dire que si j’avais eu ces ressources à mon époque, j’aurai sûrement perdu moins de temps dans les méandres et les vicissitudes de mes pensées.

Les pensées justement. Un autre mot qui revient souvent. Ces pensées qui nous obsèdent, qui occupent les heures de nos journées et de nos nuits, celles qui ne finissent plus de finir, qui nous font croire à notre propre folie.

On en vient à supplier que quelqu’un nous débranche le cerveau, ou nous débranche tout court…

J’aime rappeler pendant nos réunions le parcours de la fondatrice, Marie-Andrée Laplante. Réussir à reprendre le contrôle de sa vie, une étape à la fois.

C’es souvent cela qui nous décourage, de voir l’anxiété comme une montagne beaucoup trop grande pour nous. Ce que j’expérimente maintenant, c’est d’y aller un pas à la fois, le plus petit soit-il. J’appelle cela ma persévérance bienveillante.

Il est 21h30 en cette belle soirée de janvier. La réunion de groupe est terminée. Certains discutent à l’extérieur du bâtiment pour continuer le partage. Moi, je reprends le métro, satisfait de ma soirée. Tout n’a pas été parfait, et il faut l’accepter.

C’est cela aussi qui est difficile à apprivoiser : lâcher cette recherche quasi-obsessionnelle de la perfection et du contrôle, qui finalement nous empêchent de profiter de notre vie comme elle est.

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Phobies-Zéro, organisme à but non lucratif, a été fondé en 1991 par Marie-Andrée Laplante, une personne qui a souffert d’agoraphobie pendant près de 20 ans. Pour visiter le site Internet cliquez sur le lien suivant : Phobies-Zéro

4 comments

  1. Ouiî avec beaucoup de temps sur ta vie tu sors enfin de ce long tunnel .
    Ce fut une grande peine pour moi de te voir comme cela sans pouvoir rien faire pour t’aider .
    Maintenant que tu sors de ce long tunnel j’espère que ta vie sera plus belle pour profiter de toutes la familles et de tes amies et surtout aussi de te faire plaisir
    dans un travail que tu aimeras

    Ta maman qui t’aime beaucoup beaucoup

  2. Ça à été un plaisir de te rencontrer et d’entendre ton histoire où c’est facile de s’y reconnaitre et de se sentir moins seule

  3. Merci Rodolphe d’avoir osé franchir la porte ce premier soir,d’avoir continué d’accueillir notre support,d’avoir grandi dans cette démarche et maintenant aujourd’hui de partager et d’en aider d’autres.

    Michel (billets )

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Rodolphe Belmer

Pair-aidants bénévole pour l’organisme Phobies-Zéro, Rodolphe a cherché pendant de très nombreuses années les moyens pour combattre ses troubles anxieux. Il a finalement décidé de les accepter. C’est parfois inconfortable, mais croyez-le ou non, cela est beaucoup mieux ainsi ! Diplômé en histoire et en psychologie, son parcours professionnel est assez divers mais souvent empreint d’humanisme. Ayant toujours senti au fond de lui une joyeuse folie douce, il la cultive de plus en plus et la partage maintenant avec ses amis et sa famille, pour son plus grand bonheur. Des hauts, des bas, l’important est de se relever.

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