Paris. Je me souviens

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Martin Binette

Fondateur et Éditeur en chef chez Entre les Deux Oreilles
Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel.
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Paris.

Des milliers de kilomètres nous séparent peut-être mais sache qu’en ces moments tragiques, mes pensées sont tournées vers toi.

Deux semaines se sont écoulées déjà depuis les terribles événements, mais il m’apparaît toujours irréel aujourd’hui que des actes d’une tel barbarie se soient produits en ton sein. Le Téléjournal me renvoie les images des lieux où ont été perpétrés ces crimes abominables et j’ai du mal à concevoir qu’il s’agit des mêmes lieux que j’ai visités jadis. Car, tu ne t’en souviens peut-être pas – pourquoi t’en voudrais-je, des millions de touristes en tout genre foulent ton sol chaque année – mais tu as été le théâtre de deux événements les plus marquants de mon existence.

Nous nous sommes rencontrés la première fois il y a de cela une dizaine d’années. J’avais 29 ans à l’époque et pour la toute première fois, je quittais les confins de ma terre d’Amérique. Tout juste largué par ma copine, je posais les pieds sur ton sol avec comme seul bagage, quelques vêtements de rechange et un douloureux chagrin d’amour. Je me souviens des premiers jours : errant sans buts dans tes rues, insensible à première vue à ta beauté et incapable de chasser le spleen qui m’habitait. Quelle idée farfelue que de noyer sa peine dans la ville la plus romantique du monde!

Mais subtilement, à mon insu, ton charme opérait déjà. Jour après jour, je foulais les pavés de tes nombreux quartiers, me laissant doucement imprégner par la culture, la couleur et le rythme de chacun. Tandis que la masse s’échinait à visiter les lieux touristiques habituels, je préférais marcher dans tes rues sinueuses ou m’attabler à un café, afin d’observer des heures durant les scènes de la vie quotidienne parisienne. J’avais peine à croire que je marchais dans les traces de géants comme  Sartre, Piaf, Gainsbourg et compagnie. J’étais ébahi par les accents et les nuances diverses de tes citoyens. J’étais hypnotisé par la beauté de tes femmes et envoûté par cette joie-de-vivre qui caractérise si bien tes habitants. C’est d’ailleurs cette jovialité commune qui, petit à petit, contribuait à chasser l’état dépressif qui me restreignait. C’est ton énergie contagieuse qui m’extirpait peu à peu de ma torpeur. Rien de telle que l’hospitalité parisienne pour rapiécer un cœur meurtri et en mille morceaux. C’est finalement rasséréné et le cœur plus léger que je t’ai quitté pour retourner chez moi. Avec dans mes bagages des souvenirs impérissables et la promesse solennelle d’un éventuel retour.

Nous nous sommes revus quatre ans plus tard. À ma plus grande satisfaction, ton portrait me paraissait identique à celui que j’avais laissé derrière moi quelques années auparavant. Je reconnaissais le dynamisme et le rythme effréné de la vie urbaine qui m’avait tant enivré lors de notre première rencontre. Je renouais connaissance avec les lieux marquants et les amis rencontrés lors de notre premier rendez-vous. Rien n’avait changé. Or, j’avais changé. Alors que mon premier périple sur tes terres fut en solitaire, j’étais cette fois-ci accompagné d’un nouvel amour. C’est d’ailleurs sur ton sol que j’ai posé le genou pour demander sa main. Mais quelle idée farfelue que de célébrer cet amour dans la ville la plus romantique du monde!

Paris. En ces moments difficiles, sache que je suis tout cœur avec toi.

Mais surtout sache que je reviendrai.

Je reviendrai car je te suis à tout jamais redevable. Tu as été témoin de ma petite renaissance personnelle et le théâtre de moments si importants de ma vie.

Je reviendrai car il est inconvenant de t’abandonner alors que leurs desseins malveillants étaient justement de nous séparer.

Je reviendrai parce que je t’ai connu avant les récents événements et que je veux te connaître après.

Et à mon retour sache que j’irai sillonner tes rues comme à la belle époque. J’irai m’attabler chez Eugène à Montmartre pour un café ou un demi. J’irai m’asseoir avec mon pote Sébastien dans les gradins du Stade de France pour encourager tes Bleus adorés. Et j’irai bien sûr, Place de la République, rendre hommage aux 130 innocentes victimes qui ont perdu la vie lors de ce fatidique vendredi soir d’automne.

Malgré la peur, la crainte, la menace. Je reviendrai. Ce n’est pas un souhait, mais une nouvelle promesse.

Sacha Guitry a dit un jour : « Être parisien, ce n’est pas être né à Paris, mais y renaître ». Ainsi, je suis Paris !

À bientôt

 Ce texte a également été publié sur le site Huffington Post Québec

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Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel.

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