Mon manège infernal

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Jean-Sébastien Bournival

Jean-Sébastien a 43 ans. Il travaille dans les technologies de l'information. Il vit maintenant séparé avec la garde partagée de trois merveilleux enfants. Il a été diagnostiqué avec un trouble panique vers l'âge de 30 ans. Il aspire à vivre librement, affranchi de l'inquiétude que provoque cette maladie.
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Je suis assis dans le train.

Je rentre du boulot.

J’ai eu une journée normale, avec ses rebondissements, ses certitudes, et, boulot oblige, un peu de stress. Rien pour fouetter un chat.

Je regarde à l’extérieur, il fait beau.

J’alterne mon attention entre ce qui se passe autour de moi et des lectures sportives sur mon téléphone.

Je rentre chez moi.

Puis ça commence. Tout doucement. Insidieusement.

Je pose mon bras sur le rebord de la fenêtre du train, là où l’air frais de la ventilation est expulsé.

Bien entendu, mon avant-bras se refroidit et le fait de m’accoter de cette façon sur mon coude obstrue un brin la circulation sanguine.

Bref, je suis engourdi, comme on l’est des milliers de fois dans sa vie quand on se positionne tout croche.

Mais non. Pas comme ces milliers de fois. Pas cette fois-ci.

Cette fois-ci, ma circulation sanguine ne fonctionne plus. Quelque chose est bloqué et mon coeur va lâcher dans quelques instants.

Je change de position et me replace autrement en étirant mon bras, mais rien y fait.

Je suis entrain de mourir.

Je suis informaticien. Je n’y connais que dalle à la médecine et la biologie.  Mais je m’obstine à m’auto-diagnostiquer et suis attentif au moindre soubresaut que mon corps tout entier pourrait produire.

J’attends l’indice ultime me confirmant que je ne verrai pas la prochaine station.

J’ai les extrémités des doigts et des orteils congelés.  J’ai la paume des mains en sueur.  Mon ventre est empêtré dans un amas de noeuds qui me force à courber l’échine tellement c’est incommodant.

Ma respiration, maintenant irrégulière, s’accélère. Sans compter les tremblements.

Je regarde autour de moi. Les gens agissent normalement: Candy Crush, discussion de bureau, grignotines.

Bordel! Ne se rendent-ils pas compte que je suis entrain de crever?

Puis arrivent les décharges.

Imaginez qu’on vous pointe un fusil sur la tempe et qu’ensuite on tire la gâchette, mais “click”, le pistolet n’est pas chargé. Vous auriez sûrement un soudain flux de peurs vous parcourant tous les membres du corps.

C’est exactement ce que je ressens. Comme si on m’avait atteint avec un taser, m’envoyant successivement des décharges pendant plusieurs secondes. Et ça revient par vagues.

Je laisse partir mes pensées dans tous les sens.

En fait, je ne les laisse pas partir. J’en suis leur esclave. Je les subit.

J’embarque dans un manège, des montagnes russes infernales, avec de noirs passages, empreints de frayeurs et d’une solitude inquiétante.

Mais qui va me ramasser quand je vais m’écrouler dans l’allée?

Nous sommes entre deux stations. L’ambulance n’arrivera jamais à temps.

Mes enfants. Étais-ce la dernière fois que les ai vu ce matin?

Je vous épargne le reste, par orgueil.

 

Je suis informaticien. Je n’y connais que dalle à la médecine et la biologie.  Mais je m’obstine à m’auto-diagnostiquer et suis attentif au moindre soubresaut que mon corps tout entier pourrait produire.

 

Je suis atteint d’un trouble panique.

Ce manège, ces montagnes russes infernales, m’arrivent fréquemment … ou pas.

Ça va et vient par période, selon les événements qui ponctuent ma vie.

Ça m’a déjà amené à l’urgence, où l’on m’a renvoyé chez moi cavalièrement en me disant de prendre une pilule et de me calmer.

Ça m’a aussi permis de vivre ce qu’est un voyage en ambulance. Oh, rien de grave, mais cette impression de mort imminente est tellement ancrée dans mon cerveau malade, qu’il fallait qu’ils m’embarquent pour que je me calme enfin.

Bien sûr, ça se traite. Sans en être un junkie, j’ai consommé Ativan, Paxil, Wellbutrin, et Xanax.  Mais l’anxiété, comme Messi dans les 30 derniers mètres d’un terrain de foot, trouve toujours son chemin.

Sinon, il y a toutes sortes de petits trucs.  Tous relevant plus du remède de grand-mère que de la science, mais ils sont parfois efficaces et arrivent à désamorcer les crises :  boire un lait chaud, respirer dans un sac en papier, appeler un proche et en parler, une douche bien chaude, se passer un spectacle de Louis CK, rire un peu.

Ceci est ma croix.  Je la porte difficilement.

Mon père a vécu beaucoup d’anxiété.  Puis je me suis rendu compte que ma fille de 11 ans en est atteinte et, déjà à son âge, elle vit ce genre de cauchemar épisodiquement.

Lors de sa dernière crise, elle est venue s’étendre près de moi. On s’est mis de la musique douce et on a discuté, pendant que je jouais doucement dans ses cheveux.

On a finalement réussi a casser le cycle de ses pensées anxiogènes. Lorsque la tempête fut calmée et ses tremblements eurent cessés, au bout d’une quarantaine de minutes, nous nous sommes pris en “selfie”

Comme un heureux épilogue. Plutôt une tentative d’instaurer un symbole dédramatisant au terme de la crise.

Ce geste fut peut-être le premier d’un rituel qui désormais nous unis dans notre acceptation de vivre avec cette plaie qui pollue nos vies.

Bien que la plupart de mes proches connaissent mes ennuis avec cette maladie, je pense que des témoignages comme celui-ci, même répétitifs, vont aider à comprendre et faire comprendre les ravages que cette maladie peut causer.

 

5 comments

  1. Bonjour Jean-Sébastien,

    Merci pour ce beau texte. Je me suis vraiment reconnue à travers tes paroles. As-tu essayé de faire une thérapie cognitivo-comportementale? Moi c’est ce qui m’a sauvé la vie. Ça fait 5 ans que je vois le même psycologue et il m’a vraiment aidé à gérer mes pensées et mon anxiété. Je ne fais même plus de crise de panique. Continue ton beau travail, surtout avec ta fille. Ça fait chaud au coeur de voir un père qui aide sa fille avec ses problèmes d’anxiété. J’aurais bien aimé que mon père fasse la même chose.

    Ariane

    1. Merci beaucoup Ariane! Un, pour ton commentaire, et secondo, pour ton support. Au plaisir de se croiser pour partager quelques anecdotes. Faut bien en rire après tout 😉 Bon courage.

  2. Merci JS ton texte ma beaucoup émue,je suis battue contre cette maladie pour mon fils je ne voulais pas lui transmettre mes peurs j’ai quelque crise encore aujourd’hui je ne m’en formalise plus je sais que sa va passer, Bonne continuation et surtout continu de prendre soin de toi et e ta puce.

  3. Magnifique texte JS. Pour avoir eu ces crises de panique moi aussi, je comprends tellement ce que vous pouvez vivre. Et mes deux filles vivent aussi des problèmes semblable. La pommes ne tombe jamais loin du pommier Une des façon pour moi de désamorcer un attaque à été de partir de 100 et d’en soustraire toujours le chiffre 7. Jusqu’à en arriver à zéro. Ça fonctionne très bien. C’est un psychologue qui m’avait donné ce petit truc. Aussi ,de réussir à accueillir ses fameuses crises et s’en faire une amie et arrêter d’en avoir peur aide enormement à ce qu’elles aillent moins d’emprise sur la personne qui en fait. Bon courage

    1. Ha! Soustraction de 7! J’adore. Merci pour ton support. Et courage pour tes 2 petites chouettes. Ce ne pas le fun de voir ses enfants pris par ces choses. Encore moins de constater qu’indirectement c’est probablement nous qui, génétiquement, leur avons refilé cette saloperie.

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Jean-Sébastien a 43 ans. Il travaille dans les technologies de l'information. Il vit maintenant séparé avec la garde partagée de trois merveilleux enfants. Il a été diagnostiqué avec un trouble panique vers l'âge de 30 ans. Il aspire à vivre librement, affranchi de l'inquiétude que provoque cette maladie.

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