Une autre tempête

Anne Flamand

Anne Flamand

Anne est passionnée de tennis, toujours à l'écoute des autres et si on l'a cherche c'est qu'elle se promène avec son chien (l'une de ses meilleures thérapies). Il y a 6 ans, à l'âge de 19 ans, le diagnostic tombe : trouble bipolaire et anxiété généralisée. La maladie mentale fait maintenant partie d'elle à chaque jour. Elle apprend à bien vivre avec tout ça en faisant de son mieux au fil du temps.
Anne Flamand

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Je t’en veux. I blame you. Ich will dich. Estoy enojado contigo.

J’ai ben beau te le dire en français, en anglais, en allemand ou en espagnol, mais t’as pas l’air de comprendre.

Je dis ça parce que si tu m’entendais, tu te calmerais sans doute. Peut-être même que tu t’éclipserais de ma vie. C’est peut-être dans mes espérances les plus chères, dans mes rêves.

J’ai été gentille; je n’ai pas mis de sacre après je t’en veux. Ça aurait fessé plus j’imagine, mais je me suis calmée. Car de toute façon je dois me rendre à l’évidence: ces temps-ci tu ne m’écoutes pas. Tu n’absorbes pas que je suis tannée et que j’ai besoin d’une pause. Une pause dans le temps, et surtout qui perdure dans le temps.

Je t’en veux d’être si coriace envers moi et d’être si ancré en moi. Un ancre de bateau c’est fort pis ça résiste aux intempéries et aux tempêtes.

C’est toi l’ancre.

T’es fort! Bravo! Quand tu me voies me débattre, que je vis ma tempête à moi, ben toi t’es ben ancré là à rester.

Tu me résistes en quelques sortes. Ça l’air tellement facile à faire pour toi!

J’aimerais être cette ancre et te résister. Te résister comme dans je sais que tu es là, mais je m’en fou, tu me fais pas peur et que tu ne me feras jamais tomber. Comme si je te riais en pleine face. Comme si je parlais dans ton dos, sans remords.

Ce n’est peut-être pas faisable. C’est soit que j’accepte que tu t’en viens, que je me résilie, ou soit que je me débats avant que la tempête arrive.

De toute façon, tu vas finir par arriver et me faire tomber.

Je ne peux pas être l’ancre. Celle parfaite qui maintient tout. C’est tellement difficile à accepter!

Je crois que le jour où je l’accepterai, j’aurais bravé une tempête énorme! Un petit pas à la fois, je parviendrai à te battre. Tout le monde devrait se donner cette chance.

On est jamais préparé. On a ben beau se faire accroire que oui, mais on est jamais préparé.

Je me dis que je suis prête, mieux outillée de fois en fois. J’ai lu, pour la première fois de ma vie, la bande d’avertissement qui se déroule sous mes yeux. Celle comme dans les films, celle que personne ne lit.

Moi je l’ai lu.

Je suis avertie qu’à un moment donné tu vas me refrapper, mais au fond je suis jamais réellement prête. Je t’accueillerai jamais les bras ouverts. Jamais que je voudrai de toi. Je suis fermée à toi. Je t’en veux et je ne t’aime pas.

Je ne suis pas toujours en petite boule recroquevillée dans mon lit, même si parfois, j’aurais le goût. Je sors pis je me bats. Je sors pis je me change les idées.

Je me battrai encore et encore. Je suis coriace comme toi.

Ça arrive encore. J’essuie encore des larmes qui coulent sur mes joues. Elles se déposent souvent là dernièrement. Elles sont la raison de mes souffrances, de celles qui datent et des récentes, de toutes ces variations d’humeur qui arrivent boum d’un coup pour rien.

Je ne me sens pas bien dans ma tête. C’est dur à t’expliquer. J’ai peine à me l’expliquer moi-même.

Ces jours-ci, c’est un champ de bataille constant, ça bouge tellement. Je ne vois pas clair, ce n’est pas limpide. L’eau est noire et dure à percer. Je me sens bizarre.

C’est comme si les choses belles ne m’atteignaient pas de la même façon, ne me faisaient pas le bien qu’elles devraient me faire et à l’opposé, les choses tristes m’affectent triplement.

Des fois, j’ai honte de dire ça, mais je dois le dire, j’ai honte de moi.

Je vis tout de façon amplifiée. Autant les belles choses que les moins belles. Multiplié par dix, exposant dix! Je ne suis pas capable de calmer l’exagération.

Si tu me fais de la peine, je suis affectée pour deux semaines.

Toi tu vis cette émotion là pendant deux heures, ben moi je la vis pendant deux semaines. Tu as de la peine, je vais avoir de la peine pour toi, peut-être même t’écouter tout en pleurant avec toi. Tu vis une joie, je vais être tellement excitée pour toi.

Des fois, je me dis too much, calme toi, ça va passer, c’est une chose parmi tant d’autres.

Ça ne fonctionne pas comme ça dans ma tête!

On est rendu à la combientième tempête? Dis-moi ça! J’ai arrêté de compter. Pis j’ai arrêté de me demander, à chaque épisode, combien de temps tu vas rester.

À cause de toi, on a encore changé la médication. On est rendu à tellement d’essai. Je suis quasiment rendu patiente, t’imagines?

J’espère qu’enfin on t’a trouvé le bon allié, le super partner et qu’avec lui tu vas te calmer, faire bon ménage, être un moins bon ancre, afin de m’alléger et de me faire souffler un petit peu.

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Anne Flamand

Anne est passionnée de tennis, toujours à l’écoute des autres et si on l’a cherche c’est qu’elle se promène avec son chien (l’une de ses meilleures thérapies). Il y a 6 ans, à l’âge de 19 ans, le diagnostic tombe : trouble bipolaire et anxiété généralisée. La maladie mentale fait maintenant partie d’elle à chaque jour. Elle apprend à bien vivre avec tout ça en faisant de son mieux au fil du temps.

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