Mme la Chiropraticienne et la diabolisation de la médication en santé mentale

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Martin Binette

Fondateur et Éditeur en chef chez Entre les Deux Oreilles
Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel. Il est l'un des Visages de la campagne 2017-2018 de sensibilisation de l'Alliance Canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale.
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Il y a de cela une douzaine d’années, je me présentais à un rendez-vous médical pour soigner des douleurs cervicales persistantes. 

Mme la Chiropraticienne – appelons-la ainsi parce que je ne me souviens plus de son nom et je ne l’ai vu qu’une seule fois. Vous comprendrez pourquoi plus tard ! – m’avais été fortement recommandé par un proche. “Elle fait des miracles, tu vas voir”, m’avait-on dit à l’époque.

Mme la Chiropraticienne donc, m’avais accueilli dans son cabinet avec un grand sourire avenant. Le ton cordial et les yeux pétillants, elle rayonnait d’amabilité. Je me sentais en confiance.

Jusqu’au moment du questionnaire sur l’état de santé.

– Mme la Chiropraticienne : “Prenez vous des médicaments, M. Binette?”

– M. Binette : “Oui. Un anxiolytique pour un trouble d’anxiété généralisée ainsi qu’un anti-dépresseur pour un trouble de l’humeur.”

Un inconfortable silence s’est soudainement installé entre nous. L’air s’est littéralement figé dans la pièce, alors que Mme la Chiropraticienne hochait la tête en signe de désapprobation. C’est aussi à ce moment que le ton de la discussion a changé.

– Mme la Chiropraticienne : “Vous savez M. Binette, ce genre de médicaments là c’est juste une béquille.”

– M. Binette : “OK, mais ils m’ont été prescrits par mon médecin-psychiatre.”

– Mme la Chiropraticienne : “Je comprends, mais ça règle pas le problème à la source. Vous devriez sérieusement arrêté ça ces médicaments là. C’est de la cochonnerie.”

Stupéfaction est un euphémisme pour décrire mon état d’esprit à ce moment précis. Je n’en croyais tout simplement pas mes oreilles.

Comment se faisait-il qu’une simple consultation pour des douleurs cervicales tournait soudainement en un procès sur la pertinence de la médication en santé mentale?

Pour mettre les choses en perspective, je venais tous juste de débuter un nouveau traitement proposé par mon médecin-psychiatre qui offrait de belles promesses après tant d’années de montagnes russes émotionnels et de multiples tentatives infructueuses de traitements.

Naif de nature, je me souviens avoir considéré la recommandation de Mme la Chiropraticienne et avoir mis en doute à ce moment les conclusions de mon propre médecin-spécialiste. 

“Est-ce vraiment nécessaire de prendre ces médicaments ou est-ce de la cochonnerie, comme elle le dit? Est-ce que ça cause plus de torts que de bienfaits? Est-ce que c’est un problème entre mes deux oreilles?”.

Le doute et un fort sentiment de culpabilité venait de s’immiscer en mon esprit.

Heureusement, je n’ai pas pris en compte, à ce moment, les conseils de Mme la Chiropraticienne et j’ai poursuivi mon traitement. À mon grand bonheur et au grand soulagement de mon médecin.

Malheureusement ce ne fut pas toujours le cas. J’ai trop souvent, dans le passé, cessé la prise de médication dans ma vie avec des conséquences désastreuses sur ma santé. Des conséquences qui aurait pu me coûter la vie.

Trop longtemps j’ai considéré la prise de médication comme une solution temporaire. Une diachylon posé sur une blessure en voie de guérison.

Or, dans mon cas, la guérison complète est impossible. Comme plusieurs personnes, j’ai un dérèglement chimique au cerveau qui nécessite un traitement d’appoint.

Ça m’a pris plusieurs années avant d’agréer mais aujourd’hui, j’accepte que je devrai prendre une médication pour ma santé mentale pour le reste de mes jours. Tout comme un diabétique devra s’injecter de l’insuline pour fonctionner et survivre, je devrai prendre ma médication pour réguler ma biochimie neuronale et mon horloge biologique interne.

C’est une question de survie, pas une décision irréfléchie.

C’est aussi en raison de cette prise de médication quotidienne que je me considère aujourd’hui rétabli et fonctionnel dans la vie de tous les jours.

Cette rencontre avec Mme la Chiropraticienne s’est déroulée il y a plusieurs années. Mais est-ce que les choses ont réellement changé?

Je remarque de plus en plus de commentaires sur les Internets de pseudo-spécialistes, de coachs de vie, de gourous de la santé qui tentent de convaincre les gens que la médication en santé mentale est une illusion, une imposture.

Plusieurs m’ont raconté aussi des situations similaires à la mienne. Des rencontres, des discussions, des interventions avec des thérapeutes, des membres de la famille, des employeurs, des amis qui chacun donnaient leur point de vue – et même parfois des recommandations – sur la pertinence de poursuivre leur traitement et la prise de leur médication.

Ne vous laissez pas berner pas ces imposteurs. C’est votre santé qui prime. Ne prenez pas de décision irréfléchie sans en discuter avec votre médecin.

Il faut en finir une fois pour toute avec la diabolisation de la médication en santé mentale. Ce type de discours anti-Rx ne fait que renforcer les préjugés ambiants et met une pression indue sur les personnes qui vivent avec une maladie mentale.

Certes, il est possible de se rétablir d’un épisode de santé mentale sans l’aide de médicaments. Il a d’ailleurs été démontré que la psychothérapie est un moyen fort efficace pour traiter les troubles d’anxiété et la dépression.

Cependant, pourquoi faire porter l’odieux à tous ceux et celles qui optent pour l’option pharmacologique?

Les personnes qui vivent avec une maladie mentale subissent déjà les préjugés du fait de leur maladie et plusieurs d’entre eux éprouvent un fort sentiment de culpabilité. Alors, inutile d’en rajouter.

Je le crie haut et fort : Il n’y a aucune honte à prendre une médication pour soigner un problème de santé mentale.

L’un peut vivre et se rétablir sans médications et l’autre en aura besoin toute sa vie. Et c’est parfait ainsi. 

Quoi qu’en pense Mme la chiropraticienne !

2 comments

  1. Une chose, M Binette, c’est qu’il n’y a aucune preuves scientifiques que les causes des maladies mentales soient dirigés par un déséquilibre chimique des neurotransmetteurs… si vous pouvez me répondre avec des preuves irréfutables, je vous y invite, je l’apprécirais beaucoup. Merci

    Nancy

  2. Merci pour ce témoignage. Je viens moi-même de recevoir un diagnostique de trouble bipolaire de type 2. L’ajustement (et l’acceptation) de la medication est très difficile, mais pour la première fois de ma vie, à 42 ans et après plusieurs épisodes de vie que je comprends désormais, j’espère voir un peu de lumière au bout du tunnel. C’est une abomination de douter de la nécessité d’une medication adéquate. Les gens qui n’ont pas vécu les contrecoups ne comprennent pas et cela leur appartient.

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Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel. Il est l'un des Visages de la campagne 2017-2018 de sensibilisation de l'Alliance Canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale.

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