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Le jour où j’ai voulu en finir

Le jour où j'ai voulu en finir
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Le jour où j’ai voulu en finir.

Je m’en souviens comme si c’était hier.

Tout était planifié.

C’était un vendredi de décembre. Le 10 plus précisément.

Une soirée sombre et froide d’hiver comme je les déteste tant.

J’avais mon Comment. Mon Où. Mon Quand.

J’y pensais déjà depuis un bon moment.

Je me souviens aussi que j’étais mort de trouille, pétrifié. 

J’avais tellement peur de mourir mais la douleur était si intolérable que la mort semblait être l’avenue la plus logique.

Mais il n’y avait rien de logique dans ce geste. Que souffrance, désespoir et colère.

La maladie mentale, comme une sorte de goudron qui s’écoulait dans chacune de mes synapses, avait pris le contrôle de mon cerveau.

Je n’y voyais tout simplement plus clair. En sommes, j’avais perdu la raison.

Martin Binette avec son fils quelque jours avant le 10 décembre 2004

Pourtant, je vous le dis, mon souhait le plus cher au monde n’étais pas de mourir. 

Au contraire.

Je voulais simplement arrêter de souffrir.

Parce que c’est essentiellement ça le suicide. 

C’est perdre tout espoir et espérer que la mort nous libère de cette incommensurable douleur.

C’est choisir la mort alors que la chose que l’on désire le plus au monde est vivre.

Respirer. Rire. Aimer. 

Mais surtout Vivre sans cette souffrance accablante.

J’ai eu de la chance.

En ce petit vendredi sombre de décembre, alors que j’allais commettre l’irréparable, mon téléphone s’est mis à sonner.

Et j’ai répondu à l’appel. 

Au bout du fil, la voix de mon meilleur ami : « Hey l’gros as-tu des plans ce soir? »

Des plans ? Comment j’te dirais ben ça mon chum.

Ce soir là, j’ai eu de la chance.

J’ai été sauvé par la vigilance d’un ami.

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J’ai attrapé la main tendu et je me suis extirpé tranquillement du gouffre.

Sans lui, je ne serais pas ici aujourd’hui.

J’aurais manqué tellement de beaux moments.

La rencontre de la femme de ma vie.

La naissance de ma fille.

La graduation de mon fils.

Et j’en passe .. tellement de belles et bonne choses manquées, ratées pour une décision irréversible. 

Aujourd’hui je n’ai que de la gratitude envers la vie.

Martin Binette avec sa famille en décembre 2018

Mais je suis conscient aussi que tous n’ont pas eu cette chance.

Plusieurs n’ont pas reçu cet appel salvateur d’un ami.

C’est pour cette raison que depuis 8 ans, je continue à parler ouvertement de cette soirée de décembre et de mon parcours avec la maladie mentale.

En cette Journée Mondiale de la Prévention du Suicide j’ai une pensée pour tous ceux et celles qui nous ont quitté prématurément, les endeuillés, les survivants, les combattants, et toutes les personnes qui souffrent et qui vivent un 10 décembre.

Vous n’êtes pas seuls.


Vous vivez de la détresse ? Avant de commettre l’irréparable, parlez à quelqu’un.

📞 Téléphone : 1 866 APPELLE (277-3553)
📱 Texto : 535353
💻 Clavardage, informations et outils : www.suicide.ca

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