Vivre avec le trouble de la personnalité limite

Marie-Hélène Bacon

Marie-Hélène Bacon

Maman de trois jeunes garçons, épouse et femme, Marie-Hélène, 44 ans, est aux prises avec un trouble de la personnalité limite. Elle se qualifie de battante, prête à affronter vents et marées pour enfin trouver un sens à sa vie, le bonheur avec un grand «B». C’est à travers l’écriture qu’elle parvient à s’évader de sa prison intérieure que le manque d’estime de soi, l’insécurité et l’envie de mourir ont construite il y a longtemps. Pour pimenter ses évasions, Marie-Hélène se parfume de «Rage de vivre».Un parfum épicé, oui, mais combien exaltant !
Marie-Hélène Bacon

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L’automne tire à sa fin, le sol est recouvert de feuilles mortes.

La dépression saisonnière fait ses ravages.  Je suis à bout de soleil, de lumière et de chaleur.  Je dormirais tout le jour pour ne pas penser à mes regrets et mes chagrins.

Quand c’est l’été, on vit dehors, on n’a pas à s’endurer entre quatre murs.

Le mari, les enfants, moi-même. Ça en fait beaucoup pour moi.  C’est un brusque retour au bruit, à mon manque de liberté et d’espace personnel.

C’est aussi un dur rappel du décès de mon père.

Le 15 novembre 2012, il est décédé à l’âge de 69 ans, après trois semaines d’hospitalisation.  Ce fut une mort inattendue.  Tout s’est déroulé comme dans un film en accéléré. Ce sont des hémorragies cérébrales qui l’ont conduit à l’hôpital.  Après avoir subi un drainage au cerveau, il a souffert de convulsions à son réveil, lesquelles ont entraîné de lourdes séquelles.  Il est devenu hémiplégique, semi-conscient et muet.

Je ne saurai jamais ce qu’il aurait dit avant de mourir.  Depuis ce jour, je ne suis plus la même.  On dirait qu’une partie de mon cœur est morte avec lui, entraînant aussi une partie de ma raison.

Tout comme l’abandon, le deuil fait partie des événements qui sont les plus difficiles à gérer pour une personne atteinte du trouble de la personnalité limite.

Il y a près de six ans, j’ai reçu ce diagnostic que je tente toujours d’apprivoiser.  C’est un trouble très souffrant, tant pour la personne qui en est atteinte que pour celles qui partagent son quotidien.

Le sentiment chronique de vide et/ou d’ennui, l’instabilité émotionnelle, la difficulté à tolérer la douleur, la perception de soi toujours changeante, l’impulsivité, les périodes d’autodestruction (boulimie et automutilation dans mon cas), l’idéalisation/dévalorisation des personnes significatives, les crises suicidaires et la recherche de sensations fortes font partie des caractéristiques du trouble de la personnalité limite.

J’ai commencé à m’automutiler à l’âge de 39 ans.

Mes crises sont occasionnelles, mais leur intensité est proportionnelle à la douleur émotionnelle qui y est associée.

Pour ce qui est de la boulimie, j’en souffre depuis plusieurs années.  Les coupures et les vomissements ont été et sont toujours des mécanismes de survie malsains que j’utilise pour rejeter et exprimer mon mal-être, ma colère et ma douleur, et ce, faute de savoir comment gérer mes émotions sainement.

Le problème avec ces gestes autodestructeurs, c’est qu’ils s’accompagnent trop souvent de mensonges et de trahison, car, évidemment, ils se font derrière des portes closes.  Et là, une fois ces stratagèmes découverts, la souffrance s’étend dans le cœur de ceux qui nous entourent, créant ainsi de véritables gâchis relationnels et familiaux.

La culpabilité s’installe et on retombe dans les crises d’autodestruction.  C’est un cercle vicieux comparable aux sables mouvants.  On s’y enlise toujours plus profondément.

Les carences affectives, le manque d’encadrement, de reconnaissance, de limites saines, d’amour constituent certaines des racines du trouble de la personnalité limite.

À 44 ans, il m’arrive encore d’avoir des comportements qui devraient normalement appartenir à la petite enfance. En thérapie de groupe, je me suis fait poser cette question : « Qu’est-ce qui empêche la petite fille de devenir une adulte ? ».

Malheureusement, j’en ignore toujours la réponse.

Mon mari est lui aussi une grande victime du TPL, et ce, en tant que proche d’une personne atteinte.  Sa peine, sa colère et son impuissance face à ce trouble sont le lot de son quotidien, son combat de chaque jour.  Face à ses responsabilités de père, l’homme doit très souvent s’effacer, ce qui le mène à une quête constante d’équilibre.

Peut-on se sortir de tout ça?

Il paraîtrait que oui, avec l’aide de la thérapie et de la médication.

En ce qui me concerne, à ces moyens se sont ajoutés l’amitié et la foi en Dieu, lesquelles me permettent jour après jour de rester en vie malgré mes désirs sournois de toujours vouloir mourir.

Je ne saurai jamais ce qu’il aurait dit avant de mourir.  Depuis ce jour, je ne suis plus la même.  On dirait qu’une partie de mon cœur est morte avec lui, entraînant aussi une partie de ma raison.

Bien que les comportements de la personne atteinte du TPL puissent causer un certain désarroi dans son entourage, ses qualités font d’elle une personne attachante.

Sa créativité, ses passions, ses couleurs, sa grande sensibilité, son empathie la font paraître comme un « tableau original et de grande valeur » qui ajoute un je-ne-sais-quoi dans le cœur de ceux qui lui sont chers.

Chaque être humain a sa mission et sa raison d’être.  Je ne suis pas une erreur, même s’il m’arrive très souvent d’en douter.

Malgré mes maladresses et mes faux-pas, je peux me réjouir d’avoir tous mes membres, mes sens et mon intelligence.

De plus, j’ai une facilité à exprimer ce que je ressens, ce qui est l’une des forces dont je me sers pour persévérer et guérir.  J’ai le privilège d’avoir des intervenants des plus compétents, une famille dévouée, de bons amis, trois jeunes garçons et un mari qui m’aiment, ce qui est un baume pour bien des maux.

Pour terminer, j’espère que mon témoignage vous aura aidés à mieux comprendre certaines des facettes du trouble de la personnalité limite.

À tous les affligés, je souhaite du courage et de la persévérance devant l’épreuve.

Personnellement, je pense avoir fait de grands progrès.  Je vous en souhaite autant!

2 comments

    1. Merci Madame Girard pour vos encouragements. Effectivement, c’est un combat de tous les instants… surtout quand l’un de nos pires ennemis est soi-même…

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Marie-Hélène Bacon

Maman de trois jeunes garçons, épouse et femme, Marie-Hélène, 44 ans, est aux prises avec un trouble de la personnalité limite. Elle se qualifie de battante, prête à affronter vents et marées pour enfin trouver un sens à sa vie, le bonheur avec un grand «B». C’est à travers l’écriture qu’elle parvient à s’évader de sa prison intérieure que le manque d’estime de soi, l’insécurité et l’envie de mourir ont construite il y a longtemps. Pour pimenter ses évasions, Marie-Hélène se parfume de «Rage de vivre». Un parfum épicé, oui, mais combien exaltant !

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