Reprendre sa vie en main après avoir voulu en finir

Lydia Migneault
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Trois fois. À trois reprises, désemparée, Lydia Migneault a songé au suicide. La troisième fois, elle a avalé quantité de comprimés et s’est retrouvée à l’hôpital, entourée de médecins, d’abord inquiets pour sa survie, puis pour ses reins et son foie. Depuis, Lydia va mieux, a repris sa vie en main et s’il lui arrive d’avoir de « mauvaises journées », elle n’a plus d’idées noires. Témoignage d’une survivante qui a décidé de raconter son histoire pour répandre de l’espoir autour d’elle.

Texte et photos : Daniel Daignault

J’écris ce texte au lendemain de la diffusion de l’émission En direct de l’univers  qui était consacrée à Serge Fiori. L’émission se terminait par l’une de ses plus belles chansons, Aujourd’hui je dis bonjour à la vie. Le titre tout à fait approprié pour plonger dans l’histoire de Lydia Migneault.

Le message inscrit sur un mur de la chambre de Lydia.

« J’ai été hospitalisée à trois reprises et j’ai souvent été en arrêt de travail. Ça a été long avant que le bon diagnostic tombe. C’est arrivé il y a deux ans, on m’a dit que j’avais le trouble de personnalité limite. » En gros, il s’agit d’un trouble d’instabilité émotionnelle, et Lydia a appris à composer, non sans mal, avec ce fait. « Je crois que ça fait encore peur au monde de parler de santé mentale. C’est encore tabou, mais heureusement, on a fait du chemin. Je veux montrer aux gens que oui, j’ai une problématique de santé mentale, et que oui, je suis aux prises avec un trouble d’anxiété, mais ça ne m’empêche pas d’avoir une vie. »

Raconte-moi un peu ton parcours. 

Même jeune, j’ai tout le temps était une enfant beaucoup plus émotive que les autres. Je ressentais vraiment beaucoup les émotions, et j’étais dépressive. À 12 ans, je voulais mourir, je n’étais pas bien et je faisais beaucoup d’angoisse. Quand je suis partie en appartement à l’âge de 18 ans et que j’ai commencé à travailler, c’est à ce moment que j’ai fait mes premières crises de panique. En 2013, j’ai eu une première consultation avec un psy. Je me disais alors que j’étais faite comme ça, que j’allais vivre malheureuse et angoissée, et que ce serait ça, ma vie. Je n’étais pas bien, je pense que j’ai tout le temps un peu été déréglée dans mon cerveau. Je n’étais pas heureuse. J’ai été hospitalisée trois fois et chaque fois, c’est parce que j’ai voulu mourir. 

La première fois, je me suis rendue moi-même à l’hôpital, avec ma voiture. Je ne filais pas, j’étais tannée de me sentir comme ça, et je sentais que j’étais sur le point de faire une gaffe. Je suis arrivée à l’urgence en pleurant, en disant que je voulais mourir, et on s’est tout de suite occupé de moi. La deuxième fois, j’avais écrit une lettre de suicide, j’ai fait une crise à mon travail, et je me suis retrouvée à l’hôpital.

Et puis il y a deux ans, ta condition a fait que tu as vraiment voulu en finir?

Oui, et ça a failli réussir, j’avais décidé de tout mettre en place pour que ça fonctionne. C’est une amie qui m’a trouvée inconsciente chez moi, à qui j’avais téléphoné, qui a fait en sorte que je puisse être sauvée. J’étais éveillée à l’hôpital quand on m’a dit qu’on ne savait pas si mes reins et mon foie allaient s’en remettre. J’ai réalisé les conséquences qu’il pouvait y avoir, et entourée de mes proches, de ma famille, mes amis, de mon ami, c’est là que c’est fait le déclic qui m’a amenée à vouloir changer les choses. Je me suis dit que ça ne pouvait plus continuer comme ça. Je devais trouver une façon de contrôler mes états d’âme, mes émotions.

Tu as donc décidé de poser des gestes en ce sens?

Oui, et je suis consciente aussi que j’ai eu de la chance que mes reins et mon foie tiennent le coup. J’ai vu ça un peu comme une deuxième chance. Je me souviens, à l’hôpital, j’avais dit à mes parents : « Je ne sais pas comment, je ne sais pas quand, mais un jour, j’aurais une fondation en santé mentale. Et j’aimerais faire des conférences pour aider les autres » On dirait que les choses ont déboulé depuis ce jour-là et je surfe maintenant sur la vague.

Tu as eu de l’aide pour tenter de composer avec ton état?

Oui, mes parents m’ont épaulée et j’ai fait un an et demi de thérapie privée. J’avais un tuteur, un psychologue, j’allais à des ateliers, et on a trouvé la bonne médication pour moi. J’ai vraiment fait comme un virage à 360 degrés dans ma vie. Après sept ans, j’ai décidé de me séparer et j’ai aussi changé d’emploi. Maintenant, j’ai mon petit appartement, je suis technicienne juridique dans un cabinet d’avocats, un travail que j’aime beaucoup. En plus, je suis collaboratrice pour le site Entre les deux oreilles, et j’ai aussi participé à un documentaire sur la santé mentale.

Tu es encore médicamentée?

Oui, mais je ne vois plus mon psychologue sur une base régulièere, nos rencontres se sont terminées, mais je peux le consulter si j’en ressens le besoin. Je me suis comme développé une petite boite à outils pour m’aider quand ça ne va pas bien. À l’hôpital, mon dossier est clos, c’est mon médecin de famille qui a pris la relève. Quand il m’arrive d’aller moins bien, je sais quoi faire et qui appeler, j’ai appris à mieux prendre soin de moi. Et je vois venir les signaux. 

Un peu plus de deux ans plus tard après cette tentative d’en finir, Lydia est rendue ailleurs. L’autre Lydia, celle qui souffrait d’instabilité, celle qui pouvait soudainement se mettre à pleurer sans pouvoir s’arrêter, qui avait des idées noires, s’est évanouie. Ou du moins en partie. Elle a compris que ce sera une perpétuelle bataille qu’elle aura à livrer, qu’elle ne pourra jamais renier ce trouble d’instabilité émotionnelle, mais elle se sent outillée pour y faire face.

« Je suis chanceuse d’être en vie aujourd’hui. Avant, je ne trouvais pas que c’était une chance, je ne faisais qu’exister, je ne vivais pas. Maintenant, je dirais que j’ai vraiment trouvé un sens à ce passage de ma vie, et c’est pour ça que j’ai décidé de m’impliquer à différents niveaux dans divers projets pour parler de ce que j’ai vécu. Je veux redonner de l’espoir aux gens qui n’en ont plus, je veux leur dire de ne pas se décourager s’ils ne voient pas d’issue, parce qu’il y a un sens à tout ça. Et, surtout, il faut qu’ils sachent qu’on peut s’en sortir. Je me sens vraiment différente, mes thérapies m’ont beaucoup aidé pour gérer mes émotions, et je peux maintenant jongler avec les hauts et les bas de la vie, et si ce que j’ai vécu peut venir en aide à quelqu’un, ce sera ça de gagné. »

Lydia est posée et c’est avec conviction qu’elle me tient ces propos. Une grande douceur se dégage d’elle et elle s’amuse à jouer au modèle pour le besoin des photos. Son désir de donner au suivant est bien réel, c’est clair, et il n’y a aucun doute qu’en s’engageant sur cette voie, elle se fera grandement du bien aussi. Il n’est pas question nécessairement d’oublier ce qu’elle a vécu et ses envies de mettre fin à ses jours, mais plutôt de savourer pleinement la chance qu’elle a d’être en vie et de goûter au bonheur sous toutes ses formes. Et de faire voir à qui veut bien l’entendre ou la lire, que l’espoir d’un avenir plus rose n’est pas qu’une simple vague notion. On s’entend qu’à seulement vingt-six ans, quantité de beaux et grands moments l’attendent sur sa route.

Tu as un message particulier que tu aimerais livrer aux personnes qui ne vont pas bien?

Sur le mur de ma chambre, en gros, il est écrit « Il y a encore demain… » Ce sont des lettres que j’ai peinturées et que j’ai collées sur mon mur. C’est le message que je voudrais transmettre à celles et ceux qui ont le mal de vivre : de s’accrocher à demain. Si ça n’a pas été une bonne journée aujourd’hui, ils doivent se dire que les choses seront différentes demain, qu’ils pourront faire un petit pas de plus pour apercevoir une lueur d’espoir, et qu’il faut regarder droit devant. Et s’accrocher aussi à des choses qui peuvent paraître anodines, mais qui ont leur importance pour eux, auxquelles ils croient et qui leur font du bien. Moi, par exemple, je m’accrochais à mes chats! Je me disais aussi qu’un jour, j’allais aider des gens, que je pourrais servir d’exemple comme quoi on peut s’en sortir. La phrase « Il y a encore demain… » est forte; je me couche en la lisant, et je la lis quand je me lève. 

Tu as publié sur Facebook un message avec deux photos, un message qui a été vu par énormément de personnes…

Oui, et c’est relativement récent, c’était cet été. J’ai eu à faire face à différentes formes de stress, il se passait beaucoup de choses dans ma vie. Je venais d’avoir une promotion au travail, ma patronne venait de partir, mon chum venait de déménager chez moi, et je venais d’apprendre que j’allais participer à un tournage. Ça en faisait beaucoup. Et ce soir-là, ça a comme explosé, je remettais tout en question. J’ai pris panique et j’ai fait une grosse crise d’anxiété, et j’ai eu l’idée, le lendemain, de montrer aux gens les deux photos pour leur dire que ce n’est pas tout le temps rose, qu’il y a des hauts et des bas, et qu’il faut s’accrocher aux outils dont on dispose. La photo où je souris a été prise un lundi. Je venais de sortir du gym, je m’en allais au travail, et j’avais des projets plein la tête, tout allait bien. Et le mercredi, tout s’est écroulé dans ma tête. 

À gauche, la photo prise le lundi, et à gauche, Lydia, défaite, après une crise de panique.

Au fond, tu as constamment à gérer tes émotions?

Oui, et je pense que ça va être le combat d’une vie. La gestion des émotions, mon intensité, mes moments noirs et blancs. C’est ma personnalité, et je sais qu’avec le temps, ma boite à outils va grossir de plus en plus et ce sera plus facile de composer avec tout cela. Si cette crise-là était survenue il y a deux ans, probablement que ça aurait déboulé. J’aurais laissé tomber des projets, je n’aurais pas su la gérer comme il le faut, ça aurait été une grosse tempête, j’aurais peut-être eu des pensées suicidaires. Aujourd’hui, je peux dire que je gère de mieux en mieux ces crises.

Lydia collabore au site Entre les deux oreilles, on peut d’ailleurs y lire plusieurs textes nourrissants, dont ceux de Lydia, qui peuvent certainement venir en aide à plusieurs personnes. « Ce blogue-là est rempli d’espoir, c’est sa raison d’être. Et beaucoup de gens écrivent simplement pour dire « merci », pour dire que les textes leur ont fait du bien. J’ai répondu à tous ceux qui m’ont écrit et honnêtement, je n’en reviens pas encore que je réussis à donner de l’espoir à des gens. C’est très gratifiant, c’est ma drive et ça m’aide aussi. Ça me fait réaliser aussi que je ne suis pas seule à avoir eu des problèmes, qu’ils sont nombreux et nombreuses à avoir un mal de vivre » ajoute Lydia, qui fait partie du conseil d’administration du groupe d’entraide en santé mentale L’arc-en-ciel des Seigneuries (www.arcencieldesseigneuries.org)

Voici un extrait de « Lettre à toi, petite Lydia », que l’on peut lire en entier sur le site https://entrelesdeuxoreilles.ca/ dans laquelle Lydia raconte ce moment où elle a tenté de mettre fin à ses jours. 

Photo de Lydia enfant qui accompagne ce texte sur le site Entre deux oreilles.

« Ce dimanche-là, je m’en rappelle comme si c’était hier, je n’avais plus rien à perdre. Rien ! Sans aucune larme, je me suis assise sur mon grand lit et je me suis mise à écrire cette lettre d’adieu. Je l’ai déposée près de moi.

J’ai respiré et j’ai étalé tous ces médicaments. Et Dieu sait à quel point il y en avait ! À cette époque noire, j’étais rendue à sept médicaments par jour et je les cumulais sans fin.

J’ai même pris soin de faire de petits tas pour chaque sorte et d’agencer chaque médicament avec son interaction la plus dangereuse.

Une fois le tout en place, j’ai relu ma lettre et je me suis installée, bouteille d’eau à la main, avalant chaque poignée une à la suite de l’autre sans m’arrêter.

Une centaine de médicaments plus tard, l’angoisse m’a frappée. J’ai pris le téléphone sans réfléchir et j’ai téléphoné à cette amie, qui, ce soir-là, m’a sauvée. »

Ce blogue, Entre les deux oreilles, peut aider bien des gens, tout comme l’Association québécoise de prévention du suicide (www.aqps.info/besoin-aide-urgente) ou encore, Suicide Action Montréal (www.suicideactionmontreal.org). La clé demeure d’en parler et de ne pas craindre de demander de l’aide. Merci, Lydia, d’avoir accepté de te raconter dans l’espoir que ton témoignage soit profitable.

À 26 ans, Lydia regarde droit devant et envisage l’avenir avec beaucoup d’optimisme.

Ce texte a été initialement publié sur le site Regardsdefemmes.ca

1 Comment

  1. Lydia, ton histoire c’est la mienne. J’ai 41 ans. Déjà à 6 ans je faisais des crises. J’ai pleuré dès la première minute de ton témoignage car je revis mes douleurs. Et quand je vois ce que tes parents ont vécu, je pense aux miens et des fois je me dis que c’était mieux pour moi de ne pas avoir d’enfants. Déjà à 12 ans je disais ça. J’avais peur d’avoir une petite fille qui me ressemble. J’ai tenté par tous les moyens de guérir cette maladie. Mais on ne guérit pas. On survit, jour après jour. Il n’existe pas de médicament pour ce trouble hélas. Alors c’est une bataille pour la vie. Depuis quelques mois je suis sur une passe positive. Mais j’ai peur. J’essaie de ne pas y penser mais quand je pense au jour où je me retrouverai complètement seule, sans mes parents qui sont les seuls à me comprendre et m’endurer, je me sens dévastée. Tu es un exemple de courage et je sais que c’est pas facile chaque jour. Merci pour ton témoignage. Never give up!

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Lydia Migneault

Spontanée, énergique et colorée sont les mots qui décrivent le mieux Lydia. Elle adore l'art sous toutes ses formes, spécialement la photographie et l'écriture. Tantôt heureuse, tantôt euphorique, tantôt suicidaire, elle nous amène dans son univers qu'est le TPL (trouble personnalité limite) et l'anxiété. Pas de tout repos ! Elle souhaite de tout cœur briser les tabous face à la maladie mentale et vous aider à y voir plus clair. Lydia est une femme remplie d'ambition qui souhaite s'impliquer dans sa communauté et donner aux suivants afin de sensibiliser les gens à la santé mentale. Fière de son chemin parcouru, elle est maintenant outillée pour se relever après chaque chute !

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